De la poésie contemporaine (Ocean Vuong), un prix Nobel de littérature (Joseph Brodsky) et quelques grands classiques à connaître.
A l’occasion de la parution en français du deuxième roman d’Ocean Vuong, L’Empereur de la joie, Gallimard regroupe en poche les deux recueils de poésie du jeune Américain. Son premier recueil, Ciel de nuit blessé par balles, est récompensé par le prix T.S. Eliot en 2017. Son deuxième recueil, Le temps est une mère, paraît en 2022. Ce dernier sera d’ailleurs peut-être plus accessible, centré sur la perte de la mère. Le premier recueil, lui, insiste souvent sur la figure paternelle, notamment comme entrave à vivre son orientation sexuelle librement. Car de sexe, il est souvent question dans les poèmes d’Ocean Vuong. Au-delà de l’intime, le poète américain d’origine vietnamienne sonde aussi les grands moments de l’histoire américaine comme le 11 septembre, l’assassinat de Kennedy ou la guerre du Vietnam. Les images convoquées sont nombreuses, souvent hermétiques, et la forme éclatée n’en facilite pas forcément la compréhension, rendant plutôt compte des errements lyriques de l’écrivain.
D’un tout autre niveau sont les poèmes de Joseph Brodsky, Prix Nobel de littérature en 1987. Ce poète russe, à la notoriété tardive, s’attira les foudres des dirigeants soviétiques. A 24 ans, il est condamné à cinq ans d’exil administratif pour « parasitisme ». Ses vers sont en cause. « Non pas qu’ils soient subversifs : ils ne véhiculent aucun message politique, aucune idéologie. Ils sont, tout simplement autre chose : une chose pour laquelle la nomenclature officielle n’a pas de place, la langue officielle pas de nom, la pensée officielle pas de catégorie adéquate. » (Michel Aucouturier) En 1987, seulement quatre poèmes de Brodsky sont publiés en URSS… Les choses ont changé et, aujourd’hui, Brodsky est reconnu et lu en Russie. Inspiré par Ossip Mandelstam, Evguéni Baratynski et Anna Akhmatova mais aussi et surtout par les poètes anglais (Eliot, Auden et John Donne), ce grand voyageur trouve son inspiration dans un cheval, un lieu, l’amour, une date… Les formes strophiques originales et les combinaisons complexes de rimes difficiles font toujours des poèmes de Brodsky de véritables objets littéraires. Le recueil ici édité ne présente qu’un tiers de ce que Brodsky a écrit… André Markowicz a repris les traductions de Michel Aucouturier et Véronique Schilltz auparavant parues chez Gallimard, tout en traduisant des poèmes inédits composés entre 1990 et 1996 (une période prolifique pour Brodsky).
Un petit mot également sur la collection PS aux Editions Seghers. « PS comme Post scriptum. PS comme Les Consonnes du pot P(oé)S(ie). PS comme Poésie Seghers. » Cette collection de courts ouvrages, à 5 euros l’unité, à glisser dans une poche, permet d’approcher de grands auteurs de la poésie. Romances de Marceline Desbordes-Valmore donne à connaître une poétesse à l’avant-garde du romantisme, louée par Balzac et Verlaine quelques années plus tard. D’origine allemande, Rainer Maria Rilke publie Les Roses en français. La Vie profonde propose des poèmes extraits du recueil du Cœur innombrable d’Anna de Noailles, paru en 1901. Enfin, le recueil le plus récent (1946) est celui d’André Breton, Le Dur désir de durer, composé de dix-neuf textes fortement marqués par la Seconde Guerre mondiale.
Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean VUONG, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marguerite Capelle et Marc Charron, Gallimard, Poésie, 240 pages, 8,40 €
Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires. Anthologie poétique 1961-1996, Joseph BRODSKY, traduit du russe par Michel Aucouturier, Jean-Marc Bordier, Claude Ernoult… Edition d’André Markowicz, Gallimard, Poésie, 480 pages, 11,40 €