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Magali Reghezza-Zitt nous raconte un monde qui a réussi sa transition écologique

par Jean-Marie Chamouard
03.07.2026

Magali Reghezza-Zitt est géographe, normalienne, elle a été membre du Haut Conseil pour le climat entre 2019 et 2023. Dans « Bienvenue en 2055 », elle décrit ce que pourrait être la France dans un monde qui est devenu neutre en carbone, au bout d’un long chemin, au-delà de nombreux blocages.

Nous y sommes parvenus

Nous sommes en 2055. Magali Reghezza a 77 ans, elle éprouve soulagement et fierté. La décarbonation a réussi, le réchauffement climatique est stabilisé à 2° dans le monde, 2°7 en France. Elle nous en dresse le tableau: les villes sont resserrées, végétalisées, protégées par une canopée. L’électrification a été massive, les transports collectifs développés. La France a retrouvé une indépendance énergétique et renforcé l’économie circulaire. Elle ne tourne pas le dos à la technologie, mais l’intelligence artificielle a été limitée à ses usages indispensables comme la médecine ou la radiologie. L’agroécologie a transformé l’agriculture et « de la ferme à la fourchette ce fut un gagnant-gagnant ».
Néanmoins vivre dans un climat réchauffé n’est pas une sinécure ! Les pointes à 50° sont insupportables, mais nous avons évité le pire. Ainsi la montée des océans est presque enrayée.
Mais il y avait urgence à agir. L’autrice regarde le passé et s’interroge sur les blocages des années 2020. Outre les désinformations, le problème n’était pas technique mais politique. La décarbonation aura lieu tôt ou tard mais la trajectoire et les instruments pour y parvenir sont politiques. Les individus ne peuvent pas tout, les décisions collectives sont indispensables. Surtout qu’il a fallu agir sur la demande, c’est à dire aller vers une nouvelle société. Le découplage entre l’accumulation de richesse et le bien être, le progrès humain a été réussi et la société s’en est trouvée plus apaisée.

Le chemin pour y parvenir est politique

« Ce livre n’est pas de la science fiction mais une fiction scientifique. Ce n’est pas une utopie mais ce que préconise la science ». Le propos de Magali Reghezza-Zitt est clair, didactique. Ses propositions sont originales et pragmatiques, nuancées comme sur le nucléaire. Les solutions sont déjà connues, préconisées par les scientifiques, elles sont présentes dans notre quotidien mais elles doivent être développées à grande échelle. « Il faut parler du futur, l’imaginer pour le faire advenir ». C’est le grand mérite de ce livre : rendre visible un futur décarboné. Il est rassurant aussi : l’inévitable sobriété n’est pas un retour à une vie dans des cavernes éclairées par des bougies ! Pour transmettre ses idées elle utilise de belles métaphores comme celle du régime alimentaire. Avant de maigrir, il faut stabiliser notre poids. Il en est de même pour les rejets de CO2. Le livre est illustré par les très beaux dessins de l’auteur de BD Marc Bati. Vu d’un train, le bassin parisien est transformé en bocage, en jardin avec des arbres, des haies des marres, des fossés. Réconfortant, comme l’est la vision du déboulonnage de la statue de Donald Trump !
Vers la fin du livre, l’autrice devient plus politique. Elle compare les entreprises du secteur pétrolier et gazier aux cigarettiers. Dès les années 70, ils savaient et ont tout fait pour nier le réchauffement climatique. Elle rattache le climatoscepticisme à une vision autoritaire et très conservatrice de la société. Pour elle la décarbonation est une bataille culturelle, indissociable du combat pour la démocratie. Le temps presse, il nous faut décider puis « le chemin se fera en marchant » comme le dit le poète Antonio Machado. Soyons en convaincus ! En particulier après la lecture de ce livre brûlant d’actualité !

Magali Reghezza-Zitt, Bienvenue en 2055, éditions Seuil, 256 pages, 21,5 Euros, sortie le 22 mai 2026.