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« Le Cimetière à Barnes » de Gabriel Josipovici : la routine comme bonheur

par Julien Coquet
06.07.2026

Considéré comme l’un des meilleurs écrivains actuels de langue anglaise, Gabriel Josipovici donne ici un court roman émouvant et dense.

La vie du personnage principal est rangée. A Paris, sa vie de traducteur n’est qu’une routine, une succession de jours qui se ressemblent. Cette monotonie l’apaise : la régularité du travail et des balades dans la capitale française lui font tutoyer le bonheur, une sorte d’ataraxie. « Je fais partie des chanceux, disait-il aux amis de passage à Paris avec lesquels il partageait un repas ou un verre. J’ai des besoins simples. Je fais ce pour quoi je suis doué et le monde me laisse tranquille. Qu’est-ce que je pourrais vouloir de plus ? » Cette vie menée à la régularité d’un métronome le console d’une perte, celle de sa première femme. Lui qui semblait si heureux à Londres a un beau jour perdu la femme de sa vie, morte noyée. Et des années plus tard, remarié, installé dans les collines du Pays de Galles, le narrateur se questionne sur ses désirs et sur le deuil.

 

« Je n’aurais jamais connu de tels moments si je n’avais pas été seul, disait-il. Et, en fin de compte, voyez-vous, ce sont ces moments que l’on chérit et dont on se souvient. »

Très simple à lire, mais néanmoins extrêmement profond dans les thèmes qu’il aborde, Le Cimetière à Barnes est un roman parfait. Avec Gabriel Josipovici, on ne sait jamais sur quel pied danser. Est-ce un roman sur le deuil, le journal d’un homme affligé par le chagrin ? Ou l’histoire de cet homme telle qu’elle est racontée cache-t-elle finalement quelque chose de plus sombre, derrière la mort mystérieuse de la première femme ou l’incendie inexpliqué qui ravage la maison du Pays de Galles ? L’auteur anglais garde des zones d’ombre, telle cette relation avec la deuxième femme, faite de chamailleries qui cachent peut-être une réelle mésentente entre les deux époux (« Qui est-il pour me parler d’être comblé ? disait-elle. Je vous le demande. Être comblé dans sa vie, c’est vivre au présent avec ce que l’on a. »).

 

Alors que L’Orfeo de Monteverdi résonne dans l’appartement parisien du traducteur, et que ce dernier cherche à tout prix à traduire Les Regrets de du Bellay, la question de la vie vécue émerge. « Après tout, tout le monde a des fantasmes. La vie est faite d’une multitude de vies. Des vies alternatives. Certaines sont vécues et d’autres imaginées. C’est là toute l’absurdité des biographies, disait-il, des romans. Ils ne prennent jamais en compte les vies alternatives qui projettent leur ombre sur nous tandis que nous cheminons lentement, comme dans un rêve, de la naissance à la maturité et à la mort. »

Le Cimetière à Barnes, Gabriel JOSIPOVICI, traduit de l’anglais par Vanessa Guignery, Quidam éditeur, 140 pages, 16 euros

Visuel : © Couverture du livre