Avec Toi, aux éditions La ville brûle, Émilie Chazerand et Clémence Sauvage s’associent à nouveau pour offrir un livre jeunesse doux, nécessaire et inclusif. En mettant en valeur le « toi », l’autrice et l’illustratrice et affirment aux plus jeunes qu’iels ne sont pas des choses que l’adulte possède ou manipule : mais un des êtres à part entière qui méritent respect, écoute et considération.
À partir de 3 ans, l’enfant commence à être davantage confronté à l’extérieur de la famille : école, autres enfants, autres adultes, règles collectives… C’est également le moment où les enfants commencent à prendre conscience d’eux-même comme d’une personne distincte de ses parents, avec leurs propres émotions, goûts et limites.
Toi propose un rythme graphique et textuel binaire : à gauche, sur fond uni, des objets inanimés comme une statue, une valise ou des fruits sont représentés et simplement nommés, « Ça, c’est une statue ». À droite, la vie infuse la page, et rend compte de situations du quotidien impliquant un.e enfant et un.e adulte : en promenade ou pendant les courses, avec un court texte, toujours initié par « Toi ». D’un côté, des choses que l’on peut nommer, de l’autre, une personne à qui l’on s’adresse, que l’on doit respecter et écouter.
Ainsi, Émilie Chazerand offre dans Toi un texte anaphorique où le « ça » et le « toi » s’opposent. Cette dualité permet de faire émerger une série d’affirmations : les droits de l’enfant sont nommés, affirmés, et protégés, notamment à travers des formulations négatives qui posent clairement ce qu’on ne doit pas lui faire : « Alors tu dois toujours être bien couvert.e », « On ne doit pas te taper », « Personne n’a le droit de te mettre tout.e nu.e ».
Le consentement est alors mis en avant par cette série d’exemples où la force et la nécessité du « non ! » sont claires et limpides, et accentués par les superbes illustrations de Clémence Sauvage. La répétition donne ainsi à ces phrases une forme que les enfants peuvent facilement retenir et répéter : apprendre à nommer ses limites, c’est aussi apprendre à les faire respecter !
De plus, l’importance de ses émotions est également une notion transmise en toute simplicité, mais toujours avec autant d’importance et de force syntaxique : « Ça c’est une faute. / Mais ce n’est jamais, jamais de ta faute quand quelque chose de triste ou de grave se passe ». Le livre transmet également à l’enfant, qu’iel n’a pas à porter les responsabilités qui appartiennent aux adultes. Ainsi, l’œuvre distingue ce qui relève de la « grande personne », ses choix, ses responsabilités, ses éventuelles fautes, de ce qui appartient à l’enfant : ses émotions, ses jeux, sa liberté et son insouciance.
Les trois derniers diptyques disent et illustrent alors haut et fort aux lecteurices qu’iels sont une chance. Après avoir affirmé leurs droits, leurs limites et leurs émotions, le livre leur rappelle quelque chose d’encore plus essentiel : leur valeur ne dépend pas de ce qu’iels font, de ce qu’iels donnent ou de ce qu’iels représentent pour les adultes. Iels sont là, simplement, et cela suffit.
Le livre se clôt sur un joli miroir, dans lequel l’enfant peut se regarder et se répéter tout ce qu’iel vient d’entendre. Le « toi » que l’on adressait depuis les premières pages devient alors un visage, le sien. Et peut-être est-ce là toute la force de Toi : rappeler aux enfants qu’iels ne sont ni des objets, ni des prolongements de leurs parents, mais des êtres à part entière, libres de dire non, de ressentir, de grandir et de devenir eux-mêmes.
On referme alors le livre avec le même sourire que celui de sa couverture, en souhaitant à ce récit de devenir le livre de chevet de toute une génération.
visuel : ©couverture par Clémence Sauvage
Toi est en librairies et disponible sur le site de la ville brûle.