Avec l’album Quand j’étais petite je rêvais d’être muse (Casterman) Erell Hannah et Maëlle Reat livrent une réflexion ironique et tendre sur une muse des temps modernes et un hommage saisissant à celles du passé.
Derrière ce livre captivant, il y a d’abord Erell Hannah qui, après avoir étudié le théâtre, la sociologie et la psychologie, a été performeuse queer et activiste politique avant de se tourner vers la vulgarisation féministe. Co-créatrice avec son ami Fred Cham du blog BD Ils abusent grave en 2020, le duo a par la suite publié une compilation du blog en 2023, puis l’essai graphique Derrière, une étonnante Histoire de fesses en 2025. Quand j’étais petite je rêvais d’être muse est le premier album de fiction d’Erell Hannah. Maëlle Reat est pour sa part autrice et illustratrice, reconnue pour Insomnie (2023), Blanche (2025) et Murmures de Café (2025), mais aussi pour ses illustrations dans les revues La Déferlante et Topo.
Quand j’étais petite je rêvais d’être muse acte la première collaboration entre les deux femmes, treize ans d’écart et pourtant le même regard féministe, la même culture du blog et moult références communes. Dire qu’elles se sont bien trouvées relève donc de l’euphémisme ! Au gré des pages ponctuées par le trait énergique et burlesque de Maëlle Reat, ce roman graphique aigre-doux s’attelle à la dissection de l’histoire des muses à travers les décennies, et rappelle tour à tour les univers de Florence Dupré la Tour, Catherine Meurisse, mais aussi celui de Claire Bretécher.
Pour vulgariser l’histoire des muses à travers les âges, les deux autrices choisissent de relater les tribulations de Dana, bercée depuis l’enfance par une vision idéalisée de Paris et ses artistes. Au cours des années 2010, elle s’installe dans la capitale et devient l’égérie de plusieurs artistes, avec lesquels elle partage des passions aussi artistiques qu’amoureuses. Mais lorsqu’un événement chamboule son existence, la jeune femme déchante et se lance dans une grande enquête sur les muses qui l’ont précédée. Qui sont véritablement ces femmes qui ont marqué l’Histoire de l’Art ? Comment susciter l’amour et l’admiration, et surtout, quel en est le prix à payer pour être une muse parfaite ?
Autant d’interrogations qui entourent ces femmes de l’ombre, connues la plupart du temps par l’unique biais du regard masculin qui s’est posé sur elle. Un regard généralement éphémère, puisque les hommes artistes n’ont par ailleurs jamais eu de scrupules à changer d’égérie lorsque l’actuelle était vieillissante, triste ou simplement fatiguée d’être cantonnée à son statut de muse. Hommage vibrant à ces femmes oubliées, souvent forcées au silence, pillées dans leur travail, traumatisées si ce n’est internées contre leur gré, Quand j’étais petite je rêvais d’être muse est un rappel bienvenu, mordant et éclairant qui interroge plus largement les rapports hommes femmes et l’idéalisation de l’autre… Et c’est absolument brillant.
Quand j’étais petite je rêvais d’être muse de Erell Hannah & Maëlle Reat, Casterman, 192 pages, 25,00 €. En librairie le 26 Août 2026.
Visuel : Quand j’étais petite je rêvais d’être muse, Hannah & Reat © Casterman 2026