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En plein été, un peu d’horreur pour frissonner

par Julien Coquet
04.08.2026

Deux BD, un Cahier de l’Herne, un essai et un manga, soit des formes très variées pour aborder le genre horrifique.

Le Horla d’après Maupassant : un classique brillamment adapté

Lorsqu’on évoque le fantastique français, « Le Horla » vient rapidement en tête. Cette nouvelle de Maupassant, écrite en 1887, plonge dans la tête d’un narrateur confronté au surnaturel. Entre fantôme et poltergeist, la présence du Horla éprouve psychiquement le narrateur, sans qu’il ne puisse trouver aucune aide auprès de la médecine ou de ses amis… On applaudit donc le projet de la maison d’édition Futuropolis de créer une nouvelle collection, La Bibliothèque fantastique de Paul et Gaëtant Brizzi. Objectif : publier un titre par an consacré à notre patrimoine littéraire de genre. Cette adaptation du « Horla » se révèle satisfaisante sur de nombreux points, et notamment sur sa fidélité au texte source (la forme du journal intime tenu par le narrateur est bien respectée), et par l’horreur qu’elle procure à sa lecture. Le dessin expressif, onirique parfois, procure de réelles visions cauchemardesques. Au fur et à mesure de l’avancement de l’album, ce « mystère de l’invisible » horrifie, au point de changer la physionomie du narrateur. Une très grande réussite, qui nous fait attendre avec impatience la prochaine adaptation, cette fois-ci une nouvelle d’Alexandre Dumas (« La Femme au collier de velours »).

 

Cahier de l’Herne H. P. Lovecraft : focus sur le père de l’horreur moderne

Lovecraft fait maintenant partie du paysage littéraire. Peu à peu, son univers a irrigué la littérature, le cinéma, la bande dessinée, les arts visuels et les cultures numériques. Mais en 1969, lorsque paraît pour la première fois ce Cahier Lovecraft, l’auteur de Providence reste encore dans l’ombre. Dirigée par François Truchaud, « la monographie révéla la cohérence intellectuelle, philosophique et poétique d’une œuvre jusqu’alors largement méconnue ou incomprise. » On retrouvera donc dans ce Cahier une analyse de l’oeuvre et des mythes (« Topographies du rêve et de l’abîme » et « Poétique du chaos »), une approche biographique dépeignant toujours l’homme de Providence comme un être seul (« Figures d’une vie impossible ») et une approche de l’influence de Lovecraft (« Postérités et contaminations » et « Visions de l’indicible »). On relévera ainsi quelques lettres bien choisies (Lovecraft décrivant un rêve très précis à Clark Ashton Smith), une revue des adaptations cinématographiques, quelques dessins signés Philippe Druillet et quelques textes signés Lovecraft. La limite de cette réédition reste tout de même la réédition en elle-même. Depuis plus de cinquante ans, l’approche que l’on a de l’oeuvre de Lovecraft a changé. Pour qui souhaiterait donc une mise à jour des connaissances et des débats, il faudra se pencher sur la grosse biographie signée S. T. Joshi (Lovecraft. Je suis Providence) et les traductions récentes de François Bon et de David Camus.

 

Monstrueuse de Taous Merakchi : une approche personnelle de l’horreur

Taous Merakchi est autrice et podcasteuse. Elle est notamment comme pour sa « Newsletter de l’horreur » dans laquelle elle ausculte une fois par semaine le monde de l’horreur sur petit et grand écran. Dans Monstrueuse, son essai paru en octobre 2025, Taous Merakchi revient sur sa conception de l’horreur et sur ce qui l’intéresse tant dans ce sous-genre violent, bien souvent décrié au sein même de la cinéphilie. Un père « monstrueux » et une adolescence difficile conduisent la jeune Taous à se réfugier dans les films d’horreur, où elle trouve  des clefs de compréhension du monde dans lequel elle évolue (patriarcat, anxiété, puberté, rivalités adolescentes…). « Comme l’ont montré plusieurs études, les personnes qui trouvent le plus de réconfort dans l’horreur sont souvent les personnes les plus anxieuses, dont la réalité reflète un peu trop souvent ce qui est vu à l’écran. » L’autrice multiplie les exemples pour étayer sa pensée : Jennifer’s Body (Karyn Kusama, 2009), Jawbreaker (Darren Stein, 1999), Ginger Snaps (John Fawcett, 2000)… La part autobiographique du projet étant forte, tout cela est sûrement très intéressant pour qui est fan de Taous Merakchi. Pour les autres qui, comme nous, découvrons son travail avec Monstrueuse, vous pouvez passer votre chemin.

 

Le Journal des chats de Junji Ito : chat fait peur

Faut-il encore présenter le mangaka Junji Ito, considéré comme le maitre de l’horreur dans son domaine ? Spirale est un concentré de terreur et, plus récemment, Black Paradox nous avait bien plu. Alors la parution de ce Journal des chats surprend quelque peu. Le projet est quasiment autobiographique : raconter le déménagement dans une nouvelle maison et la vie avec deux chats, Yon et Mû. Rien d’horrifique à première vue… Mais c’était sans compter le talent de Junji Ito pour faire naitre l’horreur derrière chaque comportement erratique de ses chats. Comme les taches de Yon qui rappellent une tête de mort. Le quotidien le plus banal prend alors une tournure horrifique. Et là où chacun voit la mignonnerie de ces boules de poils, Junji Ito voit des êtres maléfiques. Un album un peu atypique dans le parcours de Junji Ito, que l’on conseille à celles et ceux qui connaissent déjà l’œuvre du mangaka. Comme d’habitude, le travail des éditions Delcourt est en revanche d’une grande qualité, le texte original étant enrichi d’interviews et de sketchs inédits.

 

La série Shock SuspenStories : une pléthore d’histoires horrifiques

De 1952 à 1955 paraissent aux Etats-Unis les comic books Shock SuspenStories. Chaque numéro (deux par mois) regroupe quatre histoires, republiées ici par les éditions Akileos dans l’ordre chronologique. A cette époque, aux Etats-Unis, en plein début de la Guerre froide, les histoires de science-fiction et d’horreur ont le vent en poupe. Les magazines spécialisés dans le genre pullulent. En se plongeant dans les trois tomes de cette anthologie de récits à suspense, on se replonge dans une certaine époque intellectuelle, sociale et politique (les dessins sont également datés, très beaux). Il est intéressant de noter aussi l’évolution de la revue. Si, au départ, chaque magazine est bien compartimenté (une histoire d’horreur, une de science-fiction, une policière et une de guerre), les thèmes vont évoluer pour laisser plus de place à des sujets de société (le racisme, le viol, les violences conjugales…). Certaines histoires particulièrement captivantes, aux chutes surprenantes, rappellent la qualité des nouvelles de Richard Matheson ou certains épisodes de la série télévisée Twilight Zone. Une très belle découverte servie dans un chouette travail éditorial.

Le Horla, d’après Guy de MAUPASSANT, Gaëtan et Paul BRIZZI, Futuropolis, La Bibliothèque fantastique de Paul et Gaëtan Brizzi, 80 pages, 19 euros

Cahier Lovecraft, Editions de L’Herne, 256 pages, 39 euros

Monstrueuse, Taous MERAKCHI, Editions La Ville brûle, 224 pages, 18 euros

Le Journal des chats – Edition prestige, Junji ITO, Delcourt/Tonkam, 128 pages, 12,99 euros

Shock SuspenStories, 3 tomes (tome 1, tome 2 et tome 3), de 26 à 28 €

Visuel : © Couvertures des livres