Beaucoup de téléspectateurs se souviennent du 28 janvier 1986. La navette Challenger explose 73 secondes après le décollage.
Après avoir décortiqué le largage de la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945 dans La Bombe, Laurent-Frédéric Bollée s’intéresse de nouveau à un événement historique pour le disséquer. Le 28 janvier 1986, il est lui-même devant son poste de télévision. La navette Challenger, qui abrite sept astronautes, dont deux civils pour la première fois de l’histoire de la conquête spatiale, vient à peine de décoller qu’elle explose en plein vol, sous le regard horrifié de millions de téléspectateurs.
Pour raconter cette histoire, accompagné de l’Italien Christiano Spadoni au dessin, Laurent-Frédéric Bollée choisit l’ordre chronologique. Les scènes se succèdent vers la catastrophe annoncée dès le début, créant un suspense certain. Et comme il le dit lui-même, « c’est une idée reçue de croire que, parce qu’on connaît la fin d’une histoire, celle-ci sera moins passionnante à découvrir ». En variant les points de vue, les lieux, les temporalités, Le Visage du créateur parvient à raconter la défaillance technique comme le côté intime du drame. L’album se concentre notamment sur la figure de Christa McAuliffe, première civile destinée à aller dans l’espace, professeure de 37 ans, dont le rêve se concrétise. La toute fin, particulièrement tragique et que l’on ne révèlera pas, nous a tiré quelques larmes.
Le Visage du créateur, Laurent-Frédéric BOLLEE (scénario) et Christiano Spadoni (dessin), Rue de Sèvres, 264 pages, 25 euros
Visuel : © Couverture de l’album