L’exposition Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe, qui ouvre ses portes le 26 septembre au Palais Galliera, raconte l’évolution des vestiaires féminins et masculins sans se limiter à une simple exposition de mode. Avec près de 500 pièces, provenant du musée même ou d’institutions partenaires, l’exposition montre que derrière un pantalon, une veste ou un haut-de-forme se joue aussi une manière d’occuper l’espace et de se construire soi-même.
Dès l’entrée de Un Vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle, deux silhouettes nous tournent le dos. Elles se ressemblent presque parfaitement. Alors, homme ou femme ? Et c’est justement dans ce moment de doute, où le vêtement ne suffit plus à nous préciser le genre, que commence l’exposition du Palais Galliera.
Au XIXe siècle, les vêtements participent largement à la séparation des genres. Les femmes sont habillées par des couturières, les hommes par des tailleurs. Mais peu à peu, certaines femmes commencent à emprunter au vestiaire masculin ses coupes, ses matières, ses accessoires.
L’un des premiers exemples est celui de l’amazone. Pour monter à cheval, certaines femmes adoptent un costume. Costume reprenant les codes des tailleurs, sous lequel se cache notamment un pantalon. Le vêtement prend désormais une dimension plus pratique et plus adaptée au mouvement.
Et c’est peut-être ça qui rend l’évolution particulièrement intéressante. Le pantalon n’est pas seulement un symbole de masculinité que les femmes viendraient récupérer. Il leur ouvre surtout de nombreuses autres possibilités. Monter à cheval, faire du vélo, travailler. Finalement, il permet de sortir de la sphère domestique et d’entrer concrètement dans l’espace public. Le vêtement accompagne progressivement de nouvelles libertés.
Avec la bicyclette, dans les années 1890, la figure de la cycliste devient même celle d’une femme émancipée. Sa culotte divise les jambes, libère le mouvement et brouille les apparences. Cela suffira à ranger ces femmes dans une autre catégorie : les femmes aux « allures garçonnières ».
On comprend alors que le genre n’est pas seulement une question d’apparence. Il se joue aussi dans la manière dont un corps peut se déplacer, travailler et prendre sa place dans l’espace public.
L’exposition devient particulièrement intéressante lorsque l’on se rend compte que ces emprunts ne sont plus exceptionnels. À la fin du siècle, le costume tailleur se démocratise et devient une tenue largement adoptée. Bien qu’il permette à certaines femmes de fréquenter des espaces considérés jusque-là comme masculins, il introduit également quelque chose de troublant. La silhouette féminine ne correspond plus exactement à ce que l’on attend d’une femme.
C’est là que les vêtements exposés prennent une autre dimension. Voir les véritables pièces, leurs coupes, leurs matières et leurs détails permet de comprendre que cette transformation ne passe pas uniquement par de grands symboles. Un col, une cravate, une jaquette, un chapeau peuvent suffire à déplacer une silhouette.
La garde-robe de Rosa Bonheur en est probablement l’exemple le plus frappant. Elle montre une femme qui compose son apparence avec des références autant féminines que masculines, sans chercher à appartenir complètement à l’un ou à l’autre. Ses vêtements deviennent alors une manière de construire son image, mais aussi quelque chose de beaucoup plus intime.
C’est sûrement la question que l’on se pose en sortant. Au fil de l’exposition, les frontières semblent de moins en moins évidentes. Une cravate est-elle masculine parce qu’elle est portée par un homme ? Un costume reste-t-il masculin lorsqu’il est porté par une femme ? À partir de quel moment un vêtement cesse-t-il d’être un emprunt pour devenir simplement une façon de s’habiller ?
Les pièces de l’exposition sont parfois impressionnantes, certaines sont particulièrement raffinées, mais elles ne sont jamais là uniquement pour être admirées. Elles racontent des femmes qui, en changeant de vêtements, changent aussi progressivement les contours de ce qu’il est possible d’être pour elles.
D’abord, l’amazone emprunte au tailleur pour pouvoir monter à cheval. Puis le pantalon se révèle dessous les jupes, le vélo devient un outil d’émancipation et les accessoires finissent par se partager. Peu à peu, le costume devient pratique, social, politique, mais surtout identitaire. Et si, finalement, le vêtement n’avait un genre que parce que le regard social lui en attribue un ?
Exposition Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe. Du 26 septembre 2026 au 14 février 2027.
Visuel : © L.B