Le musée des impressionnismes accueille Daniel Buren et ses plantations in situ aux côtés d’œuvres de sa collection. Un dialogue « inattendu et insoupçonné entre un artiste conceptuel et un peintre impressionniste » comme l’annonce Cyrille Sciama, directeur du musée. Une invitation qui se traverse entre construction et impressions. Le visiteur pourra se promener au travers de bandes verticales blanches et colorées, des sortes de poteaux-girouettes hauts en couleurs. Les oeuvres de Daniel Buren bougent au gré du vent et peuplent jusqu’aux collines de l’environnement où Claude Monet a décidé de s’installer. Surprenant. Structurel. L’Invitation à Daniel Buren devient un moyen de mettre en dialogue des siècles de peinture et de faire sursauter notre œil sur des créations et paysages connus.
Ce qui est surprenant dans le parcours de cette exposition, c’est de voir une œuvre in situ qui détonne. Car la conception de la nature n’est pas la même chez Daniel Buren et chez Claude Monet. Monet part de et dans l’environnement et son œuvre devient impressions que le spectateur partage immédiatement. Chez Daniel Buren au contraire, l’œuvre est in situ, elle se construit dans l’environnement et continue à y vivre. Et elle le révèle plus qu’elle ne le figure. La richesse de l’Invitation à Daniel Buren c’est qu’elle révèle, par sa propre force, Monet. Ses œuvres se dressent devant le musée, autour, derrière et dedans : elles semblent même soutenir les murs du musée. La juxtaposition entre deux manières de faire art dans la nature nous apprend à voir le jardin de Monet autrement. Car on peut réellement voir Monet à travers l’œuvre de Daniel Buren. La girouette, divisée en deux, semble accueillir la colline de Monet comme si elle cadrait le regard.

Daniel Buren, Plantations, travaux in situ, musée des impressionnismes Giverny
Le travail de Buren semble ouvrir une nouvelle manière de voir l’espace et la nature d’un Monet que l’on connaît. L’invitation se fait ainsi redécouverte, car si le musée des impressionnistes invite à Buren, Buren lui, nous ramène à Monet. Une boucle sur l’infini des dialogues qui occupent les modélisateurs de l’espace. Et rappelons-le, les œuvres de Daniel Buren sont mobiles. La météo, la lumière, le vent, la pluie vont venir bousculer et éclairer différemment les formes. L’œuvre de Daniel Buren est donc en lien direct avec le travail en plein air des impressionnistes.
Ce qui se retient le plus de l’exposition, ce sont peut-être les liens qui se tissent et se peignent entre les couleurs et les artistes. Non seulement les couleurs de Buren ponctuent le paysage de Monet, mais en plus, les points parviennent à rester dans notre œil : c’est ce que l’on pourrait rapprocher d’une « image rémanente ». La tâche qui se forme dans notre regard lorsque l’on regarde directement dans la lumière et que l’on transporte quelques temps dans notre champ de vision. Une illusion d’optique. La rencontre avec les œuvres de Daniel Buren fonctionne ainsi : ses œuvres laissent une trace. Les couleurs vives des œuvres de Buren se logent dans notre rétine et se transportent sur les nouvelles surfaces que nous observons.

Daniel Buren, Plantations, travaux in situ, musée des impressionnismes Giverny, 2026 © DB-ADAGP, Paris, 2026 / PHOTO © STEPHANE ABOUDARRAM / WE ARE CONTENT(S)
Formes et couleurs chez Buren marquent notre regard comme une nouvelle manière pour nous de voir : à travers les œuvres de la collection du musée des impressionnismes, l’œil du spectateur se portera sur des détails, des lignes, des formes, des couleurs que Buren a initié en nous. Daniel Buren atteint ainsi la structure même de notre œil. C’est toute la richesse de l’exposition, de faire se rencontrer des siècles d’art, d’époques, d’artistes, de techniques différentes et de donner au spectateur des outils de comparaison, de lecture. Ce que nous retrouvons particulièrement avec Maurice Denis et « Reflet de soleil sur la rivière ». La représentation du soleil et son reflet, comme Monet l’explorait, semble rejoindre les constructions de Buren.
L’œil, après sa rencontre avec Daniel Buren, est invité à dialoguer entre les œuvres. Les couleurs éclatantes dialoguent fortement avec le travail de Hiramitsu Reiji, peintre japonais, fasciné par Monet et qui consacre une grande partie de son œuvre à l’étudier, l’explorer, le réinventer à travers notamment des «re»peintures des nymphéas et des paysages de Monet. L’exposition est donc une expérience inédite in situ, une attention aux œuvres inédite conditionnée par notre regard une fois traversé par Buren.
Visuel : © Photo-souvenir : Daniel Buren (né en 1938), Plantations, travaux in situ, musée des impressionnismes Giverny, 2026 © DB-ADAGP, Paris, 2026 / PHOTO © STEPHANE ABOUDARRAM / WE ARE CONTENT(S)