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13.06.2026 → 27.06.2026

Jessy Deshais : « Le monstre, c’est celui qui est différent de toi »

par La redaction
09.06.2026

L’année dernière, nous découvrions Jessy Deshais en pleine fuite en avant un mur de dystopie constitué des dernières images de films, regardé dans des rétroviseurs d’où l’on ne pouvait pas s’échapper. Une manière de conjurer la fin en la regardant en face, mais à distance dans le reflet. Cette année, avec Derrière la porte, l’artiste semble avoir abandonné le rétroviseur et regarder la réalité bien en face. Interview lors d’une preview un peu atypique.

Quelle est la genèse de cette exposition ?

Un vol. L’année dernière, une pièce a disparu — une œuvre qui relatait un trauma d’enfance. Cette disparition a été un révélateur. Je me suis demandé où j’en étais avec mes monstres. La réponse a pris la forme d’un mur composite, pas des fins de films mais des œuvres glanées le long de mon parcours artistique — un panorama de la récurrence avec un constat clair : les monstres ont toujours été là, sous des formes différentes ! Abus, injustice, regard intérieur, celui des autres…

Peut-on parler de rétrospective ?

Mes Monstres n’est pas qu’une exposition sur le passé. Elle s’organise en deux temps, deux types de monstres. Les premiers sont personnels, intimes, traversés par cette question fondamentale : « À partir de quel moment se sent-on différent ? » Les seconds sont collectifs et bien vivants — les tyrans, les politiques qui détruisent, ces figures écrasantes. Ma seule arme pour les contrer : l’humour. Pas pour les minimiser, mais pour les empêcher d’occuper tout l’espace. Il faut faire attention où l’on met les pieds surtout en période électorale.

C’est-à-dire ?

J’ai des mediums très spécifiques, des outils qui grattent et qui coupent (NDLR : des livres éventrés dont elle extrait les entrailles, des lames d’exacto gardées après chaque découpe et rebaptisées Les Vangeresses.) Ces petites lames triangulaires ont silencieusement opéré : dans des livres érotiques, elles ont retiré les hommes, les monstres, les violences faites aux femmes. Toute petite, la lame. Mais elle coupe quand même. Il y a aussi Moi ce que j’aime c’est les Monstres d’Emil Ferris — reçu quatre fois en cadeau d’anniversaire, et dont je me suis finalement autorisée à extraire les entrailles pour en faire une nouvelle œuvre.

Vous utilisez, entre autres, des objets tranchants, mais vous semblez refuser les jugements à l’emporte-pièce…

Je refuse toute forme de manichéisme. Le monstre n’est pas le méchant de l’histoire — c’est souvent celui qui te semble différent, et sans oublier que toi aussi tu peux devenir le monstre de quelqu’un. Je travaille cette symétrie depuis longtemps, depuis les Dolls Invaders qui interrogeaient une matrice commune à tous, avant les divergences. Comment un tyran a-t-il pu être un enfant ? À quel moment cela s’est-il produit ?

L’exposition ne surprend pas que sur fond mais aussi sur la forme, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Elle a commencé dans un appartement privé — une preview en mai, dans un cadre domestique, avant de rejoindre la galerie d’ICI du 13 au 27 juin sous une forme scénographique. Ce choix n’est pas anodin. Je suis convaincue qu’il faut bousculer les référentiels. Mon art s’est construit autour des objets du quotidien réinvestis — les livres abandonnés, les chemises blanches qui représentaient le milieu médical et mon suivi de traitement pendant deux ans. Comme je le dis souvent ma maladie, c’était une petite chemise dans un gros dossier santé. Faire entrer ces œuvres dans un appartement, c’est leur rendre leur contexte naturel : celui d’une vie traversée par les monstres, et qui continue quand même. Chaque lieu privé comme public accueil une nouvelle formule de monstration, la préview était différente de l’exposition en cours et la seconde partie qui cherche encore son lieu le sera assurément de la première.

 

« La porte » Métal et dessin au charbon sur papier x 2026
« N’ait-on monstre ou le devient on ? » Photo et support métal 2026
« Miroir » Support miroir et cheveux de l’artiste 2026
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« Put Your Ass On It » broderie mécanique sur coussin 2026