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« Wake in Fright » de Ted Kotcheff : Contrée Terreur

par Camille Griner
06.08.2026

Retour sur Wake in Fright, classique du cinéma australien réalisé par Ted Kotcheff sorti en 1971, à l’occasion de sa ressortie en salles en version restaurée 4K.

Adapté du best-seller éponyme de Kenneth Cook paru en 1961, Wake in Fright relate les péripéties plus que mouvementées de John Grant (Gary Bond), un jeune instituteur dirigeant l’unique classe d’une ville au milieu d’un désert à perte de vue. Les vacances scolaires débutent, et John compte bien en profiter pour rendre visite à sa douce à Sydney. Mais avant de prendre l’avion, il fait escale dans la petite ville minière de Bundanyabba. Bourgade dans laquelle il passe la soirée à jouer son argent et se soûler. Et ce qui devait être l’affaire d’une nuit, d’une petite halte avant le grand départ, s’étend finalement sur plusieurs jours…

 

Le titre du film et le panoramique circulaire qui ouvre Wake in Fright offrent déjà un aperçu sinistre du long métrage de Ted Kotcheff : un cauchemar éveillé en plein cœur d’un paysage désertique écrasé par un soleil de plomb, dans lequel les clichés sur la beauté de la nature australienne et sur la camaraderie des locaux de l’Outback volent en éclats. A travers la descente aux enfers de son protagoniste principal, Wake in Fright déroule une quête initiatique viscérale, jusqu’au-boutiste et nihiliste en contrée australienne qui traumatise longtemps la rétine, rappelant de surcroît crûment que l’Homme est encore et pour toujours le pire des monstres.

 

Once Upon A Time in Bundanyabba

 

Si le long métrage de Ted Kotcheff, boosté par sa réputation du film le plus terrifiant tourné en Australie, suscite de prime abord l’appréhension, il serait pourtant bien dommage de ne pas profiter de sa ressortie au cinéma pour le (re)voir sur grand écran. D’autant plus lorsque l’on sait qu’il aurait pu définitivement finir aux oubliettes. Perdu durant plusieurs décennies, le négatif du film donna en effet lieu à une véritable chasse à l’international, avant d’être retrouvé in extremis par le producteur australien Anthony Buckley aux débuts des années 2000 dans une caisse étiquetée « For Destruction » dans un entrepôt de Pittsburgh.

 

Violent, tendu, ultra réaliste et implacable, Wake in Fright et sa galerie de rednecks abusant de tous les excès déroulent une dérangeante étude sociologique de l’Homme dans ses plus bas et pires instincts. Oscillant constamment entre le documentaire ethnographique et la série B hallucinée bien crasseuse, le film de Ted Kotcheff fait renaître tout un pan cinématographique des années 1970, sillage dans lequel se sont engouffrés par la suite des cinéastes australiens tout aussi baroudeurs et audacieux, comme George Miller et Peter Weir.

Wake in Fright de Ted Kotcheff. Avec Donald Pleasence, Gary Bond, Chips Rafferty… Australie, États-Unis. 01h49. Interdit aux moins de 12 ans. Ressortie en version restaurée 4K le 19 Août 2026.

Visuel : © D. R.