Après Lucio (2007) et Une Vie Secrète (2019), les réalisateurs et scénaristes basques Aitor Arregi et José Mari Goenaga sont de retour avec Maspalomas.
Maspalomas s’ouvre sur des plans fixes larges capturant des dunes de sable désertiques sous un soleil brûlant. Un jeune homme apparaît soudain dans son plus simple appareil et se plante au sommet d’une des dunes, fixant le lointain. Les plans suivants filment d’autres corps masculins dénudés scrutant les alentours, en quête de quelque chose, ou de quelqu’un. Au milieu de ces silhouettes hagardes en arrière-plan, un homme âgé traverse alors le cadre d’une marche tonique, plus proche de la caméra, vêtu pour sa part d’une casquette, d’un slip et d’un T-shirt colorés.
Ce vieux monsieur à la moustache saillante et au style vestimentaire punchy, dont les réalisateurs emboitent le pas après sa première apparition en caméra portée, se prénomme Vicente (José Ramón Soroiz). Il savoure depuis vingt-cinq ans une retraite insouciante et revigorante à Maspalomas, aux îles Canaries. S’adonnant aux plaisirs de la chair avec des jeunes et moins jeunes, dans des broussailles ou des clubs, Vicente profite de son célibat tout frais avec son vieux copain Ramón (Zorion Eguileor). Mais voilà, passé les vingt premières minutes du film à coups de séquences explicites et crues entre désir et sexe, la vie de Vicente bascule suite à un AVC en plein batifolage.
Après une première partie à l’atmosphère festive, débridée et colorée sous la lueur des néons, Maspalomas se pare soudainement d’une ambiance sobre et glaciale aux tons gris et bleutés. Un changement radical, qui accompagne l’arrivée de notre héros septuagénaire dans une maison de repos à Donostia, au Nord de l’Espagne. Lui qui était comme un coq en pâte, le voilà mal en point et dépendant du personnel médical, bien loin des Apollons en tenue d’Adam et des plages luxuriantes. Et si le personnage émeut dès les premières secondes du film, sa convalescence ne fait qu’accroître notre attachement envers Vicente, avide de liberté, de tendresse et d’amour. Un personnage marquant, parmi les protagonistes les plus bouleversants vus sur grand écran dernièrement.
« Sorti du placard » après 50 ans, Vicente a passé plus de la moitié de sa vie à ne pas s’assumer avant un coming out tardif qui l’a fait tout quitter, femme et fille comprises. Sa convalescence forcée est alors vécue comme un retour cauchemardesque à la case départ. Lâché parmi les autres patients, le bonhomme choisit de taire son orientation sexuelle, pour éviter discrimination et rejet. Entre résignation ou renaissance, le duo de cinéastes laisse douter le spectateur d’un bout à l’autre du film sur la possibilité d’une nouvelle mise au placard auto infligée de Vicente. A travers le portrait saisissant de cet inoubliable senior gay, Aitor Arregi et José Mari Goenaga déploient un sujet trop rare sur grand écran, celui du troisième âge dans la communauté LGBTQ+, et livre un film poignant bourré d’espoir.
Maspalomas de Aitor Arregi & José Mari Goenaga. Avec José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu, Kandino Uranga… Espagne. 01h55. Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Sortie le 24 Juin 2026.
Visuel : © Epicentre Films