Ce 3ème jour très pluvieux est marqué par Torremolinos 73, projeté dans le cadre de la rétrospective pour Pablo Berger, et Guria, film géorgien de Levan Koguashvili qui nous replace dans une société tendue par le contexte post-soviétique.
Le festival Cinemed met cette année à l’honneur Pablo Berger. Réalisateur espagnol de 63 ans, le premier film de la rétrospective est Torremolinos 73.
Dans le contexte franquiste – l’action se situe en 1973 – le film explore le puritanisme de l’époque, et l’extrême opposé. Notre héros vit difficilement de son travail de vendeur d’encyclopédie en sonnant aux portes. Le point positif : sa relation avec sa femme, aimante et attentionnée.
Tout bascule quand ils sont tous deux confrontés à un dilemme : que le mari perde son travail, ou qu’il participe avec sa femme à la réalisation de films scientifiques sur l’accouplement des espagnols – de la pornographie déguisée. L’image, elle, n’est pas déguisée : les plans filmés par le couple sont projetés aux yeux du supérieur, et de nous public.
Le dilemme pour le couple est moral, dans un contexte social traditionnel. Toutefois, pour nous, spectateurs contemporains, les scènes d’amours questionnent également : est-ce nécessaire ou voyeur ? À cela, le film, sorti en 2003, peut répondre qu’il est essentiel d’être clair sur l’opposition entre la bienséance sociale imposée et le travail de nos héros. Le récit, diffusé en 35mm dans le cadre de Cinemed, peut choquer mais s’inscrit parfaitement dans les enjeux actuels entre libéralisation des mœurs et normalisation de contenus sexuels parfois violents.
Levan Koguashvili, réalisateur georgien de 52 ans, signe ici son 4ème long-métrage. Le film est en noir et blanc stylisé, où le sombre reflète superbement la tension constante dans cette sociéte en conflit. La caméra suit principalement des relations amoureuses, dans la Géorgie de 1992. Marquées par les croyances, traditions et la violence des oppositions au régime post-soviétique, ces relations sont à la fois des sorties de la tristesse quotidienne, tout en s’inscrivant parfaitement dans le contexte politique. Chacun cherche un partenaire avec qui supporter l’austérité du régime. Les relations humaines sont le phare des individus, qu’ils construisent entre tendresse et imposition.
La précarité du système est également omniprésente dans le récit. Les noisettes, source de revenus et d’alimentation majeure, apparaissent à de multiples reprises. L’entraide entre les individus se base aussi sur les questions monétaires mais surtout sur l’aide dans la débrouille, seul moyen de s’en sortir.
Après les inondations au Corum, le report de séances dû à la manifestation du 17 octobre, c’est une alerte rouge pluies qui menace la programmation. Face à cela, le festival se bat pour maintenir la programmation, l’entraide se sent entre les spectateurs et la culture se diffuse. Le centre Rabelais à Montpellier a accueilli les films du jour, malgré les intempéries.