Après la soirée d’ouverture du mardi 23 juin au Théâtre de la Coupe d’Or, présentée par Alain Manoukian et Julie Gayet, la fondatrice du Festival, qui a donné lieu à la remise des prix du festival, intitulés Les Accords, ce mercredi marquait le premier jour où Sœurs Jumelles battait son plein.
Visites de studios, remises de prix, témoignages et aussi speed dating… Sœurs Jumelles a imprimé à part son programme professionnel, tant il est foisonnant. Là aussi, il faut savoir choisir entre les différentes conférences proposées dans les salons de l’hôtel Mercure, tandis que les moments de convivialité sont toujours partagés, comme le drink de 18 h au restaurant Les Sources Vives de ce mercredi.
À 16 h, nous avons eu la chance d’animer la conférence inaugurale (keynote) d’Isabelle Degeorges, productrice, directrice de Gaumont France et présidente de l’Union syndicale des producteurs audiovisuels (USPA). Nommée à ce poste en juin, la productrice de Lupin et de Becoming Karl Lagerfeld a livré une réflexion programmatique pour ses nouvelles fonctions. Face aux défis que rencontre le secteur, notamment la chute des revenus publicitaires, court-circuités par les plateformes comme YouTube, TikTok ou Meta, celle des aides publiques, et avec la transformation profonde qu’impose l’intelligence artificielle, nous sommes à un tournant. Isabelle Degeorges prône à la fois une régulation bien menée, la possibilité pour des créateur·ice·s d’enchanter l’audiovisuel et la pérennité d’un savoir-faire français dans la manière de raconter des histoires, permettant à la culture de notre pays de rayonner dans le monde.
Nous avons également suivi le partage d’expérience de l’équipe à l’origine de la série de France Télévisions sur les attentats du Bataclan, Des vivants. Le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade, son compositeur Raf Keunen ainsi que la monteuse Sophie Bruner ont évoqué les accords entre musique et image sur un sujet à la fois terrible et terriblement délicat…
Un des grands principes du festival est de permettre au public de suivre un documentaire sur un artiste, de le ou la rencontrer autour d’un talk, et souvent de voir une performance live sur scène.
Ainsi, ce mercredi, nous avons entendu, en solo à l’église Saint-Louis, le pianiste de jazz virtuose Gaël Rakotondrabe, qui proposait un programme d’hommage à la musique de film. Il a joué aussi bien Philippe Sarde que les Beatles, nous emmenant dans un univers lyrique où chaque auditeur construisait ses propres images. Ce jeudi, il sera possible de l’entendre dialoguer avec la chanteuse Léonie Pernet. Dans l’église du XIXᵉ siècle, le pianiste a conclu par un bis inattendu et canon : « Come as You Are », de Nirvana. Un clin d’œil au spectacle dédié à Kurt Cobain pour les 30 ans de sa mort et qui se donnait au Théâtre de la Coupe d’Or.
Béatrice Dalle était donc présente à Sœurs Jumelles : la veille, il était possible de voir au cinéma l’Apollo le film que lui a consacré Fabrice Du Welz, La Passion selon Béatrice. Et ce mercredi, c’est au Théâtre de la Coupe d’Or que nous avons pu assister à son spectacle sur Kurt Cobain.
Accompagnée par une chanteuse et par le guitariste Bastien Burger, ce spectacle est nourri de la correspondance et des journaux intimes de Cobain. L’auditoire se retrouve bel et bien plongé dans l’univers à la fois métallique, désespéré et profondément politique de celui qui a marqué toute une génération. Avec un choix de textes marquants qui souligne également les engagements politiques de Cobain, Béatrice Dalle et ses comparses poursuivent ce qu’ils et elles appellent une « veillée rock ».
Nous avons eu la chance d’interviewer l’actrice (interview à venir) en amont du concert. Elle nous a expliqué quels passages et quelles lettres la touchent le plus, combien elle aurait aimé être « la veuve » de Kurt Cobain. Elle nous a également partagé sa passion pour les mots, ceux de Cobain, du terrible Gilles de Rais sur qui elle travaille actuellement, comme ceux de Pasolini, Van Gogh ou Mozart. Une rencontre à la hauteur de nos attentes, qui étaient immenses.
Sœur Jumelles, c’est aussi une série de grands concerts sur les deux scènes en plein air de la Corderie Royale, immense bâtiment construit sous Louis XIV pour manufacturer les cordages nécessaires à la marine militaire et qui forme un cadre absolument exceptionnel.
Même si les concerts ont été un peu repoussés pour cause de canicule, nous avons dû faire des choix et n’avons pas pu entendre le duo formé par Rosemary Standley et Dom La Nena, Birds on a Wire, que nous suivons néanmoins depuis le premier album. Mais nous sommes arrivés à temps pour entendre et voir Camille avec l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine, dans une version symphonique et très cinématographique de l’œuvre de celle que l’on connaît pour hacher le son, jouer avec lui et nous surprendre.
Cachée, comme Peau d’Âne (d’ailleurs diffusée dans la journée et présentée par Matthieu Demy), sous une cape verte, puis drapée dans une robe rose ample pour sautiller et danser, la chanteuse a parcouru son répertoire : des chansons de films, volontiers de dessins animés, comme Ratatouille, mais aussi de la comédie musicale oscarisée Emilia Pérez, dont elle a chanté trois extraits. Elle a également partagé ses tubes comme « La Jeune Fille aux cheveux blancs », « Seeds » ou « Ta douleur ».
Le concert était enregistré en direct par France Télévisions. Devant un public conquis d’avance, Camille a démontré une fois encore la dextérité de sa voix, sa capacité à passer du chœur au piano, à jouer avec l’orchestre et les arrangements complices de Clément Ducol, et à apporter sur scène une belle énergie que redoublait le nombre de musiciens l’accompagnant. En bis, elle a repris un très beau titre inédit à paraître sur son prochain album et qui est aussi une invitation : « Le Voyage ».
La nuit restait très chaude à Rochefort, mais armé·e·s de vaporisateurs et de bouteilles d’eau, les festivaliers de Sœurs Jumelles s’apprêtent déjà à vivre une nouvelle journée riche de films, de musique et de rencontres que nous vous raconterons.