À l’occasion d’Octobre rose, l’association Elles Dansent a investi à deux reprises la Nef et les corridors du musée d’Orsay pour une pièce de danse pour 10 interprètes, dont six malades. Un pur moment de danse contemporaine très bien écrite, qui hurlait le désir de vivre.
Paris NewDance est l’association qui porte le projet ELLES DANSENT d’accompagnement des personnes touchées par le cancer grâce à la danse adaptée. L’association contribue ainsi à améliorer la qualité de vie des participant.e.s, en favorisant le lien social, le soutien mutuel et le plaisir de bouger, malgré la maladie. Pour ce spectacle, 10 interprètes, femmes et hommes, et une chanteuse se sont rassemblés, car elles et eux ont « quelque chose à nous dire ».

Le premier geste est un solo très ample, aux accents isadoriens. La danse du XXᵉ siècle est largement citée dans les grandes secondes Cunningham et les relâchements de Trisha Brown. La danseuse remet de l’amplitude dans son corps. On ne sait rien. Qui est malade, qui l’a été, qui ne l’est pas. On ne voit que des danseuses, pour le moment, et une chanteuse d’opéra qui vibrent et font entrer le mouvement dans l’expansion de leurs muscles.
Et puis il arrive un moment suspendu, un vrai, digne des plus grandes pièces d’Anne Teresa De Keersmaeker. Tout près des Quatre Parties du monde soutenant la sphère céleste et sous son immense marbre La France impériale portant la lumière dans le monde et protégeant les Sciences, l’Agriculture et l’Industrie. Un trio composé d’un danseur, une danseuse et une violoncelliste remonte des enfers vers un paradis prenant place ici et maintenant. Le danseur est d’une puissance folle, jouant jusqu’au visage l’enfermement dans son corps sans littéralité. Il cherche à être les cordes que la musicienne fait sonner, en activant ses bras avec accélération à la perpendiculaire. L’écriture d’Aude Michon fait totalement oublier que cet homme est malade.

La chorégraphie va loin, jusqu’à des glissés au sol et même un porté à la douceur d’un envol. Ni amateur, ni larmoyant, ce trio est d’une puissance qui fait oublier le lieu. Tout comme les grandes amplitudes semblent faire entendre le violoncelle, elles font passer les Carpeaux pour des décors qui prennent vie. Ce trio-là mériterait d’être extrait, et d’entrer dans un répertoire.
Sous la houlette du ruban rose, la soirée superbe qui se tenait au cœur de la nocturne du jeudi soir nous a également permis de rincer nos yeux par la beauté des scènes de famille de Mary Cassatt.
Pour soutenir Paris NewDance, l’association qui porte le projet ELLES DANSENT, c’est ici.
Visuels : en Une et Photo de groupe : ©Gerard Heloise, trio ©AB