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La Vénus de Botticelli cachait-elle les indices de la maladie qui a tué sa muse ?

par Louna Bonnin
19.10.2026
La naissance de Vénus

Simonetta Vespucci, l’une des femmes les plus représentées dans la peinture de la Renaissance italienne, meurt en 1476 à seulement 23 ans. Longtemps attribuée à la tuberculose, sa disparition fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle enquête scientifique.

Simonetta Vespucci, la femme derrière la Vénus de Botticelli

Surnommée « la Bella Simonetta », Simonetta Vespucci épouse Marco Vespucci vers l’âge de 16 ans. Elle devient rapidement une figure admirée de la société florentine, proche de l’entourage des Médicis.

 

Elle est traditionnellement identifiée comme le modèle de la Vénus de Botticelli et associée à d’autres figures féminines de ses tableaux. Le peintre semble avoir idéalisé ses traits dans différentes œuvres, faisant de la jeune femme l’un des visages emblématiques de la Renaissance.

 

Simonetta meurt pourtant en 1476, à seulement 23 ans. Botticelli lui aurait voué une telle admiration qu’il aurait demandé à être enterré à ses pieds, dans l’église Ognissanti, à Florence.

 

Pendant des siècles, la tuberculose est considérée comme la cause probable de sa mort. Mais de nouvelles recherches viennent aujourd’hui interroger cette explication.

 

 

Des indices dans les tableaux de Botticelli

L’équipe de Paolo Pozzilli, professeur honoraire de diabétologie et de recherche clinique, avait déjà avancé en 2019 l’hypothèse d’un adénome hypophysaire. En 2026, les chercheurs approfondissent cette piste en confrontant les représentations de Simonetta aux descriptions historiques de son état de santé.

 

Dans les tableaux étudiés, ils relèvent des différences progressives dans les traits du visage : de légères modifications de la mâchoire, des arcades sourcilières et des tissus mous. Or, ce type de transformation peut être observé chez des patients atteints d’une tumeur de l’hypophyse, une glande située à la base du cerveau.

 

Une publication parue en octobre 2026 dans la revue Medical Humanities prolonge cette enquête en s’intéressant particulièrement aux yeux. Les chercheurs y examinent notamment un gonflement apparent des tissus autour des yeux ainsi qu’un possible strabisme dans la représentation de Vénus.

 

Ces observations renforcent, selon les auteurs, la plausibilité de leur hypothèse. Elles ne constituent toutefois pas une preuve médicale.

 

 

Une tumeur hormonale qui aurait transformé son visage

L’hypophyse est une glande située à la base du cerveau, servant à réguler les hormones. Un adénome hypophysaire est une tumeur généralement bénigne, mais dont les effets peuvent être importants.

 

Les chercheurs envisagent que Simonetta ait souffert d’une tumeur produisant à la fois de l’hormone de croissance et de la prolactine. Un excès de ces hormones peut entrainer des modifications physiques progressives et provoquer une production de lait inattendue.

 

Un autre tableau de Botticelli, le Portrait allégorique d’une femme, intrigue les chercheurs : une figure féminine semble y présenter un écoulement de lait. Les auteurs font alors le rapprochement avec le symptôme, qui pourrait être compatible avec leur hypothèse.

 

Cela ne reste pour autant qu’une interprétation. Rien ne permet d’affirmer que Botticelli ait voulu représenter un symptôme de la maladie de Simonetta.

 

 

Des maux de tête à une mort brutale

Mais l’étude ne s’est pas limitée à l’étude des tableaux, elle a également examiné des documents historiques, notamment des lettres échangées entre Piero Vespucci et Laurent Médicis, qui rapporteraient plusieurs symptômes observés chez la jeune femme.

 

Les descriptions évoquent notamment de violents maux de tête, des saignements de nez, des vomissements, de la fièvre, des hallucinations et des confusions. Les récits mentionnent également un malaise survenu lors d’un bal, après une danse particulièrement intense.

 

L’équipe avance ainsi une explication à la rapidité de la dégradation de son état : une apoplexie hypophysaire, c’est-à-dire une hémorragie ou un infarctus survenant au sein d’une tumeur de l’hypophyse. Cette complication peut provoquer des maux de tête soudains et intenses, des troubles visuels, une confusion et une détérioration rapide de l’état du patient.

 

Selon les auteurs, une telle complication pourrait expliquer une mort survenue en très peu de temps. Les événements rapportés dans les récits historiques auraient éventuellement contribué à son déclenchement, mais aucun élément ne permet de l’établir avec certitude.

 

 

La tuberculose remise en question ?

Mais cela ne veut pas dire que la piste de la tuberculose est renversée. Elle reste une maladie fréquente et meurtrière à l’époque, longtemps considérée comme l’explication de la mort de Simonetta.

 

Les chercheurs estiment toutefois que l’apoplexie hypophysaire pourrait mieux correspondre à la brutalité et à la rapidité de la dégradation de son état. Là où la tuberculose évolue généralement sur une période plus longue, une apoplexie peut provoquer une urgence médicale soudaine.

 

Il reste cependant plusieurs limites importantes. Aucun examen médical moderne n’a été réalisé sur Simonetta, et les témoignages historiques sont incomplets. Quant aux tableaux, ils ne peuvent être assimilés à des documents cliniques.

 

Les chercheurs proposent donc une explication alternative, qu’ils jugent cohérente avec les indices disponibles, sans pouvoir démontrer avec certitude qu’il s’agit de la véritable cause de son décès.

 

 

Et si les chefs-d’œuvre conservaient la trace de nos maladies ?

Pendant des générations, Simonetta Vespucci a été contemplée comme un idéal de beauté. Aujourd’hui, ses représentations font l’objet d’un regard différent, celui de chercheurs qui tentent de déceler les traces d’une maladie. Cette enquête montre en réalité comment l’histoire de l’art peut dialoguer avec la médecine.

Plus de cinq siècles après sa mort, Simonetta Vespucci demeure au cœur du questionnement scientifique et de la fascination esthétique.

Visuel : © La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli