En Turquie, la communauté LGBT+ est à l’épreuve d’une répression toujours plus intense. Depuis mi-septembre, elle s’inscrit dans le cadre d’une campagne politique et d’une opération policière menée au nom de la défense de la famille et des enfants. Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan présente en effet les personnes LGBT+ comme une menace pour les valeurs familiales traditionnelles. En 2026, il avait lancé la « Décennie de la famille et de la population », en plaçant la défense d’une famille « traditionnelle », composée d’un homme et d’une femme, comme un des axes principaux de sa politique.
Avec une opération baptisée « Ma famille est en sécurité », les forces policières turques ont effectué depuis le 16 septembre des dizaines de descentes et d’arrestations dans plusieurs provinces, à Istanbul, Ankara ou encore Izmir. Les militants ont été arrêtés à leur domicile, dans des bars et dans des boîtes de nuit. Et à côté des arrestations, la censure des réseaux sociaux, de journalistes ainsi que de médias accusés de « propagande LGBT+ » se densifie. Le site d’information T24 est par exemple fermé en Turquie depuis le 1er octobre 2026. Les offensives contre les communautés LGBT+ sont nombreuses et toujours plus violentes.
L’homosexualité n’est pas pénalement interdite en Turquie. Mais cela ne signifie pas que les personnes LGBT+ bénéficient d’une protection. Au contraire. Le pouvoir d’Erdoğan est de plus en plus hostile aux minorités sexuelles. Et cette politique ouvertement homophobe s’appuie sur un discours très conservateur, la triste force du président, qui présente les communautés LGBT+ comme une menace pour la famille et les enfants. Et en ciblant une minorité, le pouvoir peut aussi mobiliser une partie de son électorat conservateur et continuer à cliver la société turque, dans une période qui marque le début d’une nouvelle campagne électorale. Car Erdoğan est au pouvoir depuis 23 ans, et mène une politique autoritaire qui semble sans fin. Les élections qui s’annoncent, en Turquie comme en France ou en Allemagne, s’inscrivent dans une démarche anti-minorités de plus en plus inquiétante.
Face aux répressions anti-LGBT+ en Turquie depuis la mi-septembre, les organisations de défense des droits humains et les institutions internationales essaient de faire pression. À Bruxelles, l’inquiétude a très vite été partagée. Le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Völker Turk, s’est déclaré très préoccupé par les arrestations et détentions. Le 18 septembre, une mobilisation internationale a ainsi été organisée dans plusieurs villes, parmi lesquelles Paris, Bruxelles, Londres, Madrid, Berlin ou encore Oslo. L’ONU a quant à elle demandé la libération des personnes détenues. Le 23 septembre, Erdoğan a défendu sa politique à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, affirmant que la Turquie continuerait à protéger une conception traditionnelle de la famille : « Nous ne pourrons briser ce siège qu’en protégeant la famille, qui est composée d’un homme et d’une femme. La Turquie continuera de prendre l’initiative pour protéger les familles et les enfants malgré les attaques de divers lobbies ».
Que reste-t-il à faire contre un gouvernement autoritaire ? Face à cette politique répressive, peu de dispositifs semblent à disposition des minorités turques. La Turquie reste soumise au respect des droits fondamentaux énoncés dans la Convention européenne des droits de l’Homme, qui s’applique à près de 50 États en Europe. Cependant, cette procédure reste longue et sa mise en œuvre est incertaine.
Visuel : Gay Pride d’Istanbul en 2011 © Wikimedia Commons