Le premier épisode de la saison 3 d’Euphoria vient tout juste de sortir, et il divise déjà les fans. Ce retour de la série HBO, pourtant très attendu, marque un tournant qui s’éloigne sensiblement de ce qui faisait jusqu’ici son identité.
Ce qui faisait la force d’Euphoria, c’était avant tout sa direction artistique et son esthétique singulière, qui lui avaient permis de se forger une identité visuelle forte et immédiatement reconnaissable. Entre les paillettes, les teintes saturées violettes et roses néon, et les musiques de Labrinth, l’esthétique légèrement grunge de la série avait su séduire un large public de jeunes adultes.
Cependant, cet univers a été complètement repensé, et adopte désormais une ambiance plus brute et aride. Les décors s’éloignent du milieu urbain et laissent place à des paysages désertiques, flirtant avec une imagerie presque western. Ce changement s’accompagne d’un changement narratif majeur, puisqu’une ellipse de cinq ans fait évoluer les personnages hors du lycée.
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En quittant l’adolescence, Euphoria semble également abandonner une partie de ce qui faisait son ADN, au risque de déstabiliser son public initial. La série, à l’origine centrée sur la santé mentale, les addictions et les problèmes auxquels les jeunes sont confrontés, se concentre maintenant sur de nouvelles problématiques.
On a l’impression que la cohérence avec les premières saisons s’est brouillée, et les personnages féminins semblent réduits à une hypersexualisation constante. Le personnage de Rue, interprété par Zendaya, qui luttait contre son addiction, tout en tentant de se construire, envisage désormais de travailler dans un club de strip. Cassie se filme dans des contenus dégradants pour OnlyFans et Jules devient sugar baby.
Les développements des personnages gravitent autour de l’industrie du sexe, et laissent parfois transparaître une forme de regard misogyne de la part du réalisateur, Sam Levinson. Si la série s’était déjà distinguée par son approche sans filtre sur certains sujets sensibles, ce nouveau parti pris amène une atmosphère plus sombre et presque malsaine, où il devient difficile de trouver un personnage non sexualisé.
De plus, le casting a lui aussi été profondément marqué par des changements. Barbie Ferreira, qui interprétait Kat, a décidé de quitter la série parce que la production n’arrivait plus à faire évoluer son personnage. Son développement était arrivé à une impasse, et l’actrice avait d’ailleurs expliqué qu’elle ne souhaitait pas être cantonnée au rôle de «l’amie grosse».
Mais son départ n’est pas le seul à avoir bousculé le casting, puisque la série a été touchée par la disparition d’Angus Cloud, et plus récemment par celle d’Eric Dane. Angus Cloud, interprète de Fez, était l’un des personnages les plus appréciés du public, ce qui a contraint la production à revoir certaines trajectoires narratives.
Dans son contexte particulier, le choix de maintenir le personnage de Fez en vie, et de l’évoquer en prison surprend. La décision peut sembler étrange pour certains spectateurs, étant donné que le décès du personnage à l’écran aurait pu apparaître comme une option plus cohérente narrativement, au vu des circonstances.
L’aspect musical subit également un bouleversement important, avec le départ de Labrinth. L’artiste qui avait composé les bandes originales des deux premières saisons, a quitté le projet à la suite de désaccords avec la production. Son travail avait pourtant participé de manière essentielle à l’atmosphère d’Euphoria, au point d’en devenir l’une de ses signatures les plus reconnaissables.
La composition a donc été entièrement confiée à Hans Zimmer, mais ce changement radical ne passe pas inaperçu. Au bout de quelques scènes, le manque se fait ressentir, et l’univers sonore perd en singularité. Aussi, Labrinth a déclaré sur ses réseaux sociaux « Nous entrons dans cette industrie comme des créatifs passionnés qui souhaitent partager de la couleur et nous sommes transformés en loups de Wall Street bavant sur les actions et les parts ».
Enfin, au milieu de ces changements, il reste malgré tout un élément qui porte encore la série. En effet, la présence de Zendaya et sa performance apportent une justesse qui tranche avec les choix plus discutés de la nouvelle saison. Son interprétation amène une forme de sincérité et d’intensité émotionnelle qui rappelle ce qu’Euphoria était dans ses premières saisons.
Visuel : affiche de la saison 3 – ©Euphoria HBO