Le romancier franco-algérien Kamel Daoud a été condamné le mercredi 22 avril 2026 par le tribunal d’Oran pour avoir abordé la guerre civile algérienne dans son roman Houris, prix Goncourt 2024.
Kamel Daoud a annoncé sur le réseau social X avoir été condamné le 22 avril « à trois ans de prison ferme et à cinq millions de dinars algériens d’amende » par le tribunal d’Oran en réaction à son roman Houris, terme désignant dans la foi musulmane les jeunes filles promises au paradis, qui a reçu le prix Goncourt en 2024. Dans ce roman, publié et édité en France, il raconte l’histoire d’une jeune femme muette depuis qu’un islamiste lui a tranché la gorge en plein cœur de la décennie noire qui a eu lieu en Algérie entre 1992 et 2002.
Cette affaire avait débuté en novembre 2024 avec deux recours contre Kamel Daoud et sa femme, Aicha Dehdouh, par l’Association nationale des victimes du terrorisme (ANVT) et Saâda Arbane, une rescapée du terrorisme, qui affirme reconnaitre des éléments de sa propre vie dans Houris. Ces informations auraient été transmises à l’auteur sans son consentement par Aicha Dehdouh, son ancienne psychiatre, ce que l’auteur réfute.
Mais c’est avant tout une condamnation qui s’appuie sur l’article 46 de l’ordonnance mettant en œuvre la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, un texte de 2005, qui punit l’utilisation ou l’exploitation des « blessures de la tragédie nationale » pour « porter atteinte aux institutions de l’Etat » ou « ternir l’image de l’Algérie ».
Du côté de la France, une procédure a également eu lieu pour non-respect de la vie privée de Saâda Arbane. Néanmoins, la ministre de la culture Catherine Pégard défend la liberté de création. Elle a notamment rappelé « la nécessité de défendre les artistes dans leur dignité et leur sécurité », dans une déclaration du jeudi 23 avril suite à la condamnation de l’écrivain.
D’après Kamel Daoud, c ‘était avant tout « un procès politique », estime-t-il sur France Culture. L’auteur qui vit aujourd’hui en France serait aussi visé par un interdit de retour en Algérie, où il a été journaliste pendant des années. « On ne me pardonnera pas ce roman qui parle de la guerre civile, en langue française, publié en France, et récompensé, à une époque où le régime entier investit une demande d’excuse », à la France pour la colonisation, explique l’auteur lors de son interview sur France Culture le vendredi 24 avril.
Les relations franco-algériennes ne sont toujours pas au beau fixe malgré la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2025 après une année d’incarcération. Le journaliste sportif français Christophe Gleizes est, lui, toujours détenu en Algérie, condamné fin 2025 en appel à 7 ans de prison pour « apologie du terrorisme ». En plus de raviver des tensions entre l’Algérie et la France, ce procès met alors en avant la difficulté de parler de la guerre civile en Algérie, « un fait de l’histoire très peu connu » selon Kamel Daoud, bien qu’elle ait fait au moins 200 000 morts.
Ayant été jugé par contumace, l’auteur n’a pas pu être représenté par un avocat et n’a pas pu obtenir le texte de sa condamnation. Il n’a pour le moment pas déclaré vouloir faire appel.
visuel : © Francesca Mantovani/Gallimard