Actualités
Agenda
Dossiers
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

Gloria Steinem, l’icône qui ne voulait pas qu’on choisisse pour elle

par Louna Bonnin
04.09.2026
Gloria Steinem

Journaliste, militante et cofondatrice de Ms., Gloria Steinem est morte à 92 ans ce jeudi 3 septembre. Figure incontournable du féminisme américain, elle aura passé sa vie à défendre l’idée que les femmes doivent pouvoir choisir elles-mêmes la manière dont elle veulent vivre.

Une femme qui réfute les cases

Née en 1934 à Toledo (Ohio), Gloria Steinem a eu une enfance plutôt hors normes. Entre le Michigan, la Floride et la Californie, elle a passé une partie de son enfance à voyager aux côtés de ses parents, vivant notamment dans une caravane. Avant l’âge de 11 ans, l’école n’était pas un rendez-vous quotidien pour elle.

 

Après le divorce de ses parents, elle s’est occupée de sa mère atteinte de troubles psychiques. Avant de devenir cette femme qui refuse les rôles traditionnels attribués aux femmes, Gloria est très tôt devenue la petite adulte de sa famille. Cette enfance marquée par l’instabilité et la responsabilité familiale nourrira chez elle une volonté profonde d’indépendance et de liberté.

 

La révélation chez Playboy

En 1963, elle décide de prendre le pseudonyme de sa grand-mère, Marie Catherine Ochs, et passe onze jours comme Bunny au Playboy Club de New York.

 

Son but était clair. Elle voulait documenter les bas salaires, les contraintes physiques, l’objectification et les humiliations que subissaient les serveuses. C’est exactement ce reportage infiltré, A Bunny’s Tale, qui la fait connaître dans Show.

 

La journaliste considérera longtemps cette enquête comme une erreur professionnelle. Après sa publication, les propositions qu’elle reçoit se concentrent davantage sur son physique et son expérience de Bunny que sur son travail journalistique. Son reportage avait contribué à faire d’elle une figure médiatique, mais aussi à renforcer l’image de la « jolie fille » qu’elle cherchait justement à dépasser.

 

Le reportage qui l’a rendue célèbre devient ainsi une nouvelle contrainte. On la réduit à son expérience de Bunny, alors qu’elle cherche précisément à être reconnue comme journaliste. Et c’est justement cette expérience qui permit à Gloria Steinem de comprendre que le journalisme peut être utilisé comme une arme politique.

 

Une ambition féministe toujours plus grande

Dans les années 1970, Steinem ne veut pas simplement écrire sur le mouvement féministe, elle veut construire ce qui lui permettra d’exister.

 

Alors, en 1971, elle participe à la création de nombreuses organisations afin de faire entrer davantage de femmes dans la vie politique et de lutter contre leur sous-représentation dans les médias. Elle sera également cofondatrice de Ms. Magazine en 1972, le premier magazine américain entièrement dirigé par des femmes.

 

De journaliste, son féminisme l’a menée à devenir une organisatrice militante permettant la construction de réelles institutions qui perdureront après elle.

 

En 1977, c’est la première grande conférence nationale consacrée aux femmes depuis des décennies. La National Women’s Conference de Houston. C’est une scène spectaculaire pour l’époque. Une réunion de femmes venues de tout le pays, débattant de l’égalité, de l’avortement, des violences domestiques et de nombreux autres sujets tabous. Gloria Steinem participe alors à faire du féminisme un véritable mouvement politique national.

 

« Le féminisme, c’est la capacité à choisir ce qui vous convient à chaque période de votre vie »

En 2019, la militante déclare cette phrase auprès de l’AFP. Malgré son statut d’icône, elle a parfois été critiquée sur ses contradictions et sa manière d’exprimer son féminisme.

 

Ses revendications, jugées parfois trop blanches ou trop bourgeoises, ont été remises en cause. Gloria Steinem, soucieuse de défendre toutes les femmes, a progressivement insisté sur l’importance de prendre en compte les différentes formes de domination. Son féminisme s’est ainsi voulu de plus en plus inclusif, notamment sur les questions de race, de classe sociale et d’orientation sexuelle.

 

Steinem a aussi été pointée du doigt pour quelques contradictions. Notamment au sujet de David Bale, son mari. La femme qui revendique ne pas vouloir devenir quelqu’un à travers un homme et qui voit longtemps le mariage comme synonyme de perte de sa propre identité finit par se marier à 66 ans.

 

Mais Steinem va répondre clairement. Le féminisme, c’est précisément pouvoir choisir ce qui nous convient à chaque période de notre vie.

 

Son mariage ne vient donc pas contredire son féminisme. Il en devient presque l’illustration : ne pas imposer aux femmes une nouvelle manière de vivre, mais leur donner la possibilité de choisir.

 

Une icône de 92 ans jamais dépassée

« Le rôle des personnes âgées comme moi est d’avoir de l’espoir, parce que nous nous souvenons de périodes où c’était pire », a affirmé Gloria Steinem en 2019.

 

L’icône féministe n’est jamais devenue une « ancienne militante ». Elle a toujours continué de voyager, de donner des conférences et de participer aux combats féministes. Elle a notamment participé à la Women’s March de 2017.

 

Elle s’est également montrée présente et active pour la nouvelle génération féministe. Elle a continué d’intervenir dans les débats contemporains, particulièrement autour de #MeToo.

 

Gloria Steinem, la femme qui a refusé tous les rôles pré-écrits, laisse l’héritage d’un féminisme qui n’a jamais voulu dicter un comportement mais plutôt laisser aux femmes le pouvoir de décider comment elles souhaitent vivre.

 

« Si c’était à refaire, je perdrais moins de temps à hésiter. »

Visuel : ©Wikipédia