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17.04.2026 → 19.04.2026

Festival du Livre de Paris : quand la fête du livre prend la BD sous son aile

par David Hanau
15.04.2026

Du 17 au 19 avril, le Festival du Livre de Paris revient sous la nef du Grand Palais pour une cinquième édition placée sous le thème du voyage : géographique, intérieur, culinaire, imaginaire… Et avec un geste inattendu : accueillir la bande dessinée, privée d’Angoulême, comme invitée d’honneur. Rencontre avec Pierre-Yves Bérenguer, directeur général, à quelques jours de l’ouverture.

114 000 visiteurs en 2025. Une hausse des ventes de livres de 33 % par rapport à 2024. Près de 43 % du public avait moins de 25 ans, et pour la première fois en quatre ans, la fréquentation du dimanche a égalé celle du samedi. Le Festival du Livre de Paris a trouvé son rythme, et son lieu. D’où vient cette dynamique du festival ? Quelle est la stratégie derrière ces chiffres ?

PYB :  Depuis mon arrivée pour l’édition 2025 et le retour sous l’écrin originel de la coupole de verre du Grand Palais, nous travaillons sur deux axes stratégiques dans un même temps : côté BtoC, nous étoffons l’offre grand public et faisons la part belle à toutes les littératures et au livre augmenté par l’audio, par l’écran, par le vivant… en nous appuyant également sur des partenariats culturels institutionnels avec la RMNGP, le Centre Pompidou, la Philharmonie des enfants… Ceci afin d’aller chercher des publics éloignés de la lecture. Côté BtoB, nous développons le rayonnement et l’attractivité du festival à l’international avec des offres spécifiques, en nous appuyant sur les réseaux francophones, le réseau de l’Unesco, et nous favorisons les échanges et les rencontres entre professionnels des différents pays.

 

DH : Qu’est-ce que le Festival propose de nouveau en 2026 par rapport aux éditions précédentes ?

PYB : : le festival se réinvente chaque année en proposant, en complément de la programmation littéraire et de ses 300 rencontres, 1 800 auteurs, 3 000 séances de dédicaces sur nos 12 scènes cette année, des explorations culturelles inédites, telles la BD invitée d’honneur pour cette édition, la nocturne culinaire ce vendredi 17, la Grande dictée du samedi 18 en coproduction avec France TV, ou le village de la jeunesse et sa scène dédiée qui double de surface cette année.

DH : La BD est invitée d’honneur suite à l’annulation d’Angoulême. Est-ce avant tout un geste de solidarité ?

PYB : Cette initiative a été amorcée par l’équipe du Festival alors que les professionnels du 9e art se retrouvaient sans leur manifestation nationale phare à Angoulême. Il s’agissait avant tout pour nous de venir en soutien des autrices, auteurs, éditrices et éditeurs de bande dessinée et je dois dire que tout le monde a joué le jeu en répondant favorablement à notre proposition.

DH : Concrètement, qu’est-ce que ça représente dans l’espace et dans la programmation ?

PYB : Deux expositions développées sur plus de 400 m², l’une sur le thème Le dehors et le dedans, le voyage comme révélateur, l’autre sur le thème Crush ! La romance en bande dessinée ; une librairie dédiée intégrée au dispositif, présentant les ouvrages exposés ; des espaces de dédicaces pour permettre au public passionné de rencontrer ses autrices et auteurs préférés. De plus, en partenariat avec la SCELF dans le cadre de la Grande galerie de l’adaptation littéraire, nous avons proposé à la Cité internationale de la bande dessinée de concevoir une exposition où le public pourra plonger dans l’univers des héros de bande dessinée et de leurs liens intimes avec le cinéma. Et avec notre partenaire SNCF Voyageurs, nous lançons cette année un Prix placé sous le signe de la découverte d’auteurs de bandes dessinées.

DH : Est-ce que le Festival du Livre de Paris a vocation à devenir le plus grand rendez-vous professionnel de la BD, désormais qu’Angoulême vacille ?

PYB : Nous allons attendre de vivre pleinement cette édition et d’étudier la fréquentation et la satisfaction des auteurs et éditeurs avant de nous projeter sur une quelconque intention.

 

DH : Vous organisez un «Shoot The Book» dédié aux professionnels de l’édition et de l’audiovisuel. Comment le festival positionne-t-il ce dialogue entre le livre et les autres médias ?

PYB : En partenariat avec la SCELF, nous avons impulsé cette initiative dès l’année dernière dans le cadre du nouveau projet festivalier, beaucoup plus transdisciplinaire, et le succès a été immédiat. Le dispositif se déploie selon plusieurs modules au sein de la Grande galerie de l’adaptation littéraire sur 600 m² : une galerie d’écrans présentant des œuvres adaptées programmées par la SCELF, une scène accueillant les rencontres du Festival, l’exposition de la Cité internationale de la bande dessinée, un dispositif complémentaire pensé avec France TV Groupe et l’INA et sa plateforme de streaming, Madelen.

 

DH : L’épisode Amazon, partenaire annoncé puis écarté, a révélé une tension réelle entre financement privé et identité du secteur. Comment vous positionnez-vous ?

PYB : Notre mandat est de représenter toute la filière. Il existe des intérêts parfois divergents entre acteurs, ce qui demande un dialogue permanent et d’assouplir certaines postures clivantes. À propos d’Amazon, nous aurions dû mieux communiquer en amont car les filiales Kindle et Audible étaient présentes au Festival les années passées, sans que cela n’ait posé de problème. Nous avons fait le choix, d’un commun accord avec l’entreprise, de débrancher ce partenariat. Ce qui a engendré une perte financière pour le festival Ce retour d’expérience doit nous permettre de nous améliorer mais également de faire comprendre à la filière notre souhait d’éviter à tout prix que notre manifestation subisse les dommages collatéraux de ces enjeux antagonistes. Il doit rester le lieu du dialogue et du débat d’idées, tant pour les professionnels que pour le grand public. C’est une chance de bénéficier d’une belle fête annuelle nationale du livre dans un si beau lieu de patrimoine, et nous nous devons tous de la préserver. Il suffit d’observer la conjoncture internationale pour s’en convaincre.

DH : La vraie question, c’est le financement ?

PYB : La question sous-jacente que révèle cet épisode est celle du modèle économique. Nos manifestations, fragilisées par une perte constante de soutiens publics depuis de nombreuses années, imaginent des stratégies de partenariat et de mécénat auprès des marques privées. C’est une question de survie et de politique volontariste.

DH : Les festivals littéraires sont-ils en expansion ? La lecture, ça s’acquiert en groupe, en société ?

PYB : Il existe autant de modèles que de manifestations littéraires, généralistes, mono-genre, de toutes échelles, implantées en métropole ou en province. En France, je crois me souvenir qu’on approche les 1 000 manifestations annuelles. La tendance est malheureusement déclinante, certaines comme Bron ont été contraintes d’arrêter leurs activités, d’autres de réduire la voilure. Le modèle économique reste fragile et soumis aux aléas de la conjoncture politique locale ou nationale et, pour les événements phares comme le nôtre, à certains antagonismes de la profession ou de la situation géopolitique internationale. L’étude du CNL sur les jeunes et la lecture vient de sortir et sera présentée au Festival. Elle confirme la baisse du temps de lecture et la progression du temps passé devant les écrans. Fondamentalement, la lecture demande un effort mental, c’est tout l’inverse du processus proposé par les applications sur smartphone qui génèrent un plaisir immédiat et une satisfaction chimique dopante au cerveau. La solution doit notamment passer par l’éducation, la pratique et surtout l’exemplarité.

Ce qu’on ne voudrait pas rater

Voici nos immanquables de ces trois jours de festival.

Vendredi soir,  pour la première fois, la nocturne culinaire va transformer le Grand Palais en un lieu où l’on mange en lisant, ou l’inverse, de Paris à Istanbul en passant par le Caucase géorgien.

Le Cabaret Extra!, reconduit pour la deuxième année avec la drag queen Minima Gesté en bateleuse des foules, reste le format le plus inclassable du festival, entre revue burlesque, harangue poétique, lip sync littéraire, tarot littéraire, le tout dans la Galerie 2 du Grand Palais jusqu’à pas d’heure.

Pour la bande dessinée, l’exposition Le dehors et le dedans, avec Nine Antico, Cosey, Zep, Quentin Zuttion, Lucas Landais, sera le vrai test de ce que le Grand Palais peut offrir au 9e art.

Et si on devait ne retenir qu’une rencontre : Arnaldur Indriðason samedi matin. Un grand entretien autour du voyage, en écho à son dernier roman, La Fin du voyage, paru chez Métailié.

Festival du Livre de Paris, du 17 au 19 avril 2026, Grand Palais. Entrée gratuite pour les moins de 25 ans.