Le comédien et metteur en scène Arnaud Denis est mort mardi 22 septembre 2026, à 43 ans, après avoir eu recours à l’euthanasie en Belgique. En trois ans, l’homme de théâtre, connu pour son succès avec Marie des Poules et Les Liaisons dangereuses, avait vu sa carrière bouleversée par une maladie invalidante. Il est devenu le porte-voix de centaines de patients.
Alors qu’Arnaud Denis avait encore des projets de théâtre, la maladie s’est emparée de lui. Formé auprès de Jean-Laurent Cochet puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il avait fondé à seulement 20 ans la compagnie des Compagnons de la Chimère. Pendant quinze ans, il dirige sa troupe et met en scène de nombreuses pièces, allant de Britannicus au Misanthrope, avant de poursuivre sa carrière seul.
Puis arrive Mademoiselle Molière, et surtout, Marie des Poules, de Gérard Savoisien. En 2020, la pièce reçoit le Molière du meilleur spectacle du théâtre privé.
Son adaptation des Liaisons dangereuses, créée en 2024, marque une nouvelle étape. Le spectacle est salué par la critique et lui vaut, en 2025, le prix Laurent-Terzieff du Syndicat de la critique. Mais déjà, le comédien n’était plus en mesure de tenir le rôle de Valmont correctement. Sa santé s’est considérablement dégradée.
Durant l’été 2023, Arnaud Denis subit une opération pour une hernie inguinale. Une prothèse en polypropylène lui est posée. Et dix jours plus tard, des douleurs intenses, des nausées, des tremblements et différents troubles digestifs, hormonaux, musculaires et neurologiques apparaissent. En trois mois, il perd 17 kilos.
Le comédien est alors persuadé que la dégradation de son état de santé vient directement de son implant. La prothèse est finalement retirée aux Etats-unis en 2024. Mais son état continue de se détériorer. Un nouveau diagnostic tombe : une encéphalomyélite myalgique. Il perd alors progressivement son autonomie. Il avait confié « [ne] plus rien [avoir] de ce qui constitue la dignité d’un homme ».
Mais son combat ne s’arrête pas avec la scène. En recueillant les témoignages de patients qui ont eux aussi souffert après la pose d’implants anti-hernie, Arnaud Denis fonde le collectif Victimes françaises des prothèses de hernie. Il affirme avoir recueilli plusieurs centaines de témoignages et porte le dossier jusqu’à l’Agence nationale de sécurité du médicament.
En janvier 2026, il dépose une plainte contre X pour blessures involontaires. Celle-ci est classée sans suite fin août. Le parquet de Paris reconnaît que la chronologie des événements rend possible un lien entre ses symptômes et l’implant, mais estime qu’aucun lien de causalité certain, établi scientifiquement, ne permet de caractériser une infraction pénale. « C’est le dernier coup de grâce, c’est comme si on me piétinait sur la figure », avait précisé Arnaud Denis. Son avocat a depuis engagé une nouvelle démarche judiciaire.
Au fil des mois, Arnaud Denis ne cachait plus son souhait de mourir en Belgique. Il voulait mettre un terme aux douleurs que la médecine ne pouvait plus soulager. Alors, le 22 septembre, à Namur, il est finalement euthanasié après une décision prise en concertation avec trois médecins. « Son corps ne le portait plus », a déclaré son avocat Philippe Courtois.
Dans son dernier message, publié sur Facebook quelques heures avant sa mort, il décrit l’euthanasie comme une délivrance après « trois ans interminables » de souffrances. Il refuse à quiconque le droit de juger « à moins de vivre 6 mois dans le corps d’un malade d’encéphalomyélite myalgique en état sévère, pour comprendre ce que c’est de l’horreur absolue ». Il y dénonce également l’errance médicale et l’abandon des patients atteints de formes sévères de sa maladie.
Ainsi, l’artiste qui souhaitait consacrer sa vie au théâtre aura mené, durant ses dernières années, un combat différent. Non plus sur scène, mais contre la douleur, l’isolement et le déni médical.