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À Munich, Sondra Radvanovsky brille toujours dans « Turandot »

par Paul Fourier
06.07.2026

La mise en scène psychédélique de Carlus Padrussa, la direction d’Andrea Battistoni et surtout l’inaltérable Princesse de glace de Radvanovsky ont suffi à notre bonheur pour la reprise de ce spectacle XXL dans le festival d’été.

Une Turandot haute en couleurs et en effets

La dernière fois que nous avions vu cette production, c’était en 2020 ; elle venait d’être inaugurée… pour servir d’écrin tapageur à la prise du rôle-titre par Anna Netrebko.

Que dire de la mise en scène de Carlus Padrissa (La Fura dels Baus), sinon que son côté psychédélique, fondé sur l’utilisation de vidéos multiples – dont certaines en 3D avec lunettes adaptées -, n’a peur ni de l’excès, ni du trop plein et vise un objectif clair : nous en mettre plein la vue ? L’overdose de lumières, de figurants et de décors évoluant en horizontal comme en vertical, n’est pas loin. Mais, malgré une technologie déjà un peu datée, l’ensemble offre quelques scènes particulièrement spectaculaires accompagnées par des break-danseurs, des pom-pom girls et des patineuses à glace (sur revêtement plastique). Ce flot ininterrompu d’images a même le mérite d’égayer les scènes souvent mal illustrées des très longs dialogues de Ping, Pang et Pong.

L’autre atout de la soirée est la direction d’Andrea Battistoni qui fait le choix d’accompagner de sa baguette l’exubérance visuelle qui nous est proposée. Dans cette luxuriance, son orchestre pétarade sans pourtant abdiquer sur le terrain des très belles nuances qui sont légions dans le dernier opéra de Puccini. Les cuivres et les percussions sont totalement libérés , le rythme est martelé ce qui, parfois,  rend la partition grandiloquente, par exemple, lors de l’arrivée de la princesse.

Cette Turandot vue comme une grande fresque exubérante et décomplexée ne manque pas de relief et nous mène dans des extrêmes visuels qui auraient, autant leur place dans un festival comme à Vérone.

Par charité, on ne s’attardera pas sur le Calaf bruyant, voire éprouvant, de Yonghooon Lee, enfermé quasiment en permanence dans un chant forte inélégant. La prononciation basée sur une émission trop ouverte qui sacrifie à volonté les voyelles est aléatoire. Calaf semble pourtant être un des rôles signatures de Lee, mais ce dernier se montre pourtant bien peu capable de moduler son chant, alors que certains passages nous amènent à penser qu’il pourrait le faire.

Le reste de la distribution est heureusement bien plus satisfaisant, de la Liu, certes pas anthologique, mais sensible, de Golda Schultz au Ping, Pang et Pong tout à fait plaisants de Vitor Bispo, Tansel Akzeybek et Samuel Stopford, du Timur puissant de Christian Van Horn, du mandarin très efficace de Bàlint Szabó.

Radvanovsky et son incomparable princesse

Ce qui attirait évidemment l’attention sur cette reprise était le retour de Sondra Radvanovsky dans  un rôle qu’elle a abordé pour la première fois avec Antonio Pappano pour un disque resté dans les annales, disque gravé en 2023, avec la Santa Cecilia de Rome, et pour lequel elle était magnifiquement accompagnée  : Kaufmann, Jaho, Spyres, Pertusi, Olivieri… Alors, certes, les années passent et les sons filés uniques qui rendaient cette voix incomparable ont aujourd’hui disparu.

Il n’est pas utile de répéter ce qui a été dit tant et tant de fois sur la puissance de cette voix, sur son côté tranchant, voire « agressif ». Mais, dès son apparition, la présence et l’impact de la soprano s’avèrent fascinants. Le charme opère toujours, tant la musicalité est remarquable, tant la sensibilité et la féminité inouïes sont magistralement présentes dans le personnage de l’inflexible princesse.
Ce soir, on ne pouvait que regretter que la version retenue à Munich soit toujours celle qui s’arrête après la mort de Liu (le passage qui marqua le point final de l’écriture de Puccini) sans final ultérieur, car, s’il est bien une soprano qui peut faire briller le final d’Alfano avec ses difficultés, c’est bien encore la toute puissante Radvanovsky.

La reverra t-on souvent dans le rôle ? Rien n’est moins sûr,  ce qui rendait précieux ce nouveau témoignage… témoignage que nous n’avons, bien-sûr, par oublié de célébrer.

Visuels : photos distribution juin 2026 © G. Schied