03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    03.04.2026 : La Fondation Gulbenkian et la Friche Belle de Mai lancent une résidence curatoriale    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort
Agenda
Scènes
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

« Je suis arrivé·e dans un cabaret à 15 ans et demi… et je ne suis jamais reparti·e » Rencontre avec Martin Dust pour Bienvenue au Cabaret

par Melodie Braka
05.04.2026
Martin Dust Bienvenue au Cabaret (c) Marina Viguier

C’est le maître loyal du Cabaret de Poussière, le plus cabot de Paname. Sur scène, ça déborde, ça déraille, ça pense, ça rit, ça grince, et ça ne s’excuse jamais d’exister. Héritier·e d’un cabaret qui se fabrique au présent, entre urgence, mémoire et désir de foutre le feu à ce qui fige, Martin Dust fait de chaque soirée un endroit où tout peut arriver, surtout ce qu’on n’avait pas prévu. Rencontre pour notre série « Bienvenue au Cabaret ».

Mélodie Braka : Martin, votre envie de cabaret, elle est née comment ?

 

Martin Dust : C’est très ancien. Quand j’étais gamin·e, mon rêve, c’était le cirque, vraiment la piste, les forains, le voyage, ce truc un peu mouvant où rien n’est jamais complètement fixé. J’ai grandi dans le 11e arrondissement, et à l’époque, dès qu’il y avait un terrain vague, tu avais un cirque qui s’installait, le cirque Romanès notamment, et ça faisait partie du paysage.
J’ai fait mon stage de troisième chez Bouglione, j’étais déjà complètement là-dedans, et après ça, je voulais entrer au CNAC à Châtellerault. Je ne l’ai pas eu, 10 de moyenne, ça ne passait pas. Je me suis retrouvé·e au lycée Bergson, j’y suis allé·e, j’ai senti tout de suite que ça n’allait pas être possible, et je ne suis pas resté·e. Je suis parti·e de chez mes parents, et assez vite, parce qu’il fallait bien manger et que les pâtes ne se cuisent pas toutes seules, je me suis retrouvé·e dans un cabaret.
Martin Dust ©Marina Viguier (8)
J’avais 15 ans et demi, rue Oberkampf, au Tango, La Boîte à Frissons. On m’a présenté·e à la patronne en disant « elle est drôle quand elle chante », elle m’a dit « viens mardi à la répétition ». J’y suis allé·e avec une version des Copains d’abord que j’avais réécrite en « Les Tatas d’abord », et je leur ai chanté ça. Elle m’a regardé·e et elle m’a dit « très bien, Gisbert, tu vas faire un spectacle ». C’est comme ça que ça a commencé.
Et même si après, il y a eu des envies de partir, de faire autre chose, ça n’a jamais tenu très longtemps, c’est toujours resté la maison. Une maison chaude, très libre, très folle, où tu peux être tout ce que tu veux, essayer, rater, recommencer, et où, en fait, je n’ai jamais eu envie de partir.

 

Mélodie Braka : Vous êtes vraiment un·e enfant du cabaret !

 

Martin Dust : Oui, ça a toujours été le port d’attache, même quand je faisais d’autres choses à côté, et en fait, c’est une liberté qui est assez difficile à retrouver ailleurs. Je vois des copains au théâtre qui racontent leur travail comme quelque chose d’assez contraint, presque enfermant parfois, et dans la musique, tu peux te retrouver à chanter la même chanson pendant des mois, à répéter le même discours, à faire les mêmes interviews, ça peut devenir très mécanique.
Ici, ça ne se passe pas comme ça, ça bouge tout le temps, et surtout, c’est devenu un espace nécessaire. Avec ce qui se passe aujourd’hui, la violence, les tensions, ces espèces de fascistes d’opérette qu’on voit s’agiter, j’ai besoin de cet endroit pour partager, pour dire les choses, pour les travailler avec le public. On se retrouve, on se regarde, on rit, on s’énerve, on se donne de la force.
Martin Dust ©Marina Viguier (8)
Et en même temps, c’est quelque chose de très ancien. Si tu enlèves les mots, les costumes, tout ça, il reste des gens autour d’un feu, quelqu’un qui raconte une histoire, quelqu’un qui chante, quelqu’un qui danse, quelqu’un qui tape un rythme. Ça existe partout, sous mille formes différentes, et j’ai l’impression que le cabaret s’inscrit là-dedans, dans quelque chose de très fondamental.

 

Mélodie Braka : Pourquoi “Dust” ?

 

Martin Dust : J’aimais l’idée de la poussière, parce que c’est à la fois une chose très simple et en même temps quelque chose de composé de plein de fragments, de bouts de peau, de restes, de traces de passage. C’est ce qui s’accumule quand on ne regarde pas, ce qui revient chez toi pendant que tu n’es pas là.
La poussière, ça vient aussi de Maya Angelou. « And still, like dust, I rise. » C’est vraiment le point de départ. Et ça me tient à cœur de le dire, parce que très souvent, quand j’évoque ça, on me ramène immédiatement à David Bowie, à Ziggy Stardust. Bien sûr qu’il y a un peu de ça, mais on oublie complètement Maya Angelou, alors que pour moi, elle est centrale.
Martin Dust ©Marina Viguier (8)
C’est une figure immense, une poétesse, une comédienne qui a joué Jean Genet, quelqu’un qui parle à la première personne avec une force incroyable. Et cette manière de dire « je », de partir de soi, elle a infusé énormément de choses. Moi, je fais des liens dans ma tête, parfois un peu seul·e, mais je vois une continuité entre elle, les luttes d’Act Up, avec cette idée que nous sommes les meilleur·es expert·es sur nous-mêmes, et puis, des décennies plus tard, des poétesses comme Douce Dibondo, qui reprennent cette parole, qui la prolongent autrement. Ce fil-là, il m’intéresse, et même si ce n’est pas toujours conscient, on est aussi les enfants de ça.
Et en parallèle, il y a aussi toute cette imagerie autour de David Bowie, de Ziggy Stardust, cette image qu’on m’a projetée très tôt, notamment visuellement. Dès l’enfance, dans les colonies de vacances, j’étais déjà maquillé·e, souvent en fille. C’était une colo pour enfants d’intermittent·es, une ambiance très particulière, très libre, où à la fin, soit on faisait un film, soit un spectacle. J’ai des photos où j’ai six ans et je suis déjà en meuf, complètement assumé·e, ça ne posait de problème à personne.
Martin Dust ©Marina Viguier Viviane pour Bienvenue au Cabaret ©Marina Viguier
Je me souviens même de scènes très précises, comme ces journées où tout le monde partait faire du VTT et où on annonçait devant toute la cour « Martin, tu restes avec Christiane pour faire des activités manuelles », et moi j’étais très content·e, avec cette femme incroyable, très méditerranéenne, pleine de bijoux, qui parlait fort, qui avait une présence énorme. Tout ça a construit quelque chose.
J’ai choisi Martin Dust il y a longtemps, comme une forme de baptême, alors même que je n’aime pas les noms anglais et que je me méfie des langues de l’Empire. Mais celui-là s’est imposé, et je l’ai gardé.

 
Martin Dust ©Marina Viguier (3)

Mélodie Braka : Plus de paillettes ou de colère ?

 

Martin Dust : Les deux, tout le temps, sinon ça ne tient pas. Les paillettes seules, ça devient vite un cauchemar, tu t’abîmes, la colère seule, tu te détruis aussi. La colère est un moteur, elle peut sauver des vies, il faut arrêter de lui faire une mauvaise réputation, mais elle a besoin d’être accompagnée, transformée, partagée. Et les paillettes, sans fond, ça ne sert à rien. Non, sinon on ne s’en sort pas. Vraiment, on ne s’en sort pas. Il faut les deux, les yeux grands ouverts, sans détour, sans se raconter d’histoires. Parce que si tu enlèves l’un ou l’autre, ça ne marche plus, ça ne tient plus, et là, oui, ce n’est plus possible.

 

Mélodie Braka : Vous diriez plutôt chanteur·se, maître·sse de cérémonie, metteur·se en scène, compositeur·ice ?

 

Martin Dust : Je ne choisis pas. Je n’ai jamais voulu choisir. Je me souviens très bien des discussions avec les profs au collège, au moment de l’orientation, où on me demandait de me décider, et déjà ça ne marchait pas. Ah non, je refuse de choisir. Si j’avais voulu choisir, j’aurais fait du théâtre contemporain, ou je me serais lancé·e dans une carrière dans la musique, ou même mannequin, enfin vous voyez. Mais justement, je n’ai pas voulu. Le cirque avait été une réponse possible pour ça, parce que vous faites un peu tout, vous touchez à tout, et aujourd’hui, c’est exactement pareil.

Pouvoir écrire une chanson et la chanter le lendemain, passer à la mise en scène, jouer, improviser, changer de place, c’est ça qui m’intéresse. Le reste, ça ne m’intéresse pas. Vraiment, le reste, ça ne m’intéresse pas. Et puis il y a cette liberté-là, cette folie-là, que je ne retrouve nulle part ailleurs. À l’étranger, on tourne, on est reçu·es comme des rois, vraiment, les rois du monde, les rois du pétrole. Et moi, pour rien au monde je ne change de vie, pour rien au monde je ne change de milieu. Moi, c’est Line Renaud, Mistinguett, Joséphine Baker, Lisette Malidor, Régine, toute cette lignée-là. C’est ça qui m’intéresse, c’est ça que je veux défendre. Le reste, on s’en fout, ce n’est pas grave.

 

Mélodie Braka : Selon vous, le cabaret peut accueillir toutes les formes d’art ?

 

Martin Dust : Oui, et c’est même ce qui m’intéresse le plus en ce moment, voir jusqu’où ça peut aller. Je pense à une peintre que j’adore, Johanne Boyer, qui fait des choses incroyables, très denses, très précises, comme si les enfants du Caravage étaient partis en rave.
Je me demande comment ça pourrait exister dans un cabaret, peut-être pas comme un numéro, mais comme une présence continue, quelque chose qui traverse la soirée sans s’imposer frontalement. Une œuvre qui serait là tout le temps, qui existerait en permanence, mais sans jamais vraiment apparaître à un moment précis. Quelque chose qui durerait au-delà même de la soirée, qui serait là sans être là, et je ne sais pas encore jusqu’où on peut pousser ça.
Ce serait mon plus grand rêve, même si, en même temps, j’ai l’impression que c’est presque impossible à mettre en place tel quel. Mais c’est justement ça qui m’intéresse, cette zone où on ne sait pas encore comment faire.
Et oui, on peut aller très loin dans le cabaret. C’est ça qui est beau, c’est ça qui est fou, c’est que ça part d’un geste de liberté qui est difficile à définir, presque impossible à nommer, et qui pourtant est là, qui circule, qui existe depuis des siècles. Quelque chose qui erre dans les rues de Paris depuis le XIIIe siècle, et dont on hérite aujourd’hui.
On a cette chance-là, d’en être les récipiendaires et d’en être les passeuses, et à partir de là, tout devient possible, ou presque.

 

Mélodie Braka : Votre esthétique de scène, elle ressemble à quoi ?

 

Martin Dust : Je ne me suis jamais posé·e la question comme ça, mais je sais que très tôt, j’ai voulu porter de la mode, sans passer par les grandes maisons. Dior, Chanel, Saint Laurent, ça ne m’intéresse pas, même si ça a pu arriver ponctuellement. Je préfère aller voir les jeunes créateur·ices, les sorties d’école, des pièces qui tiennent parfois à peine, qui vivent, qui peuvent s’effondrer.
Martin Dust ©Marina Viguier (7)
Là encore ce soir, les costumes se sont littéralement effondrés. Une partie avait déjà lâché avant même d’arriver, le reste a tenu jusqu’aux essayages, et à 18 heures, plus rien. (Il rit.) J’ai appelé ma mère, je lui ai dit « tu fais une valise avec tout ce que tu trouves qui peut servir de costume », quelqu’un est allé la récupérer, une autre est passée chez une créatrice chercher ce qui pouvait tenir, et en une heure on avait recomposé quelque chose. C’est pour ça que je fais du cabaret, pour ces moments-là, pour cette capacité à rattraper, à bricoler, à inventer dans l’urgence !
Martin Dust ©Marina Viguier (9)
Parce que la mode, c’est un art incroyable, qu’on réduit trop vite à des questions de capitalisme ou d’image, alors qu’il y a là des artistes, des artisans d’une précision folle. Azzedine Alaïa, par exemple, pour moi, c’était du cabaret dans sa manière d’approcher la mode, dans ces grandes tablées où il faisait à manger pour tout le monde, où Naomi pouvait dire « non, ça ne va pas du tout, tu vas manger là, maintenant », et tout ça faisait sens ensemble. Pour moi, ça raconte exactement ce que peut être le cabaret.
Et en même temps, j’ai besoin d’une rigueur très forte sur certaines pièces, la queue-de-pie, le haut-de-forme, des objets anciens, bien faits. Je me fais vraiment chier à les trouver, à chercher des modèles des années 1930 à la bonne taille, plutôt que des accessoires fantaisie qu’on trouve partout. Il n’y a que les New Rock que je m’autorise, et encore, ça raconte une histoire.
Martin Dust ©Marina Viguier (4)
C’est important pour moi de défendre ce personnage-là, et avec le temps, je me suis rendu·e compte que ce que je faisais pour m’amuser était pris très au sérieux dans la salle, surtout par certains hommes, notamment des hommes hétéros. Avec la voix grave, le costume, ils ne voient pas tout de suite, ils projettent autre chose, ils pensent lire quelque chose de très classique, presque rassurant.
Pendant toute une partie du spectacle, ils ne voient pas, ils n’entendent pas vraiment ce qui est en train de se dire, ils ne perçoivent pas les déplacements, ils restent sur cette image-là. Et puis, après l’entracte, quand je reviens dans d’autres tenues, plus ouvertement queer, ça bouge. Ça les déplace, ça les autorise, parfois même malgré eux. Il y a quelque chose qui se fissure, et qui ouvre.
Et ça, je m’en suis rendu·e compte avec le temps. Pour nous, c’est évident dès l’entrée en scène, ça clignote, il n’y a pas de doute. Mais pour eux, ce premier cadre, ce premier costume, produit une projection, et c’est à partir de là que ça peut se déplacer, et ça, ça m’intéresse beaucoup.

 
Martin Dust ©Marina Viguier

Mélodie Braka : Vous êtes combien dans votre tête ?

 

Martin Dust : Beaucoup trop, et il n’y a pas d’assemblée générale, c’est ça le problème. Ça parle, ça commente, ça applaudit, ça critique, mais ça ne s’organise jamais, ça part dans tous les sens. Beaucoup trop, vraiment, et si en plus ça pouvait commencer à payer un loyer, ce serait quand même pas mal.
(Il rit.)

 

Mélodie Braka : Y a-t-il une signature Martin Dust sur scène ?

 

Martin Dust : Le chaos, sûrement. Et « sale gosse », ça revient souvent. Les gens le disent, et ça me va.

 

Mélodie Braka : Plutôt seul·e ou collectif·ve ?

 

Martin Dust : Les deux, mais pas au même endroit. Le collectif est essentiel, on fait les choses ensemble, mais il ne faut pas s’effacer. Je dis toujours aux artistes qui viennent jouer avec nous, au moment des saluts, de venir comme s’ils avaient fait le spectacle seul·es, pas pour écraser les autres, mais pour exister pleinement.
Martin Dust ©Marina Viguier
On ne met pas quelqu’un en valeur en se diminuant soi-même, ça ne marche pas comme ça. Chacun·e doit pouvoir prendre sa place, et à partir de là, le collectif devient vraiment fort.
Et puis on est là ensemble, on dit ce qui ne va pas, ce qui va, on avance, on enchaîne, même quand ça tangue. Parce que la vie continue, elle enchaîne aussi, et un jour si votre partenaire de scène ne se réveille pas, qu’est-ce que vous faites ? Vous continuez ! « Viens Coco » (Corrine), tu feras voler les fantômes, ce sera bien, ils seront là avec nous, et vous avancez. Les horreurs persistent, mais nous aussi.

 

Mélodie Braka : Le Cabaret de poussière, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

 

Martin Dust : C’est un laboratoire, un terrain d’expérience, d’essai, un terrain vague derrière le supermarché où on peut faire nos trucs, tester, tenter, voir ce qui tient et ce qui ne tient pas.
Comme dans tous les laboratoires, vous ne savez jamais si ce que vous êtes en train de faire ne va pas vous péter à la gueule, et parfois ça vous pète à la gueule ! Mais ça fait partie du chemin, ça fait partie du jeu.
Martin Dust ©Marina Viguier (11)
Et ce qui est intéressant, c’est que ça ne représente pas la même chose pour tout le monde. Pour certain·es, c’est une école, un endroit où ils et elles apprennent, où ils et elles comprennent des choses dans le rapport au public, dans la présence sur scène. Pour d’autres, c’est un point de départ, un endroit pour commencer.
Vous avez des chanteuses de pop qui arrivent, et vous les voyez évoluer de soir en soir, capter des choses sans même qu’on les formule, et à côté, vous avez des circassien·nes ultra confirmé·es, qui viennent de parcours très exigeants, très cadrés, et qui trouvent là un espace pour respirer, pour descendre dans la cour de récré, pour se lâcher un peu.
C’est ça qui est beau, c’est de voir ce que ça devient pour les autres, pas seulement ce que ça représente pour moi.

 
Martin Dust ©Marina Viguier (5)

Mélodie Braka : Est-ce que c’est un organe vital ?

 

Martin Dust : Non. Les morgues sont remplies d’organes vitaux indispensables, donc non, ce n’est pas un organe vital ! C’est un organe, oui, sans doute, quelque chose de vivant. Et comme toutes les choses vivantes, ça naît, ça évolue, et ça meurt un jour. C’est aussi ça qui le rend précieux.

 

Mélodie Braka : On y fait quoi ?

 

Martin Dust : On y fait des bêtises. Ou des expériences, ça dépend de l’heure de la journée. On vient essayer ce qu’on ne peut pas faire ailleurs. Moi, c’est ce que je dis toujours aux artistes : qu’est-ce que vous ne pouvez pas faire ailleurs ? Qu’est-ce que vous n’osez pas faire ? Venez, on essaie, on regarde.
On teste, on se plante parfois, on réussit parfois, mais c’est ça le jeu. Et très souvent, ça part de choses très concrètes, très intimes : qu’est-ce qui vous met en colère, qu’est-ce qui vous empêche de dormir ? Venez avec ça !
Et puis c’est drôle, parce qu’on commence avec ce qui énerve, et ça finit par devenir drôle. On en rit. Parce qu’une fois que c’est sorti, une fois que c’est posé, on a besoin de rire, sinon on ne tient pas.

 

Mélodie Braka : Et on y invite qui ?

 

Martin Dust : Des stars ! Que des stars !
Des copains, des copines, des artistes qu’on croise, des gens qui nous font rêver, qui nous font balbutier. Après, le booking, c’est un casse-tête, parce qu’on n’a que trois invité·es, donc il faut que ça se réponde, que ça se croise, que ça dialogue, et ce n’est pas toujours possible.
Parfois, on boucle des choses très en amont, parfois tout change à la dernière minute, on recompose, on s’adapte. Ça dépend des mois, ça dépend des rencontres, ça dépend de ce qui arrive.
Astr0nne et Martin Dust    ©Marina Viguier
Mais l’idée reste la même : inviter des gens qui donnent envie, et voir ce qui se passe quand on les met ensemble.

 

Mélodie Braka : On vous retrouve où ?

 

Martin Dust : Dans vos pires cauchemars. Et dans les plus grandes capitales du monde.

Infos pratiques :

 

Retrouvez Martin Dust sur scène
 

Dernières représentations de la saison Cabaret de Poussière
Du mercredi 15 avril au vendredi 17 avril
Du mercredi 22 au vendredi 24 avril
 

Lieu
Au Zèbre de Belleville
63, boulevard de Belleville, 75011 Paris
 

Billetterie
Réserver

 

Suivre
Martin Dust
Cabaret de Poussière

 

Propos recueillis : Mélodie Braka
Photographies : Marina Viguier