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04.05.2026 → 06.05.2026

« La Calisto » de Francesco Cavalli dans l’écrin somptueux du Théâtre des Champs-Élysées

par Helene Adam
05.05.2026

Drame et comédie tout à la fois, La Calisto est l’un des fleurons de l’opéra baroque vénitien du dix-septième siècle. Emblématique d’un répertoire lyrique en pleine évolution, il mêle le rire aux larmes tout en contant une histoire de dieux, de nymphes et de mortels. Servies par une distribution éblouissante, une mise en scène respectueuse et la belle formation musicale de Sébastien Daucé, les représentations sont un véritable plaisir.

La redécouverte de Cavalli

La Calisto est un dramma per musica en un prologue et trois actes de Francesco Cavalli sur un livret de Giovanni Faustini d’après Les Métamorphoses d’Ovide. La Calisto est le vingt-troisième opéra du compositeur et le neuvième des dix ouvrages en collaboration avec le librettiste Giovanni Faustini. La première représentation a eu lieu à Venise le 28 novembre 1651 au Teatro Sant’Apollinare qui était alors équipé d’une impressionnante machinerie permettant de changer les décors qui ornent le fond de la scène, mais aussi de faire descendre les personnages depuis les cintres, et d’imiter le vent et les nuages à l’aide d’un dispositif spécial. Pourtant, par suite d’une série d’incidents dramatiques, l’opéra n’aura pas de reprises et ne connaîtra pas vraiment le succès escompté !

Et c’est son retour en 1970 à Glyndebourne qui va permettre au public contemporain de découvrir le charme de l’œuvre, reprise depuis lors par de nombreuses formations baroques. Le théâtre des Champs-Élysées en a proposé la représentation en 2010 avec les Talens Lyriques sous la direction de Christophe Rousset. D’autres œuvres de Cavalli, notamment Elena et Erismena ont été données au festival d’Aix-en Provence par la suite. L’Opéra de Paris avait programmé son Eliogabalo en 2016 à Garnier, permettant l’entrée du compositeur au répertoire.

Le récit mythologique à l’opéra

Les amateurs de récits mythologiques et ceux qui se délectent des thèmes de l’opéra baroque (et au-delà), savent que Jupiter eut de nombreuses amours et qu’il n’hésitait pas à se déguiser pour parvenir à ses fins.

Ainsi en est-il de la belle Calisto, une nymphe qui désire avant tout rester pure, et n’est attirée que par Diane la fille du dieu des dieux. Il est vrai que les déesses ont le droit de s’aimer entre elles sans que la morale trouve à y redire…Qu’importe ! Jupiter qui ne recule devant aucune audace, prend l’apparence de sa propre fille pour séduire la Calisto. Il s’en suit une série de quiproquos vaudevillesques, où les ambigüités de genre créent une évidente modernité des thèmes, que la mise en scène exploite élégamment et avec talent. Jeu d’amour et de hasard, la Calisto inspirée du livre II des Métamorphoses d’Ovide, connait une bien jolie fin. Junon, une fois de plus mortifiée par les infidélités de son mari volage, transforme la belle Calisto en ours.

Mais Jupiter pour se faire pardonner, en fait une étoile qu’il envoie briller dans le ciel, la superbe Grande Ourse, une bien belle légende…et toutes les typologies de personnages typiques du baroque de cette période, y vont de leurs échanges poétiques, dramatiques ou truculents, teintés de burlesque, de romantique, ou de tragique dans un mélange savoureux, servi tout à la fois par la beauté du livret de Faustini et les variations de la musique de Cavalli pour une œuvre à multiples entrées.

 

Sébastien Daucé qui dirige les représentations, interroge d’ailleurs le répertoire qu’il a choisi en soulignant ce paradoxe : « on ne sait pas si La Calisto est une fable, une comédie ou une tragédie ». Il insiste sur les spécificités de ce répertoire vénitien du milieu du Seicento (les années 1600 selon l’appellation italienne des siècles) pour lequel il a eu un coup de foudre il y a près de 20 ans : « Avec Cavalli on a affaire selon moi pour la première fois dans l’histoire de la musique, à une combinaison parfaite entre une intensité théâtrale de premier plan, une musique captivante et une vocalité qui est à la racine du bel canto ».

 

Le baroque vénitien

Rappelons pour bien situer les œuvres de Cavalli, que nous sommes encore à l’époque des débuts de l’opéra où la musique accompagne le parlare cantando pour soutenir ce chant assez monocorde basé sur le récit. Dans ce milieu du dix-septième siècle, notamment à Venise, si on commence à s’émanciper du genre en ménageant quelques « formes closes » telles que des arias, canzonettas, duos, trios, plus mélodiques et virtuoses, on reste encore loin des éblouissants airs ornementés avec multiples da capo qui seront la marque de fabrique de la fin du siècle. Et comme le souligne Sébastien Daucé lui-même dans l’entretien qu’il a donné à Timothée Picard en mars 2025 et qui figure dans le programme,  « l’opéra vénitien a quelque chose d’à la fois expérimental et ouvert. Dans le contexte particulier de l’essor des théâtres privés soumis à une forte pression économique (…) une recette s’invente, un sur-mesure se peaufine année après année ».

Chaque personnage est caractérisé par un style de chant : Calisto et Endimione (Endymion), les pathétiques mortels, pour les lamenti, Junon et Jupiter, les dieux de race supérieure, pour les assertions et les imprécations, ou encore les préposés au burlesque, langage cru parfois carrément grossier que sont les personnages secondaires comme Linfea (Lymphée) et Satirino (le petit Satyre).

Une mise en scène bien agréable

On soulignera d’abord, une fois n’est pas coutume, les idées judicieuses de la metteure en scène Jetske Mijnssen, qui se révèle une excellente directrice d’acteurs. Et elle respecte scrupuleusement les contrastes traditionnels des œuvres baroques qui oscillent sans cesse entre drame et humour, gravité et légèreté, respectant un fil tragique régulièrement ornementé par des situations comiques voire scabreuses et des séquences distrayantes.

Elle choisit de transposer cette humanisation des dieux dans un intérieur de l’époque de Cavalli, antichambre et salon chic (pour l’essentiel des scènes) ou sorte de panthéon célébrant la mort (pour le prologue et l’épilogue), qui se dévoilent quand un cylindre artistiquement boisé s’ouvre au centre de la scène. Les dieux de Faustini ont des comportements dignes des protagonistes d’un vaudeville comportant sa part d’érotisme et de magie.

On objectera par souci d’authenticité, que cette période du baroque vénitien située après les débuts de l’opéra avec Péri et Monteverdi mais avant les splendeurs de l’opera seria de Haendel, voit déjà les œuvres créées dans des théâtres avec un public et donc un aspect commercial. On est sorti, pour la promotion du « dramma per musica » d’alors, des représentations dans les antichambres et les salons des gens aisés que Jetske Mijnssen reproduit dans sa très belle scénographie. Mais l’esthétique choisie respecte cependant scrupuleusement un certain art de vivre où même les théâtres sont des petits bijoux d’architecture élégante.

Et l’œuvre, qui commence avec un Prologue où la Nature, l’Éternité et le Destin se désespèrent du chaos engendré par les catastrophes célestes, prédisent l’éternité à Calisto, pour réaliser ensuite une plongée en arrière qui raconte l’histoire au travers de leur transformation en Pan, Junon et Satyre.

Jetske Mijnssen sait à merveille rester attentive aux nuances nécessaires, n’hésitant pas à proposer à ses chanteurs de donner à la fois profondeur et humour à leurs personnages, dans leurs relations comme dans l’exécution des mouvements scéniques.

Et alors que l’insertion de la danse dans l’opéra n’est pas toujours réussie dans les mises en scène moderne, cette fois on appréciera la belle chorégraphie de Dustin Klein, inspirée des mouvements de danse du Seicento vénitien. Et l’on saluera la performance des chanteurs qui assurent eux-mêmes ces quelques pas de danse avec beaucoup de grâce et de naturel. On admirera également l’élégance des décors de Julia Katharina Berndt des costumes fort seyants que l’on doit au travail d’Hannah Clark.

Distribution instrumentale et vocale en harmonie

L’Ensemble Correspondances sous la direction de Sébastien Daucé s’est investi totalement dans cette série de représentations à Aix, Rennes, Paris et bientôt Caen proposant une instrumentation plus riche que celle de la création. Mais sachant que la partition conservée ne comprend qu’une ligne de basse continue et celle représentant la mélodie, l’orchestration garde de nombreuses marges de manœuvres pour illustrer cette œuvre magnifique. Et si elle a été créée avec six instrumentistes seulement en 1651, nul doute que Sébastien Daucé a fait un bon choix en se proposant d’enrichir l’accompagnement avec ses 32 instrumentistes, comprenant harpes, théorbe, archiluth, clavecins, orgue, violons, violes, violes de gambe, violoncelles, contrebasse, saqueboutes, basson, cornets, flûte et percussions, disposés en deux groupes plus ou moins similaires capables de dialoguer.

Les artistes choisis pour cette distribution de grand luxe dans ce répertoire, se sont également entièrement consacrés à la réussite d’un spectacle complet visuellement et musicalement accompli, à la manière d’une véritable troupe très unie et très homogène.

Le timbre lumineux, la voix ductile et le style soigné de la soprano Lauranne Oliva lui permettent de briller tout particulièrement dans le rôle de Calisto qui lui sied à merveille. Elle nous propose un portrait rempli de charme de la nymphe, légère, amoureuse, lumineuse, mais aussi tragique et malheureuse face à la jalousie et l’abominable vengeance de Junon. Ses deux tirades de l’acte 1, le véhément « Dunque Jove immortale » et l’élégiaque « Sien mortali e divini I lascivi partiro » donnent le ton et révèlent les immenses qualités vocales et scéniques de l’artiste. Et elle passe de cette naïveté touchante dans la scène 10, particulièrement réussie, qui l’oppose à Diane, furieuse de ses assauts, à la révélation des abus dont elle a été victime, est fort bien campée, tout à fait convaincante et sa prestation, brillante, montre quel est son répertoire de prédilection.

Et comme à son habitude, Anna Bonitatibus a la fureur d’une excellente Junon (Giunone) comme la sagesse de l’allégorie d’éternité (Eternita). Tour de force habituel chez la mezzo-soprano italienne que nous regrettons de ne pas voir plus souvent sur nos scène, elle a la puissance vocale et l’art du trille et des vocalises, nous livrant un « Putta sfacciata » (Impudente, scélérate) d’une rare violence quand elle prononce le châtiment de Calisto et, en contrepoint un « Raconsolata e paga » (satisfaite et consolée) d’une grande intensité dramatique. On notera que l’absence d’arias significatives dans le style baroque de l’époque, conduit à éviter les applaudissements en cours de représentation (comme chez Wagner !). Malgré cela, son sublime « Mogli mie sconsolate » (femmes inconsolables) a donné lieu à un début d’ovation vite réprimé et reporté aux saluts où elle a remporté un triomphe personnel.

Paul-Antoine Bénos-Djian est également un Endimione d’une grande sensibilité, dont le timbre est fort agréable à l’oreille et qui campe un amoureux platonique de Diane finalement récompensé de sa patience et de sa fidélité pour la plus belle déclaration d’amour sincère « Vivo per te » (je vis pour toi) qui conclut si bien l’oeuvre.

Le jeune baryton-basse Milan Siljanov se montre étonnant et impressionnant en campant à la fois un Jupiter (Giove) à la voix la plus puissante du plateau (mais le dieu du tonnerre mérite bien cela) et le personnage travesti en Diane (Diana) pour lequel il prend une voix de fausset tout à fait réjouissante et bien dans le ton de ces parties essentiellement comiques. Il est généralement accompagné dans l’œuvre de son fidèle messager Mercure, qu’interprète le jeune baryton britannique Dominic Sedgwick, d’une voix sûre et souveraine.

La Diana (la vraie !) de la mezzo-soprano Sun-Ly Pierce s’affirme également comme une excellente interprète de la fille de Jupiter, chasseresse, pour laquelle Endimione se consume d’amour et leur duo final comporte ce qu’il faut de beau chant émouvant, leurs voix se mariant parfaitement bien.

On apprécie évidemment la qualité des interprètes des petits rôles essentiellement comiques en particulier le Linfea de  Zachary Wilder  et son désopilant « Amore ti prego » où il supplie qu’on lui trouve un mari « aimable et beau »

C’est le ténor Petr Nekoranec qui assure les trois rôles de Natura (la nature) Pane (Pan) Furia (l’une des furies) tandis que le contre-ténor Paul Figuier, lui donne la réplique en interprétant en regard Destino (le Destin), Satirino (le petit Satyre) et l’autre Furie, la basse José Coca Loza formant le troisième « larron » en Silvano (Sylvain) et la troisième Furie. Ils sont tous trois des habitués de cette période baroque et y sont particulièrement brillants.

Après les représentations d’Aix-en-Provence, suivies de celles d’Anger, Nantes et Rennes, l’ensemble donnera encore deux séances, les 20 et 21 mai au Théâtre de Caen.

Signalons également la sortie d’un enregistrement, un très bel album du label Harmonia Mundi, qui propose une intégrale de La Calisto, avec Sébastien Daucé et son ensemble, où Lauranne Oliva assure le rôle-titre.