Présentée à Vidy-Lausanne avant son arrivée au Festival d’Automne à Paris, la dernière création de l’héritière d’Israël Galvan nous entraîne dans les montagnes dans un jeu de cache-cache entre la danse et la musique.
Qu’est-ce qui compte vraiment ? La musique ? La danse ? Et quoi regarder quand ? La Chachi se place de côté, à peine éclairée. La musique, elle, est pour le moment réduite à l’état de bruissement. Isaac García aux percussions est le seul à se faire entendre. Il malaxe ce qui lui passe sous la main, un papier, sa chaise. Le chant de Lola Dolores est pour le moment réduit à une mémoire de supplication et la guitare de Francisco Martín ne cherche pas encore la beauté. Et tout ce temps, habillée en toréador rose, La Chachi ne bouge pas. Son mouvement va venir de l’épaule qui va sombrer et l’entraîner doucement jusqu’à la chute lente, jusqu’à une prosternation sur le sol qu’elle semble embrasser.
Et puis la musique explose, comme la danse, sur les genoux essentiellement, tel Galván dans sa Fiesta en 2017. Elle est excessivement proche de son esthétique et rejoint les autres héritières de la déconstruction amorcée par le maître, telle Yinka Esi Graves pour citer la plus récente. Sa technique est éblouissante. Elle puise la violence à la fois dans le flamenco et dans le krump, from Málaga to LA, et au passage pioche dans le punk.
Le fil conducteur de la pièce est un chemin au bout duquel, visiblement, il faudra déposer des œillets, peut-être pour pleurer encore un peu la mort de Pina. Le trio chante en boucle une chanson qui progresse en émotion et vous trotte dans la tête longtemps encore : « Rocío, Señora, pastora que alumbra el camino ». La Chachi danse donc un pèlerinage qu’elle ne veut plus faire, de 280 km à pied, et pour s’en sortir convoque la Vierge de façon littérale. Elle cherche à s’abandonner à sa loi jusqu’à trouver sa transe à elle, au point de ne regarder qu’en elle, jamais dans les yeux du public, construisant malgré elle un quatrième mur qui nous éloigne un peu de sa puissance.
À voir au Théâtre du Rond-Point du 3 au 14 novembre puis au Théâtre des Quartiers d’Ivry du 27 au 29 novembre, dans le cadre du Festival d’Automne
Visuel : © Daniel Pérez