Hurle, un geste surréaliste dans une antre
Nous commençons par le sous-sol, où, dans une caverne, une antre toute en pierre, on découvre Flora Détraz avançant debout dans la forêt. Puis, happée par une pierre en forme de vulve ouverte, elle devient une limace surréaliste. La vidéo décompose et multiplie son visage ; on pense tout de suite au cinéma de Lynch. Elle confirme et ajoute : « Sur le plan esthétique, le film s’inspire d’un imaginaire surréaliste, proche notamment de David Lynch, qui fait pleinement partie de mes influences, mais aussi de Jean Cocteau, et surtout de Maya Deren. » Ce qui a profondément marqué Flora dans les Cévennes, « ce sont ces pierres préhistoriques qui semblent presque suspendues ». Hurle nous présente une figure humaine qui plonge progressivement dans des métamorphoses. Ce court-métrage est esthétiquement fascinant. Elle l’a réalisé en 2023 et, aujourd’hui, elle y revient dans son prochain spectacle, qui sera d’ailleurs montré aux Hivernales le 17 février : Gorgo, présenté comme « un concert-performance, une forme hybride où danse et musicalité fusionnent ». La voix est au cœur du travail de cette chorégraphe que l’on a découverte en 2022 avec Tutuguri à Lafayette Anticipations. Dans le film, le son est presque absent ; le titre laisse entendre que, justement, on entendra un cri à un moment. Mais sera-t-il humain ou animal ?
Corps Oasis, un geste collectif en pleine lumière
À l’étage, on change radicalement d’esthétique pour découvrir un travail documentaire réalisé par Thibaut Ras et chorégraphié par Massimo Fusco. On y voit une alternance de danse de groupe avec des témoignages intergénérationnels prenant la forme de pas de deux parlés et dansés. Il nous raconte : « Le film s’inscrit dans le projet Corps Oasis, une série de films documentaires autour de la danse. Le premier, Corps Oasis, Couché et les murs, avait été tourné à Avignon ; sa durée était de quarante-huit minutes. Chaque opus adopte une forme différente. J’en ai réalisé trois : le deuxième, Corps Oasis, Vivante, a été tourné à Rennes ; le troisième est celui que vous venez de découvrir. Les origines du bal ont été tournées à Tremblay-en-France, en collaboration avec le TLA, où j’étais artiste associé jusqu’à fin 2025. Le dispositif réunissait des enfants accompagnés de leurs parents ou de leurs grands-parents, afin de montrer comment la danse se transmet et se propage de génération en génération. L’idée était aussi de porter un regard proche du portrait d’habitants, en revenant sur différents sites de la ville de Tremblay-en-France, et d’y réintroduire des danses, notamment des danses de couple. On observe ainsi de nombreux moments de duo, des slows, des valses, mais également des instants de danse traditionnelle. Ces dernières ont souvent donné naissance aux danses de couple, et il m’importait de montrer le lien et le dialogue entre ces formes. »
Avec ces deux films montrés dans un même lieu pendant le huis clos qu’est un festival, les Hivernales montrent la diversité des gestes, des formes et des écritures chorégraphiques, des plus performatives aux plus participatives.