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Éliane Radigue, « Kyema » : l’écoute comme expérience

par Thomas Cepitelli
22.04.2026

Dans la rotonde de la Bourse de Commerce, Kyema d’Éliane Radigue transforme l’écoute en expérience immersive et méditative. Entre concert et installation, l’œuvre déploie un temps étiré où le son devient espace.

Dans la rotonde de la Bourse de Commerce, le temps a semblé, pendant près d’une heure, arrêter son vol, comme dit le poète. Le « concert » Kyema d’Éliane Radigue, présenté le 21 avril 2026, ne relève ni tout à fait du concert, ni tout à fait de l’installation : il s’agit plutôt d’une expérience d’écoute, lente, immersive, physique, presque initiatique. Une traversée d’un temps et d’un espace mental, à la fois partagée et individuelle.

Composée en 1988, cette pièce constitue la première partie de la célèbre Trilogie de la Mort, œuvre majeure de la pionnière de la musique électronique, décédée il y a quelques mois. Diffusée ici par François J. Bonnet, elle s’inscrit dans un dialogue avec l’exposition « Clair-obscur » et le film Camata de Pierre Huyghe, projeté sous le dôme. Si cette œuvre ne nous accueille que le temps de l’installation, ses images de mort, ses teintes de noir, semblent nous préparer à la musique de Radigue.

La diffusion se fait donc dans cet espace singulier qu’est le dôme, sous la magnifique verrière. Le public est invité à prendre place sur des coussins dispersés. Et presque naturellement, certain·e·s ne s’assoient pas dessus, mais s’en servent comme d’un oreiller. Ici, un couple partage le même et se donne la main ; là, un·e spectateur·ice se met en tailleur et semble prêt·e à entrer en méditation. C’est aussi cela, la musique de Radigue : laisser à chacun·e le loisir, la liberté de faire sienne sa musique et l’expérience de son écoute.

Émotion et pensée métaphysique

Dès les premières minutes, Kyema impose son régime sonore et d’écoute, on ne peut plus singulier : un bourdon continu, travaillé par des micro-variations presque imperceptibles, et pourtant l’on « sent » que quelque chose se modifie, à la fois dans la musique, mais aussi en nous. Rien ne semble véritablement commencer, rien ne semble finir. C’est un cycle, comme la vie et la mort dans la pensée bouddhique chère à la compositrice. Le son se transforme par glissements, par infimes oscillations, créant des strates ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait dissemblables.

Cette esthétique du presque rien est au cœur du travail de Radigue. Héritière de la musique concrète — elle fut formée auprès des deux grands Pierre, Pierre Schaeffer et Pierre Henry — elle radicalise ici l’expérience d’écoute en la dépouillant de tout événement spectaculaire. Il faut ici vivre la durée physiquement. Couché·e au sol, les yeux rivés sur la structure métallique du dôme, qui semblait se mouvoir au gré des changements de lumière, on a eu l’impression d’entrer dans la musique, de s’y mouvoir en restant immobile. C’est à la fois bouleversant d’un point de vue sensible et intellectuellement stimulant. L’œuvre nous invite, par son titre, par les conditions de son écriture (la mort tragique de son fils advient à la fin de la composition), par la disparition si proche de Radigue, à penser notre propre rapport à la mort, au temps qui passe.

Expérience sensible et intellectuelle

Kyema est une œuvre profondément spirituelle. Inspirée du Bardo Thödol, le Livre des morts tibétain, la pièce se déploie en six sections correspondant aux états intermédiaires de l’existence : naissance, rêve, contemplation, mort, claire lumière, puis traversée et retour.

Dans la rotonde, cette dimension rituelle est renforcée par le dispositif de diffusion. Le son, diffusé sur bande analogique issue du master original, enveloppe l’espace sans source identifiable. On sait où se trouve le dispositif, on le voit, et pourtant on l’oublie.

Ce type d’expérience demande un engagement particulier de l’auditeurice. Il ne s’agit pas de « suivre » une œuvre, ni de retrouver une « coda » ou une progression harmonique, mais de s’y plonger, corps et âme, pourrait-on dire, en écho à une ancienne exposition vue en ce même lieu. Écouter Radigue est une expérience comparable à la découverte des outrenoirs de Pierre Soulages, de la poésie de Isidore Ducasse ou des plans fixes de Béla Tarr. Il convient d’accepter une forme de lenteur radicale, à rebours de nos habitudes contemporaines, y compris culturelles.

Présenté quelques semaines après la disparition de la compositrice en février 2026, le concert prend, bien sûr, une dimension supplémentaire. Il devient hommage, mais sans pathos. Fidèle à l’esthétique de Radigue, il propose plutôt une méditation sur la continuité, sur le passage, sur ce qui persiste au-delà de la disparition.

Visuel : © Yves Arman