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« Come Closer » de Tomora : Softer, Better, Higher, Stronger

par Louis Perquin
22.04.2026

Suite à leur rencontre à Glastonbury en 2016, Tom Rowlands et Aurora ne se sont jamais tenus bien loin l’un de l’autre, laissant aux mélomanes l’espoir que cette amitié aboutisse à un album en bonne et due forme. C’est désormais chose faite depuis le 18 avril avec « Come Closer », où se mêlent les genres et les ambiances dans une atmosphère à la fois jouissive, pesante et mélancolique.

Papis font de la résistance

 

Quelques jours à peine après la parution inattendue du titre « Boots on the Ground », fruit de la collaboration entre Massive Attack et Tom Waits, les amateurs de musique électronique que nous sommes pouvons désormais nous estimer pleinement comblés par la récente sortie de Come Closer. Toute la volonté d’hybridation générale de l’album semble résumée par son seul titre, d’abord annonciateur de la rencontre dont il est le fruit. D’un côté, Tom Rowlands, bien connu des amateurs de musique électronique en ce qu’il est l’un des deux membres des Chemical Brothers, dont les premiers albums (Exit Planet Dust, 1995 ; Dig Your Own Hole, 1997 ; Surrender, 1999) font encore aujourd’hui office de références en la matière. De l’autre, Aurora, chanteuse norvégienne apparue au milieu de la décennie passée et réputée pour sa pop à la fois accessible et mâtinée d’une atmosphère à la lisière du rêve et du cauchemar. Si l’association pourrait sur le papier paraître contre-nature, force est de constater que le résultat est digne de louanges, et ravira autant les nostalgiques en manque de synthétiseurs que les mélomanes en quête de compositions variées, impeccablement produites et dignes de leurs sources d’inspiration.

 

 

Give life back to music

 

Passées les quelques secondes inaugurales de « PLEASE », le morceau éponyme et sa construction en crescendo annonce d’emblée ce à quoi nous devons nous attendre par la suite, et nous replonge avec bonheur dans ce mélange d’émotions si caractéristique de la musique électronique anglaise des années 1990. Le plaisir des retrouvailles ne s’arrête cependant pas là, puisque les trois morceaux suivants s’enchaînent en un medley, semblable dans sa structure avec ceux que pratiquaient déjà des pionniers comme Giorgio Moroder. Au-delà de la plus ou moins grande sensibilité que chacun peut éprouver vis-à-vis de ces sonorités singulières, cette façon d’agencer les morceaux comme si nous assistions à un DJ set en direct renforce encore notre immersion dans l’atmosphère du disque, tout en nous plongeant dans un état à la lisière du conscient et du pulsionnel. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que le regain de popularité de la musique électronique auprès du grand public (attesté par la renommée mondiale d’un Fred Again, lui aussi adoubé via un mix, il y a près d’un mois, aux côtés de Thomas Bangalter), témoigne de l’efficacité persistante des sonorités électroniques en matière d’émotions collectives. Si le fait de concevoir la musique comme un moyen de remuer les corps continue d’être considéré par certains puristes comme une solution de facilité, nous ne pouvons, pour notre part, que nous réjouir de trouver avec « RING THE ALARM », « SOMEWHERE ELSE » ou « IN A MINUTE » autant d’incitations à s’abandonner totalement, et que nous défions quiconque d’écouter sans sentir ses jambes traversées par d’incontrôlables frissons.

 

 

Humaine, trop humaine

 

Le génie de la musique électronique semble d’ailleurs avoir toujours tenu dans l’indiscernable fusion entre des émotions, des sons, des rythmes et des mélodies apparemment contradictoires, et que parvenait pourtant à accomplir les musiciens à l’aide d’un attirail plus ou moins perfectionné de machines en tous genres. Plus encore que le big beat (sur lequel les Chemical Brothers régnèrent en maîtres) ou la techno, la trip-hop demeure, de tous les sous-genres, celui où la fascination pour l’impersonnalité côtoie le plus près une forme d’angoisse glaçante, intangible, caractéristique du son nouveau développé à Bristol au début des années 1990. Outre les basses lourdes, les vrombissements lancinants et les percussions implacables, les expérimentations de Massive Attack et Portishead reposaient avant tout sur la singularité des voix féminines qui les accompagnaient, dont la fragilité contrastait avec l’ambiance mécanique environnante. Dans la lignée de Beth Gibbons ou Elizabeth Fraser, Aurora s’accommode avec brio de ce registre pourtant si particulier, et s’avère capable, d’un morceau à l’autre, d’imposer une présence tantôt langoureuse (« A BOY LIKE YOU »), tantôt désabusée, voire fantomatique. Sans doute le point culminant de l’album est-il atteint sur « HAVE YOU SEEN ME DANCE ALONE ? », où s’exprime mieux que jamais cette ambivalence entre une mélancolie sourde et son intégration au sein d’un déferlement d’effets, de rythmiques irrégulières, de boucles et d’irruptions inattendues. En teintant ses compositions d’une présence humaine, Rowlands rejoue l’affrontement entre présence et absence, chacune des inflexions désespérées d’Aurora semblant un appel à l’aide arraché au chaos environnant.

 

 

En boucle

 

Malgré l’accueil chaleureux que réserve la presse spécialisée à l’album depuis plusieurs jours, on ne sait pas encore si la collaboration sera amenée à durer au-delà d’une tournée qui, après une prestation remarquée à Coachella il y a quelques jours, verra notamment le duo se produire à la Philharmonie de Paris le 1er juillet. A en croire les performances et les interviews accordées depuis plusieurs semaines par le duo, il semble néanmoins que se soit nouée entre Rowlands et Aurora une relation qui dépasse d’assez loin la simple émulation artistique. Cette dernière ne cache d’ailleurs pas le plaisir ressenti tout au long du processus créatif, au point de la comparer à une véritable cure : « C’était tellement fun – et on ne devrait jamais arrêter de faire ce qui nous fait du bien ». Cette jouissance totale imbibe l’album du début à la fin, les envolées lyriques succédant aux phases plus méditatives sans pour autant paraître déplacées. Plutôt que de viser l’homogénéité, le tandem a privilégié la cohérence, et poursuit durant un peu moins d’une heure un sillon qui, s’il se suit sans peine, ne se prive pas pour autant de multiplier les inspirations, les registres et les tonalités. Davantage que les autres genres musicaux, l’électronique a toujours favorisé le mélange des formes et des émotions, au point d’apparaître comme la forme plastique parfaite, car capable de muter d’un instant à l’autre sans aucune limitation technique. Sur leur album Surrender de 1999, les Chemical Brothers avaient démontré la démultiplication des possibilités que l’usage de machines pouvait apporter en termes de création ; presque trente ans plus tard, Rowlands prouve qu’il n’a rien perdu de sa fougue, dont on se réjouit de voir qu’il l’a indirectement transmise à une nouvelle génération d’artistes en perpétuelle recherche d’expérimentations. A la fois passage de témoin et renaissance artistique, Come Closer s’annonce comme un classique instantané, que l’on imagine déjà rythmer aussi bien les soirées fiévreuses que les lendemains de soirée difficiles.

Visuel : By TOMORA (18 April 2026). « Come Closer».  Via Apple Music., Fair use, https://en.wikipedia.org/wiki/File:Tomora_-_Come_Closer.jpg