Après Ce qui gronde (Flammarion, 2021), Marie Petitcuénot s’attaque à la performance culte qui a failli coûter la vie à Marina Abramović, Rhythm 0. Les heures sauvages (Éditions Héloïse d’Ormesson) est un récit qui tient toutes les unités de la tragédie et qui parle de la bestialité qui se tapit en nous. Et qui est dans la sélection du Femina et du Renaudot.
En 1974, un galeriste napolitain invite une jeune artiste serbe de 28 ans à donner une performance hors du commun dans son nouveau lieu : pendant six heures, et avec 72 objets mis à disposition (plume, parfum, miel, mais aussi chaînes, couteaux, lames de rasoir et un pistolet chargé), 40 personnes pourront faire à la plasticienne ce qu’ils et elles souhaitent. Elle se comportera comme le 73e objet et ne fera rien pour les en empêcher. Elle finira avec ses vêtements retirés à la lame de rasoir, la poitrine abîmée d’épines de roses, la gorge et la cuisse entaillées et le canon du pistolet sur la tempe. Cette artiste, c’est Marina Abramović, et la performance, c’est Rhythm 0…
En multipliant les points de vue sur les minutes qui précèdent et qui suivent les six heures tenues de performance, en restant à Naples et en axant tout sur ce moment de vérité, le texte que propose Petitcuénot offre une tension dramatique très intense pour restituer cet épisode phare de la performance et ce test clé pour l’anthropologie. On suit d’abord le galeriste, puis la plasticienne et ce qui la meut, ainsi que le courage militant de sa passivité assumée, avant de suivre plusieurs de ces 40 bourgeois·es international·es venu·es faire cette expérience dans une galerie de Naples. La formule de révéler la sauvagerie humaine sous le vernis de l’art contemporain avait valu une Palme d’or à Ruben Östlund en 2017. Mise en écriture dans un huis clos tragique revisité, elle va apporter plusieurs prix littéraire à la talentueuse auteure du récit !
Marie Petitcuénot, Les heures sauvages, éditions Héloïse d’Ormesson, 144 pages, sortie le 28 août 2026, 17 euros.
visuel : couverture du livre