Avec son premier roman graphique Derrière le Champ, Maxence Kerloc’h plonge le lecteur dans un récit intimiste et émouvant conté à hauteur de préado’.
Sur l’Internet, on trouve peu de choses au sujet de Maxence Kerloc’h, si ce n’est qu’il a officié en tant que character layout artist sur différents projets d’animation. Trois, pour être tout à fait exact : Où est Anne Frank! (2021) d’Ari Folman, l’épisode Kill Team Kill dans la saison 3 de la génialissime série Love, Death & Robots (2022), et Le Petit Nicolas : Qu’est-ce qu’on attend pour être Heureux ? (2022) d’Amandine Fredon et Benjamin Massoubre.
Rôle clef dans le passage du storyboard à l’animation pure et dure, Maxence Kerloc’h a donc par le passé préparé différents plans de tournage sur ces trois films en définissant les cadrages, les mouvements de caméra, mais aussi la disposition des décors et des protagonistes. On n’est donc pas si étonnés, après avoir déniché ces rares mais précieuses informations sur les expériences professionnelles du monsieur, que l’auteur ait eu envie de se frotter à l’exercice du roman graphique. Pour se faire, Maxence Kerloc’h est allé puiser dans ses propres souvenirs d’enfance passés à la campagne.
Si les images sont statiques dans Derrière le Champ, Maxence Kerloc’h parvient pourtant à raviver les souvenirs enfouis en chaque bambin ayant grandit en zone rurale. Au gré des pages, les effluves de meules de foin et du goudron chauffé par le soleil traversent le récit et ponctuent les tribulations de Martin, 13 ans, fraîchement débarqué dans une petite bourgade avec son paternel. Alors qu’il peine à se faire des copains, il croise la route de Capucine, une voisine fantasque, qui lui permet de sortir un temps de sa solitude. Ensemble, ils comptent bien échapper à l’ennui et l’isolement par n’importe quel moyen.
Plus qu’un coming of age sur la jeunesse des campagnes, Derrière le Champ parvient à dépeindre avec maîtrise les émois et dilemmes adolescents – où un mensonge peut parfois permettre d’intégrer le groupe de potes du coin, où un geste maladroit peut donner lieu à un acte cruel qui traumatise longtemps. Sous ses bouilles rondes aux yeux innocents, Maxence Kerloc’h illustre habilement la part ambivalente et énigmatique de chacun.e, mais offre aussi, comme le dit si bien l’écrivain Tristan Garcia dans sa postface, « une initiation à l’absence d’énigme de l’existence » jolie et absolument captivante qui hante longtemps après lecture.
Derrière le Champ de Maxence Kerloc’h, Casterman, 208 Pages, 22,00 €. Sortie le 10 Juin 2026.
Visuel : © Casterman 2026