Le nouveau film d’Adrian Goiginger, Seule la vie, transporte son public dans un tourbillon d’émotions à travers l’histoire de Héli et Barbara, un couple de clowns heureux et amoureux. Mais lorqu’un accident emporte Héli et leurs deux enfants, Thimo et Fini, Barbara n’a plus d’autres choix que de faire face à sa dure réalité.
Seule la vie offre un témoignage sincère au cœur de l’intimité du deuil d’une femme qui ne compte pas se laisser écraser par les évènements qu’elle vit. Présenté en avant-première mi-février 2026 dans le cadre de la Berlinale, son réalisateur Adrian Goiginger y avait déjà remporté le prix Kompass-Perspektive en 2017 pour son long métrage La Meilleure du monde. Pour ce nouveau long métrage, le cinéaste autrichien s’est appuyé sur le livre autobiographique de Barbara Pachl-Eberhart publié en 2010 et intitulé Vier minus drei en allemand, littéralement « Quatre moins trois ». Seule la vie retrace alors les épisodes clés du couple de Héli et Barbara jusqu’à la reconstruction de cette dernière après la tragédie qui a coûté la vie à sa famille. Le couple est interprété par Valerie Pachner et Robert Stadlober qui bouleversent le public par l’intensité de leur jeu.
Leur rencontre s’est faite de manière inattendue dans un coin de rue. Barbara, après avoir raté une énième audition en tant qu’actrice, voit Héli, artiste de rue qui performe sous le nom de Waldemar devant les passants. Perdue dans sa propre vie, il lui donne un sens en faisant d’elle un clown. Leur séparation sera alors, comme leur rencontre, le fruit du hasard.

A travers les flashbacks d’une famille heureuse, malgré les hauts et les bas, on sent petit à petit le personnage de Barbara s’écrouler. En la regardant, on s’interroge : comment se reconstruire quand on pense avoir tout perdu ? Incapable d’accepter la réalité, elle se persuade que Fini reviendra jusqu’à tenter de tomber enceinte dans le but de la faire renaître.
Si Barbara accepte cette terrible réalité, il ne lui restera plus qu’une maison vide, trop grande pour elle, et des vidéos de sa famille sur son ordinateur. Mais par le biais d’une amie, elle rencontre Friedrich, acteur à succès dans une série télévisée. Maladroitement, il qualifie la situation de Barbara comme « le pire qu’un humain puisse vivre ». Pourtant, l’homme, admiratif de sa résilience, l’accompagne dans celle-ci. Elle le touche et elle a besoin de ce soutien sans faille d’une personne extérieure à sa souffrance, loin de l’inquiétude et de la tristesse de ses proches.
Avant l’accident, la vie du couple était rythmée par la joie. Pourtant, Héli reprochait à Barbara d’abandonner le cirque alors qu’elle travaille pour nourrir leur famille pendant qu’il écrit difficilement un spectacle. « Ce n’est pas de l’art, c’est thérapeutique » rétorque Héli, pour qui l’emploi de Barbara comme clown dans un hôpital revient à « se vendre ».
Mais bien qu’elle ait décidé de vivre en faisant rire, elle est constamment ramenée à sa situation. Lorsqu’elle revient à l’hôpital pour reprendre son travail de clown, on lui dit que les parents ne voient plus en elle que « la femme qui a perdu toute sa famille ». Pourtant, elle tente de se rattacher à son personnage de clown, Heidi Appenzeller. Quand elle joue ce rôle, elle s’éloigne de Barbara et de sa réalité trop dure à endurer.

Dans l’impossibilité de reprendre son travail alimentaire, elle finit par retrouver la scène. Le film s’achève dans un cirque dans lequel elle présente un nouveau numéro. Inspirée par les anciennes prestations de Héli et par son expérience de vie, elle utilise cette passion pour se reconstruire comme lorsqu’elle choisit de transformer l’enterrement de sa famille en hommage en musique.
Elle réagit comme le ferait son personnage de clown et cherche toujours le bon côté des choses. Lorsqu’on lui dit que sa fille, Fini, s’en sortira peut-être, elle sourit malgré l’annonce de la tragédie. Elle garde cet espoir comme seul réconfort bien qu’il va rapidement s’écrouler avec le décès soudain de la petite fille quelques heures plus tard. Devant Seule la vie, le public ne peut s’empêcher d’être impressionné et touchés par le personnage de Barbara.
Seule la vie, d’Adrian Goiginger, avec Valerie Pachner, Robert Stadlober, Hanno Kofler ; Autriche, Allemagne, 2025, 121 minutes, durée 2h01.En salles le 8 juillet 2026.
Visuels : Pyramide Films