Avec Mārama, le réalisateur Taratoa Stappard livre un premier long métrage horrifique d’inspiration gothique saisissant.
L’an 1859, à l’ère victorienne, dans les landes désolées du Yorkshire au Nord de l’Angleterre. Mary Stevens (Ariāna Osborne, hypnotique), aka Mārama, jeune femme māorie en quête de vérité sur sa famille et ses origines, rejoint le manoir Hawkser après la réception d’une mystérieuse missive. Le maître des lieux, Nathaniel Cole (Toby Stephens), lui propose alors de devenir la préceptrice de sa petite fille Anne (Evelyn Towersey). Mais l’ancien baleinier fraîchement anobli semble surtout cacher son lot de secrets, et dans cette demeure lugubre, des visions ancestrales apparaissent brutalement à Mary, révélant peu à peu un terrifiant mystère.
En trois plans d’introduction, le cinéaste Taratoa Stappard plonge instantanément le spectateur dans l’univers du film, à l’atmosphère aussi étrange que fascinante. En effet, Mārama s’ouvre sur une jeune femme, agenouillée au sol avec le menton en sang. La caméra se met lentement à hauteur du personnage, qui pousse soudainement un hurlement, avant que résonne ce qui s’apparente à un chant māori en fond sonore. Les deux plans suivants, fixes, capturent un visage au milieu des flammes, puis un plan retourné d’une silhouette face à l’océan, ciel en bas, mer en haut. Ambiance.
Tandis que cette ouverture plutôt stylisée peut laisser craindre un exercice de style déceptif, Mārama déjoue assez vite cette appréhension. Si le réalisateur s’amuse avec les codes du cinéma horrifique, à coups de reflets flippants dans le miroir et de plans surgissants mués en visions souvent sanglantes, le premier long métrage de Taratoa Stappard interpelle et reste longtemps en tête après visionnage par ce qu’il raconte en toile de fond. Car derrière son ambiance gothique appuyée et inquiétante, le film relate le combat d’une femme māorie dans la reconquête de son identité et de sa culture.
Un combat qui se mue rapidement en revenge movie, dont rien ne sera dit de plus pour ne pas parasiter la découverte du film. Et si le récit tombe parfois dans la facilité, il déploie pourtant habilement son message central : celui de la mise en lumière crue et peu avare en hémoglobine des dérives de la colonisation en Nouvelle-Zélande et l’appropriation de la culture māorie par l’Occident. Une séquence poignante lors d’une réception huppée au manoir illustre parfaitement cela, offrant par ailleurs un instant de cinéma puissant, spectaculaire et difficilement oubliable. Avec Mārama, Taratoa Stappard livre une proposition horrifique singulière et captivante qu’il serait dommage de louper sur grand écran.
Mārama de Taratoa Stappard. Avec Ariāna Osborne, Toby Stephens, Umi Myers… Nouvelle-Zélande, Grande-Bretagne. 01h29. Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Sortie le 22 Avril 2026.
Visuel : © Grindhouse Paradise Pictures