La Tapisserie de Bayeux sera exposée, du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027, pour la première fois de son histoire, au British Museum. Un prêt conséquent à un coût hors norme. Mais derrière cet évènement se cache l’histoire d’une ville normande dont le musée est fermé pendant deux ans. Bayeux mise sur l’absence de son œuvre majeure pour continuer d’attirer les visiteurs.
Jusqu’au 11 juillet 2027, la Tapisserie de Bayeux sera affichée dans la Sainsbury exhibitions Gallery du British Museum, à Londres. L’entrée coûte entre 25 et 33 livres selon l’âge et le créneau. Elle est gratuite pour les moins de 16 ans.
Estimé à environ 5 millions de livres, le British Museum affirme prendre seul en charge le coût de l’événement. En cas de dommage sur l’œuvre, le Royaume-Uni s’est engagé à indemniser la France à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros. Nicholas Cullinan, directeur du British Museum, a reconnu qu’il s’agissait d’une exposition environ deux fois et demie plus coûteuse qu’une exposition classique.
L’objectif est de dépasser le record de fréquentation de l’exposition Toutankhamon de 1972, qui avait attiré 1,69 million de visiteurs.
Le musée de la Tapisserie, à Bayeux, a fermé ses portes le 31 août 2025 pour deux ans de rénovation et d’extension. La réouverture est prévue à l’automne 2027. Le calendrier n’a donc rien d’un hasard. La fermeture devient une opportunité.
Le prêt à Londres a été calé sur cette fermeture. L’œuvre, de toute façon invisible pour le public pendant encore un an, permet à la France d’obtenir plusieurs pièces issues du trésor archéologique de Sutton Hoo en échange.
Emmanuel Macron a qualifié ce prêt de « geste d’amitié » afin de « revivifier la relation culturelle entre Paris et Londres.
Depuis son ouverture en 1983, le musée de Bayeux revendique avoir accueilli 17 millions de visiteurs. La fréquentation britannique, elle, s’affaiblit. 85 000 visiteurs par an aujourd’hui contre plus de 100 000 il y a dix ans. Pour la municipalité, l’exposition londonienne est aussi pensée comme une opération de communication.
En attendant la réouverture, Bayeux tente de garder le lien avec ses visiteurs. Des expositions de substitution retraçant l’histoire de la Tapisserie sont parsemées dans toute la ville.
Bien que le projet apparaisse comme un exploit, il ne fait pas l’unanimité. Des défenseurs du patrimoine ont réuni plus de 45 000 signatures dans une pétition pour tenter d’empêcher le départ de la broderie.
Plusieurs restaurateurs français ont également exprimé leurs doutes sur la capacité d’une tapisserie vieille de près de 950 ans à supporter un tel voyage. Plusieurs tests préalables, destinés à vérifier que les vibrations restent sous un seuil critique, ont précédé le véritable transport.
La Tapisserie n’a quitté Bayeux que deux fois en près de 1 000 ans. En 1803 pour Paris, sous ordre de Napoléon. Puis en 1944 en hommage aux troupes alliées.
Mais ce troisième départ n’a rien d’un hommage. C’est un échange de bons procédés. A Londres, le British Museum espère battre un record de fréquentation. A Bayeux, on espère que l’absence de la Tapisserie ne fera pas disparaître la ville des radars touristiques.
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