Si le bruit courait depuis un petit moment maintenant, il est désormais acté que les Rolling Stones publieront le 10 juillet prochain un nouveau disque, Foreign Tongues. Accompagnée de la diffusion de trois morceaux inédits, l’annonce prouve donc, une fois n’est pas coutume, la validité du proverbe selon lequel « pierre qui roule n’amasse pas mousse ».
Alors que nous apprenions il y a quelques jours le décès d’Alex Ligertwood et que le mois de janvier commémorait les dix ans (déjà) de la mort de David Bowie, voilà une nouvelle preuve que tous les caciques de l’histoire du rock ne se sont pas encore avoués vaincus. Annoncé via une vidéo promotionnelle et confirmé lors d’une soirée spécialement organisée mardi dernier, un nouvel opus des légendaires Rolling Stones paraîtra ainsi le 10 juillet prochain. Vingt-cinquième album studio du groupe, Foreign Tongues succède ainsi à l’assez oubliable Hackney Diamonds, qui avait rompu une disette de dix-huit ans (exception faite d’un album de reprises, Blue and Lonesome, paru en 2016). Aussi agréable puisse-t-elle être, l’annonce n’est cependant qu’une petite surprise, les rumeurs s’étant récemment intensifiées suite à la publication d’un single intitulé « Rough and Twisted » et signé d’un pseudonyme récurrent des Stones, The Cockroaches.
Déjà réjouis par le seul retour de leurs octogénaires favoris, les amateurs de rock ne peuvent par ailleurs que se délecter du casting réuni sur le disque. Ainsi, au noyau dur constitué par Mick Jagger, Keith Richards et Ron Wood viendront s’ajouter Paul McCartney (dont le nouvel album sort d’ailleurs le 29 mai), le chanteur Robert Smith, de The Cure, et Chad Smith, batteur des Red Hot Chili Peppers. Plus touchante encore sera la présence fantomatique du regretté Charlie Watts, membre fondateur du groupe, dont nous pourrons une dernière fois apprécier l’élégance sur deux morceaux enregistrés avant son décès en 2021. Notons également le retour à la production d’Andrew Watt, célèbre pour ses collaborations autant avec les plus grands noms de la pop contemporaine (Dua Lipa, Miley Cyrus) que des groupes et artistes confirmés (Iggy Pop, Pearl Jam, Elton John). Une interrogation demeure toutefois concernant la promotion de l’album, aucune tournée n’ayant à ce stade été annoncée.
Du reste, il n’y a sans doute pas à attendre de Foreign Tongues bien plus que le plaisir des retrouvailles qu’il occasionne. S’ils ne sont pas déplaisants, « Beautiful Delilah », « Jealous Lover » et « Mr Charm » demeurent en parfaite conformité avec le registre de prédilection des Rolling Stones, et cherchent davantage à plaire aux fans de la première heure qu’à offrir une quelconque forme d’innovation musicale. Certains pourraient reprocher au groupe sa relative paresse, notamment lorsqu’on la compare à l’audace des récents comebacks de Pulp ou The Cure ; sans nier la chose, nous nous contenterons pour notre part de saluer comme il se doit une telle volonté d’honorer son public, aussi dénuée de tout cynisme qu’honnête dans sa proposition. À l’heure où la production musicale semble écartelée entre la répétition ad nauseam des éternelles mêmes formules commerciales et l’invasion progressive des créations par IA, une telle vitalité ne mérite sans doute pas d’être dédaignée, ni résumée à un simple sursaut d’orgueil de vieilles gloires que l’on aurait tirées de leur retraite. Paru en 1973, Goats Head Soup s’ouvrait sur l’incroyable « Dancing with Mr. D », provocation débonnaire adressée à celle qui nous emportera tous ; près d’un demi-siècle plus tard, il ne semble pas que ce ballet s’arrête de sitôt, et ce pour notre plus grande joie.
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