Nouvelles venues dans l’indie-folk contemporain, les sœurs Sarah et Julia Nauta ont supprimé le « et » de leur patronyme pour affirmer qu’à deux elles ne forment qu’une seule et même voix, ou voie. En perspective de leur premier album et d’un concert à Paris, portrait d’un duo qui s’impose comme l’un des phénomènes les plus convaincants de l’indie-folk actuel.
Depuis quelques années, les duos féminins en famille fleurissent pour notre plus grand bonheur. Le mouvement avait été lancé par les sœurs suédoises de First Aid Kit, relayé ensuite par les HAIM, Larkin Poe et bien d’autres. Toutes officient dans des styles distincts, mais un fil rouge les unit : une identité vocale immédiatement reconnaissable, marque d’une personnalité musicale pleinement assumée. Venu d’Amsterdam aux Pays-Bas, SarahJulia s’inscrit dans cette filiation tout en cultivant sa singularité.
C’est par crainte de transmettre sa propre timidité que leur mère, grande admiratrice de Cat Stevens et de Jim Croce, inscrivit ses filles dès leur plus jeune âge dans la chorale pour enfants Kinderen voor Kinderen. Rapidement repérées, elles apparaissent dans des séries et des films, tout en publiant plusieurs singles pop à destination du jeune public.
Il faudra attendre 2019, alors qu’elles ont tout juste vingt ans, pour qu’elles choisissent de consacrer leur énergie commune à une carrière musicale et se lancent dans l’écriture de leurs propres chansons.
« Je ne me souviens plus vraiment de ce que c’était de commencer à partager avec toi. J’ai l’impression qu’on a toujours fait ça, donc ce n’était pas un grand pas. » Sarah

Bien que n’étant pas centrées sur les instruments de musique, Sarah tient le plus souvent la guitare et Julia les claviers. Dès leur premier EP sorti en 2024, How Do We Go Back To Being Normal?, c’est la fusion vocale qui s’impose au premier plan. Le style est folk, mais dépourvu de l’influence americana que l’on retrouve chez First Aid Kit. L’accompagnement minimaliste amplifie la prédominance de la voix, dans une approche frôlant l’a cappella. Elles ont travaillé avec Will Knox, figure inévitable de la scène néerlandaise, qui les a aidées à définir leur identité musicale.
Le second EP, l’année suivante, « Only making it worse », produit par l’Australienne Catherine Marks, confirme leur orientation musicale tout en s’ouvrant à des sonorités plus pop, avec des couleurs Haïm bien senties, notamment sur « Use a friend », une réussite indiscutable qui montre leur richesse de composition.
Leur premier concert en tête d’affiche, à l’Omeara de Londres, confirme ce que l’on pressentait : elles savent remplir une salle avec un public venu spécialement pour elles, et ce, bien au-delà des frontières néerlandaises.
À l’automne 2025, les deux sœurs ont fait la route d’Amsterdam jusqu’à Woodstock pour enregistrer avec Philip Weinrobe, producteur attitré d’Adrianne Lenker, de Big Thief et de Florist. En six jours, installées dans un état d’esprit presque monacal, elles ont gravé douze titres avec un groupe de musiciens largement inconnus du grand public. Depuis janvier 2026, elles nous distillent les résultats de cette retraite créatrice, et le bond qualitatif est saisissant. « My Love Language », « Bigger Picture », « Conversation » aux accents mitchelliens: ces titres ne s’autorisent ni l’étiquette indie ni le confort du format pop. On est dans un territoire proprement SarahJulia, soutenu par une orchestration plus fournie qui ne rompt pas avec la prédominance de leur fusion vocale. On sent une nouvelle respiration à l’œuvre, celle d’un duo qui grandit et qui le sait.
Même si elles s’expriment en anglais, leur caractère hollandais transparait à chaque chanson.
« L’écriture de chansons (…) nous a rapprochés. Surtout parce qu’à ce moment-là, nous faisions face à un changement dans notre dynamique familiale et nous avons vraiment traversé cela ensemble, donc je pense que cela nous a permis de nous connecter plus profondément. » Julia
Elles demeurent discrètes sur l’épreuve familiale qu’elles ont traversée et qu’elles évoquent dans leurs chansons. L’usage systématique de la première personne confère à leur écriture une frontalité très hollandaise dans l’exposition des émotions. Pas de storytelling construit ni de distance poétique : juste un vécu brut, sans fiction ni détour, qui crée une intimité immédiate avec l’auditeur.
« La chanson « Bigger Picture » sert de mantra pour nous. Cela nous garde ancrés et présents. Nous avons tendance à nous perdre dans nos pensées, à vouloir tout contrôler, mais cette chanson nous rappelle de faire confiance au destin et au processus. » SarahJulia
Leur premier album The Fear That This Is Real sortira le 9 octobre chez Nettwerk. Nul doute qu’il s’agira d’une étape majeure dans leur trajectoire.
Elles entament une tournée de promotion qui fera étape à Paris le 21 novembre. Au vu de leur popularité croissante et de la jauge limitée de la salle, il est vivement conseillé de réserver ses places sans tarder. Un concert qui s’annonce très « Real ».