Jusqu’au 10 octobre à la Manufacture des Abbesses, Loris Freeman incarne, sous la direction de Thierry Harcourt, un travailleur du sexe qui se confie quelques minutes avant d’entrer dans sa cage de verre. Derrière le corps sculptural, la peur, la solitude et le besoin de sécurité d’un homme fragile.
Juste avant son entrée en scène, dans l’obscurité et la familiarité du club sombre où il travaille, un homme parle de lui. Juste avant de se caresser pour « s’apprivoiser », comme il dit, il nous partage sa peur, son immense peur qui lui ralentit la vie. Une peur qui a inquiété sa mère jusqu’à ce qu’elle en meure. Une peur qui le sépare des autres aussi. Et de petit boulot en job d’homme-sandwich, on lui a proposé ce job : se masturber et se montrer à un public qu’il ne voit pas derrière sa vitre, quinze minutes par heure.
Sur une scène à peine esquissée, en peignoir comme un boxeur, ce grand sportif qui soulève de la fonte jusqu’à crier de douleur nous parle de ses déceptions, de ses limites aussi. Travailleur du sexe, il ne supporte pas de sortir de sa cage de verre, par peur de se faire flouer sentimentalement dans des bars et par crainte, toujours vive [?], de se faire exploiter sur pellicule, ou sans paroi face aux clients.
Derrière l’objet de désir sculptural, la voix chaude et grave de Loris Freeman nous donne accès à l’intimité d’un homme qui lutte avec sa masculinité et ses sentiments. Travailleur du sexe, âme assoiffée de reconnaissance et petit garçon courant sur la plage, le grand apollon est avant tout un être sensible, fragile et exploité, qui voudrait un peu de sécurité et rêve de retraite à la campagne. Dans une lumière mesurée et sur une musique singulière, cette confession haletante touche au cœur. Un texte à la fois étonnant et élégant, à apprivoiser également dans le cocon parfait de la Manufacture des Abbesses.
La Solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène, Manufacture des Abbesses, du 26 août au 10 octobre 2026, du mercredi au samedi à 19h. Réserver
Texte : Paul Van Mulder. Mise en scène : Thierry Harcourt. Avec Loris Freeman. Assistante à la mise en scène : Paloma Duchesne. Musique originale : Anne-Sophie Marien-Freeman et Jérémy Raux.
Visuel : Alex Pixell