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« Hamlet » : Johan Simmons explore l’humaine condition

par Julia Wahl
12.03.2026

Le metteur en scène néerlandais Johan Simons explore un Hamlet contemporain, incarné par la comédienne Sandra Hüller (Toni Erdmann, Anatomie d’une chute…). Une appréhension fortement symbolique de l’histoire du prince de Danemark.

Après Clotilde Hesme chez Catherine Jatahy et, bien avant, Sarah Bernhardt, c’est à nouveau une femme qui s’empare du rôle de Hamlet, la comédienne Sandra Hüller. Il n’y a là rien de surprenant, ni même de féministe : ce personnage de prince tourmenté, qui se demande avec inquiétude s’il y a plus de noblesse d’âme à faire face aux coups du sort qu’à les accepter, a des aspects traditionnellement attribués au féminin.

« Er est allein »

Là n’est donc pas l’originalité du propos du metteur en scène. C’est bien plutôt dans le découpage du texte de Shakespeare qu’apparaît sa pâte. Si l’essentiel des grandes tirades est présent, les coupes sont nombreuses et recentrent plus encore – s’il était possible – l’action autour du personnage-titre. Mais s’agit-il vraiment d’action ? Peut-être les termes d’interrogation ou d’exploration sont-ils plus justes : personnage central de la pièce, Hamlet n’est, dans cette version, pas aussi présent sur scène que l’on aurait pu l’imaginer. Il devient surtout un objet de discours dans la bouche des autres, la mère adultère, l’oncle criminel et les amis prétendus. Et, toujours, un même diagnostic qui semble extrait d’un manuel de psychologie du XXe siècle : Hamlet est fou et, s’il est fou, c’est parce qu’il est seul.

 

Cette solitude revient d’un bout à l’autre de la pièce à la manière du refrain d’un rondeau. « Er est allein », la même phrase, sans aucune variation, devient rapidement verdict autant que diagnostic : s’il est seul, il est certes fou, mais surtout dépourvu de soutien et peut alors être tué sans crainte. Son amour pour Ophélie (Gina Haller) – dont il y aurait bien sûr, de nos jours, fort à dire – est lui aussi réduit à une névrose due à cette solitude qui le contraint à chercher compagnie. 

« Ich will eine Maschine sein »

Pour autant, l’on ne saurait réduire le Hamlet de Simons à une pure étude psychologique. D’une part, on l’aura compris, l’analyse psychologique est surtout une excuse que se donnent les conspirateurs et conspiratrices ; d’autre part, la scénographie crée un espace aussi froid et mathématique qu’un algorithme. Un plateau d’un blanc mat encadré de rehaussements noirs, des boules métalliques parfaitement alignées et, au centre, un étrange pendule auquel sont accroché·es une immense lampe ronde et blanche à un bout, une large plaque cuivrée à l’autre bout. Qu’il décrive un cercle, et voilà que le son fait le tour du public de façon, lui aussi, circulaire. Roue de la fortune moderne ou métaphore d’une psyché inquiète, ce cercle de cuivre et de lumière signifie par sa seule présence la tentation du repos, loin de tout sentiment humain.

 

Car si Hamlet, ici, veut être une machine, c’est autant par référence à l’œuvre de Müller que par lassitude d’un monde où les humain·es prétendu·es sont les véritables bêtes. « Er ist ein Tier » disent, de Hamlet, les comploteurs·rices : ne parlerait-iels pas plutôt d’ielleux ? A travers Claudius (Stefan Hunstein) et Gertrude (Mercy Dorcas Otieno), c’est donc toute l’humaine condition que Johan Simons met en scène et en voix, en une réflexion en image et en son qui ne joue ni la facilité, ni la simplicité, mais s’adresse à l’esprit critique du public.

Hamlet, mise en scène de Johan Simons, à partir du texte de Shakespeare et des extraits de Hamlet-Machine de Heiner Müller. Aux Amandiers jusqu’au 15 mars.

 

Visuel : © JU-Bochum