09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    08.04.2026 : la programmation du festival d’Avignon 2026
Agenda
Dossiers
Scènes
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact
11.04.2026 → 13.04.2026

Psicofonia – Silences d’Espagne : quand l’art est au service de la lutte contre l’oubli

par Angelyne Vaillant
13.04.2026

Jusqu’à ce soir au Théâtre de la cité internationale mais bientôt en tournée dans toute la France et à retrouver cet été à Avignon pour le festival Off, Psicofonia – Silences d’Espagne de Faustine Noguès nous invite dans sa quête de la vérité au sujet de la Guerre Civile espagnole, dans un spectacle sonore immersif, mêlant humour, fantaisie et politique.

Le fantôme comme archive historique

Comme l’indique le nom du spectacle, la pratique de la psicofonía occupe une place centrale dans cette création. Cette démarche consiste à enregistrer le silence de lieux dits « hantés » afin d’entendre des présences invisibles, souvent perçues par le grand public comme des manifestations fantomatiques. Si l’approche peut surprendre, elle permet d’introduire avec justesse un pan majeur de l’histoire de l’Espagne : la guerre civile.

Elle-même d’origine espagnole, Faustine Noguès se sert des psicofonías pour retracer cet événement sombre. Elle s’interroge sur cette période dont elle n’a pas les clés. Après avoir demandé à son grand-père de lui raconter son vécu, en vain, elle décide de se rendre directement sur place. Sa quête l’amène à Belchite, une ville célèbre pour avoir été le théâtre de l’une des batailles les plus symboliques de la guerre d’Espagne. Pris et repris à de multiples reprises par les nationalistes et les républicains, le village fut complètement détruit lors des combats d’août et septembre 1937. Plutôt que de le reconstruire, Franco a préféré bâtir un nouveau bourg, Belchite Nuevo, laissant les ruines de Belchite Viejo intactes pour en faire un exemple des prétendus excès républicains. L’objectif de Faustine Noguès : enregistrer une psicofonía dans une grotte de cette région de Saragosse.

Nous la suivons dans cette aventure grâce aux casques audio, qui nous font entendre le bruit de ses pas et ses discussions avec l’ingénieure du son qui l’accompagne. Lorsqu’elle nous fait écouter sa psicofonia, on y discerne une présence très déstabilisante. Mais au-delà de l’aspect fantastique de ce dialogue avec les morts, l’autrice utilise ces fantômes pour éclairer la situation de l’Espagne entre 1936 et 1939, et plus largement jusqu’à la mort de Franco.

Une amnésie traumatique transmise de génération en génération

Malgré ce voyage, Faustine Noguès se heurte à un phénomène d’amnésie : elle réalise qu’elle ne garde aucun souvenir de ses recherches. Ce blocage n’est pas anodin et reflète une réalité historique concrète. En 1977, une loi d’amnistie fut votée pour favoriser l’oubli, effaçant aussi bien les arrestations d’opposants politiques que les actes barbares des partisans franquistes. En Espagne, la guerre civile reste un sujet tabou. Faustine Noguès va donc à la rencontre d’étudiants espagnols qui confirment ce constat : grâce aux enregistrements, on découvre que les jeunes n’apprennent quasiment pas ces événements à l’école.

Elle va jusqu’à incarner les récits traumatisants de son grand-père, à l’image de ce jour où il a vu sa propre grand-mère se faire tondre sur la place publique par des franquistes pour l’humilier devant toute la ville. Elle intègre également des témoignages de survivants, comme celui d’une femme partie s’exiler en Belgique, qui a décidé, après la fin du régime, de revenir déterrer les corps de ses ancêtres tués par les franquistes dans les fosses communes.

Entre quête intime et théâtre documentaire

Ce spectacle nous donne l’impression d’assister à un documentaire vivant. Ce spectacle brouille les frontières entre la scène et le réel, nous donnant l’impression d’assister à un documentaire en train en fabrication. En plaçant le spectateur dans une posture d’écoute active via le casque, Faustine Noguès transforme le public en complice d’une enquête. Ce dispositif sonore ne sert pas uniquement à créer une ambiance ; il devient une preuve matérielle, un enregistrement qui tente de capter les échos d’un passé oublié. Cette approche rappelle la pièce « Sur tes traces » de Gurshad Shaheman et Dany Boudreault, qui explore elle aussi les multiples facettes du théâtre documentaire pour sonder les racines et les silences de l’histoire.

Notre dossier Avignon 2026

Le 10 et 11 mai au Théâtre d’Aurillac

Du 4 au 25 juillet au Théâtre des Halles dans le cadre du festival Off d’Avignon

Visuel : ©Christophe Raynaud de Lage