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« Seek Bromance », la rupture de Samira Elagoz

par Amélie Blaustein-Niddam
19.03.2026

10 ans après le choc de Cock, Cock… who’s there ?, nous retrouvons la puissance et l’intelligence de Samira Elagoz, cette fois sur la scène de l’Odéon. Toujours à vif et toujours en vidéo, il nous entraîne dans un road trip en plein Covid, au cœur d’une histoire d’amour qui l’a lourdement marqué, pendant quatre heures très intimes.

 

 « J’aurais aimé que tu réfléchisses à la féminité et à la masculinité »

Avant de commencer cette critique, il faut rappeler à quel point la performance est le canard boiteux de la famille du spectacle. Mis à part à la Ménagerie de Verre ou au Point Éphémère, rares sont les lieux qui lui donnent de la visibilité. Et voilà que, depuis son arrivée à la tête de l’Odéon-Théâtre national de l’Europe, l’un des six théâtres nationaux, Julien Gosselin a décidé d’embrasser la diversité des formes et de répondre totalement à sa mission de programmer à échelle internationale. C’est comme cela que Suzanne Kennedy a clos l’année 2025, par exemple, et que Cock, Cock s’est retrouvé reprogrammé, dix ans après sa création, enfin sur une immense et prestigieuse scène. Cela est essentiel sur le fond, pas uniquement du point de vue esthétique, car le théâtre doit rester en perfusion avec ce qui préoccupe les artistes du moment.

Et donc, nous voici face à un immense écran qui occupe tout le cadre de scène dans son fond, soit plus de dix mètres de long. Lui est assis sur un fauteuil, face à l’écran, sur lequel, on imagine, il voit ce que nous voyons. Le film se lance, lui se tait. Il va intervenir en commentateur, régulièrement, pour accompagner, un peu, ce qu’il nous donne.

« Qu’est-ce que tu as gagné en devenant un homme ? »

Sur la première image, nous voyons Samira Elagoz – Lion d’argent à Venise en 2022 tout de même pour cette œuvre – au début de sa transition de genre. Son corps ressemble à celui d’une femme et il semble vouloir mettre cela en scène. Il se trouve dans une chambre d’hôtel face à un miroir entouré de néons. Il se cambre et son image se multiplie à l’infini, comme une mise en abyme de son ancienne identité. Il tient une seringue et, lascivement, va se piquer jusqu’à laisser apparaître un point rouge sur sa fesse. L’image est parfaitement fascinante. On le comprendra plus tard, elle n’est pas à sa place chronologiquement. Seek Bromance nous raconte une vieille histoire, celle d’un amour éternel et banal qui affronte tous les jours tout le bien, tout le mal. Le lien entre Dalida et Samira ? La douleur, voyons ! Il nous raconte donc, enfin nous voyons donc, son histoire avec un certain Aris, qui s’est avéré être un faux profil sur Facebook. Nous sommes en 2019. La discussion se prolonge et l’attirance se fait réelle. Samira décide de rejoindre Cade, la pandémie commence et iels choisissent de se confiner ensemble à L.A. Et nous voilà, nous Parisien·nes, six ans après les faits, plongé·es, immergé·es dans les USA vidés, pris·es dans un huis clos en trio entre Cade, Samira et la caméra. Samira va en effet filmer Cade presque non-stop : « 60 heures d’images». Iel est à ce moment avancé dans sa transition, on découvre une personne attachante qui lutte entre sa vision de la masculinité et l’effet de la testostérone sur son désir.

« Je veux juste faire l’amour avec quelqu’un que j’aime »

Les voir ensemble tient des mythes les plus grands de la littérature. Ces deux-là défient le genre à la fois de la passion et de ce qui est attendu lorsque sont prononcés les mots féminin et masculin. Nous voici face à cette idylle sublime qui passe par tous les états du doute, de l’angoisse et de l’amour pur. Samira fait des allers-retours au sens très concret du terme, nous sommes souvent à bord de la voiture qui roule, notamment jusqu’à un désert où le duo performe pour transcender l’idée de sexualité normée. Cela donne des images d’une force inégalée, comme ce baiser, les visages bandés comme chez Magritte, ou bien cette tétée de Samira au sein de Cade, pour devenir vampire. Car ces deux-là ont tout essayé ensemble, jusqu’à boire leur sang pour connaître le goût de l’autre.

« J’ai peur de ne pas être damné »

On voit un nombre important de pièces ayant pour thème la transition de genre et les effets de celle-ci sur son identité. Samira Elagoz n’essaye pas de faire un cours à la façon d’Océan, ni un stand-up (triste) comme Laurène Marx. Il est encore ailleurs. Son médium, c’est la caméra. Dans Cock, Cock, alors qu’il était encore elle, il entrait en relation en direct avec des hommes sur des sites de rencontres ou Chatroulette à l’époque pour les séduire. Cela lui permettait de se réapproprier son corps après son viol. Seek Bromance est en rapport avec cette précédente pièce. Là encore, il cherche à se retrouver. Pas mal de scènes portent sur la fermeture de son vagin, sur la dichotomie entre son esprit et son sexe.

« J’ai fait le choix d’être masculin »

Seek Bromance place le médical au cœur du récit, ce qui est particulièrement vif à L.A. On apprend que le père de Cade est chirurgien esthétique et que c’est lui qui l’a opéré, remuant au passage son envie à lui de donner naissance à un garçon. Les Grecs ne sont pas loin : Samira filme Cade s’identifiant à un satyre et à un damné, le buste marqué de traces rouges. La caméra oscille entre des plans très construits et d’autres en apparence plus libres, ce qui, au bout du compte, nous donne la sensation d’avoir été lui et iel. Cette question est centrale dans la pièce : dans une histoire d’amour, souhaitons-nous devenir l’autre ? Samira Elagoz a commencé sa transition parce qu’il était confiné avec Cade, rendant la pénétration de l’aiguille et les injections d’hormones érotiques. On ne vous dira pas comment cela se termine. On vous dira que c’est une chance immense que le public français puisse se frotter à la force d’écriture de Samira Elagoz, car, pas si loin d’une Carolina Bianchi dans le fond, il déploie un univers identifiable, d’une beauté folle, qui vous scotche et vous bouleverse. Dans Seek Bromance, Samira Elagoz transforme l’écran en chair à vif, piquée, vidée et renouvelée.

Du 18 au 22 mars à l’Odeon-Berthier

Informations et réservations

Visuel:© Samira Elagoz