Les ailes du désir, est un opéra résolument moderne composé par Othman Louati sur un livret de la dramaturge Gwendoline Soublin adapté du film de Wim Wenders, chef d’œuvre du cinéma allemand et récompensé au festival de Cannes de 1987. La collaboration entre l’association la co[opéra]tive et la compagnie de création lyrique «Miroirs étendus» aspire à créer un opéra vivant, renouvelé et ancré dans le monde contemporain.
Jamais. Niant les conventions, Les ailes du désir entend réinventer l’opéra, en puisant racine dans le septième art. Faisant fi des pratiques traditionnelles, texte, mélodie et mise en scène sont pour le moins déroutantes. Pour les plus avant-gardes, l’opéra, enfin, cesse d’être le sempiternel ânonement de pièces révolues et enterrées. Gwendoline Soublin, Othman Louati et Grégory Voillemet (metteur en scène) proposent quelque chose de nouveau. Sous couvert d’une esthétique quasi abstraite, l’opéra puise dans le film de Wim Wenders, qu’il est d’ailleurs plus opportun de connaître pour véritablement l’action.
Deux anges seuls déambulent dans le Berlin des années 1980, et recueillent les monologues intérieurs de leurs protégé.e.s égaré.e.s. Il y a la mendiante désabusée, le garçon innocent, la femme à la maternité blessée, le vieil oncle hanté par ses obsédants souvenirs, et surtout, surtout la trapéziste sans le sou, dont l’ange Damielle tombe éperdument amoureuse. Elle décide alors d’embrasser la condition humaine afin de goûter à l’amour. Assurément cette pièce n’est pas pour le tout public. Décalé, absurde, l’enchaînement des actions manque parfois de limpidité et les non averti.e.s peuvent ressentir des longueurs.
Sans prétendre plaire à tous, la mise en scène de Grégory Voillemet a de quoi marquer les esprits… Car les 7 chanteureuses ne sont pas seul.e.s sur scène et interagissent avec les marionnettes de Amélie Madeline. Les pantins se meuvent avec une étonnante facilité, maniés avec dextérité par les marionnettistes tout de noir vêtu, que l’on oublierait. L’aisance maladroite des poupées quasi grandeur nature laisserait presque soupçonner une once de vie, mais le regard vide et les visages grotesques n’ont d’humain que les traits. Tandis que les spectateurices sont happé.e.s par cet expressionnisme silencieux, les chanteureuses déclament leur texte, légèrement en retrait.

La cantatrice Marie-Laure Garnier incarne Damielle. Révélation artiste lyrique aux Victoires de la musique classique 2021, elle s’est également fait connaître pour avoir chanté la Marseillaise sur le Champ de Mars à la fête du 14 juillet en 2023. Quant à l’orchestre, il interprète un étonnant dialogue désaccordé entre les voix divines et les voix humaines. Jouant sur les fractions et les dissonances, certaines déclamations prennent parfois des airs de plaintes criardes… à prendre ou à laisser. Spectateurs avertis en quête de surprise et de réflexion, l’horloge tourne, car l’opéra est donné seulement encore deux soirs à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet.
Informations pratiques :
Représentée pour la première fois sur la scène du Bateau de feu à Dunkerque en novembre 2023, la pièce s’invite à Athénée Théâtre Louis Jouvet pour sa deuxième tournée. 12 à 38 €, durée : 1h40
Samedi 14 février, 20h
Dimanche 15 février, 16h
Crédits photo :
© Christophe Raynaud de Lage