Le 17 mars à l’Onde, Sarah Crépin et Étienne Cuppens ont présenté « le spectacle qui n’existe pas », réunissant danse contemporaine et narration. Lors de la représentation, le public a été transporté dans un univers imaginaire imprévisible.
Mis en scène par Sarah Crépin et Étienne Cuppens, « le spectacle qui n’existe pas » annonce d’emblée un paradoxe intrigant : comment un spectacle ne peut-il pas exister, s’il est joué devant un public ? Entre danse contemporaine et narration théâtrale, cette proposition singulière brouille les repères du spectateur et l’invite à participer à la création de ce qu’il perçoit.
Cette performance est délivrée par la compagnie La BaZooKa, fondée en 2002 par Sarah Crépin et Étienne Cuppens. La compagnie a pour habitude de créer des projets ludiques, où la danse se marie avec les arts visuels. Parmi les interprètes, on retrouve notamment Alek Boff, Louis Chevalier, Sarah Crépin & Julien Flament.
Loin d’être un spectable ordinaire, l’œuvre se construit à partir d’une succession de visions fragmentaires et inattendues. Les scènes apparaissent et disparaissent comme dans un rêve fiévreux, entre le réel et l’imaginaire. Plusieurs personnages occupent une place importante dans le récit, mais ne foulent jamais la scène. Tout existe dans les dialogues et la suggestion visuelle, ce qui permet à l’esprit du public de compléter lui-même l’histoire.
Sur scène, trois danseurs et une danseuse, vêtus de combinaisons donnant l’illusion de la nudité, prennent la parole à tour de rôle. Ils racontent une histoire ponctuée de flashs abracadabrants, avec des apparitions improbables : un ours surgit en rythme burlesque, la Joconde fait son apparition, et Vladimir Poutine apparaît en mini-dictateur dans des scènes comiques.
Le spectacle assume son absurdité et l’hallucination collective prend vie. On se sent à la fois complice et témoin d’un rêve étrange, voire parfois d’une terreur nocturne. L’histoire n’a pas vraiment de structure et part dans tous les sens. Mais cette absurdité fascinante devient elle-même une sorte de fil conducteur. Elle déstabilise, amuse et captive, donnant au public un sentiment de surprise étrange.
Cependant, sur le plan chorégraphique, l’aspect technique n’est pas le centre de la performance. Les mouvements sont simples, parfois volontairement maladroits, comme des gestes de bassin légèrement ridicules et des postures grotesques. La danse sert ici un objectif purement humoristique. Elle se combine avec le texte et les personnages, le tout faisant travailler l’imagination du spectateur.
Ce qui rend le spectacle particulièrement vivant, c’est la manière dont les artistes cherchent constamment à stimuler le public. Plutôt qu’une interaction directe, ils instaurent un dialogue subtil. Chaque mouvement semble vouloir provoquer une réaction. Ils incitent le public à devenir, à son tour, acteur de la représentation, contribuant à construire ce monde hallucinatoire à partir de ses propres visions et émotions.
L’humour décalé, la répétition et la simplicité de la mise en scène rendent le spectacle accessible à un large public. Bien qu’il soit adapté dès le collège, il touche également les adultes grâce à ses références politiques au monde actuel. En effet, le contraste entre gestes comiques et moments plus silencieux, crée à la fois un moment unique, et une expérience inoubliable.
© Faustine Verthier
© Roger Legrand