Après un week-end d’ouverture festif en guise de preview, l’édition 2026 du Festival Paris l’été a officiellement ouvert hier soir, au Jardin des Tuileries où une partie du Festival se déroule en commun avec le Festival des étés du Louvre. Et, à 19h, alors qu’il faisait encore jour et chaud, Camille Chamoux, Vincent Dedienne et Léopoldine HH ont donné pour la première fois à Paris le spectacle drôle, tendre et autobiographique « 8 soirs par semaine ». Un bonheur !
Alors que des chaises du Luxembourg sont disposées en guise de scénographie sur la grande scène, après la présentation des festivals par le binôme qui dirige Paris l’été, Marie Lenoir et Thomas Quillardet, et par le Directeur de l’auditorium et des spectacles du Louvre, Luc Bouniol-Laffont, c’est le clown Léopoldine HH, avant la musicienne, qui fait son apparition sur scène. Elle porte une robe verte lamée à traîne, un brin trop petite. Elle sera le piano, les chansons et la voix off de cette soirée tendre et drôle. Et elle commence par nous partager l’échange des trois comparses quand elles et il apprennent que leur spectacle aura lieu à Paris l’été.
Ils posent la question de leur entrée en scène : nu·e·s comme Vincent Dedienne dans son show ? Ou bien au son des trompettes comme à Avignon ? On prend un inconnu dans le public qui relève le défi et entonne les trompettes de Jean Vilar. Camille Chamoux et Vincent Dedienne arrivent bel et bien habillé·e·s, en couleurs claires et débardeurs élégants.
Ils nous lisent les messages qu’ils se sont échangés la dernière semaine de mars 2023, alors que l’une et l’autre devaient jouer huit fois en une seule semaine. Défilent alors les journées où les lits de leurs chambres d’hôtel souvent génériques les happent, leurs soirées où ils demandent de l’écoute (mais pas trop, du rire aussi) et une place dans le monde à des salles variables, même lorsqu’elles sont situées à quelques kilomètres, et surtout l’épreuve physique d’enchaîner les seuls en scène. Loin de son Chamouxland naturel et urbain, Chamoux multiplie les nuits très courtes, réveillée pour voir ses enfants avant le départ à l’école et incapable de redescendre après l’adrénaline de la soirée. Dedienne erre le soir à la recherche d’un restaurant et observe les générations se croiser dans le foyer de certains théâtres.
Les deux complices nous emmènent ainsi dans les coulisses de leurs tournées, là où on met du pâté sur un sablé qu’on trempe dans son café, où les canapés de loges sont parfois Poltronesofà et surtout à un moment où l’humoriste peut passer, en quelques minutes, de reine du monde à la plus grande mélancolie. Il y a la beauté de la lumière et des couchers de soleil, les spectateurices ivres qui viennent poser des questions oubliées, des lectures entamées et/ou finies (une biographie de Thierry Le Luron, une citation de Mauriac, le prix Goncourt de l’année passée) et de jolies remarques sur ceux et celles, abonné·e·s ou pas, qui préfèrent prendre le risque d’un spectacle plutôt que de rester sur leur canapé à regarder Netflix.
L’humour est là, mais aussi la grande tristesse des clowns, avec pourtant beaucoup d’espoir, et cette « grande amitié » entre deux humoristes cultivés est touchante et juste, très joliment relevée par des chansons que le trio chante parfois ensemble — avec chez Vincent Dedienne un très beau filet de voix !
Le public parisien, enchanté, a été à la hauteur du spectacle, et a chaleureusement battu des mains pour saluer les trois artistes…
Visuel : YH