Si on aime le hip hop, on sait qu’un lieu incontournable lui est dédié : c’est la Villette ! En plus de la riche programmation que propose le lieu, trois évènements y sont incontournables : le Freestyle Villette, le Golden Stage et le Plateau Hip Hop ! Cette année, le Plateau est même proposé en plusieurs sessions. On était à la deuxième, où on a pu découvrir le seul en scène de Michel «Meech’» Onomo : Immersive Movement, et MukashiihsakuM de la chorégraphe Valentine Nagata-Ramos.
A première vue, Immersive Movement et MukashiihsakuM apparaissent comme des pièces diamétralement opposées. Dans les danses, les costumes, la mise en scène, la musique. Et pourtant, un fil rouge les lie à une réflexion commune : celle des ancêtres, de la transmission et des générations.
Dans Immersive Movement, on est accueilli par une atmosphère enfumée et le bruit d’une moto. On semble être dans les années 1980-2000, aux prémices du hip hop et de la danse urbaine. On imagine la couleur du béton, l’absence de végétation, un univers très brut alors que rien ne décore davantage la scène. Ces deux codes ouvrent le spectacle et Michel «Meech’» Onomo commence. La pièce est construite en crescendo. L’ouverture est très progressive, avec ses gestes lents, et le beatbox qui compose l’univers sonore. Le corps entre petit à petit. La musique arrive, timide. Elle démarre puis s’arrête. Elle recommence puis se stoppe. Elle entre petit bouts par petits bouts, avant de faire partie de tout le spectacle.
De ses gestes lents et ralentis du début, on évolue vers une prise du corps totale beaucoup plus accélérée. De la rue et du goudron, on passe dans une boite de nuit, seulement imaginée par des spots qui s’ambiancent. Et puis cette scène, aux lumières blanches qui refroidissent le plateau avec sa danse robotique qui aboutissent à une humanisation du danseur dé-robotisé dans de très belles iconographies christiques. Le corps est tantôt pulsé, les respirations s’arrêtent, le corps est saccadé, tantôt libéré sur la piste ou lâché sur des rythmes entraînants. La pièce est un spectacle en plusieurs tableaux mêlant jalons du hip-hop et emprunts afro.
Sur le site de La Villette, le chorégraphe parle d’une pièce qui « explore les dialogues entre danse hip-hop, héritages afro-descendants et pratiques contemporaines, sans hiérarchie, dans une continuité naturelle ». Et c’est vrai ! Pourtant, le spectacle interroge ! On s’en pose des questions : pourquoi la course, pourquoi le motif du cercle, pourquoi pourquoi pourquoi, et puis finalement, on lâche tout et on se laisse porté. Avec ce spectacle, Meech’ – qui créa sa compagnie en 2004 : la Cie Michel Onomo » théorise davantage ses réflexions sur l’idée d’un corps qui transporterait et transmettrait à travers la danse les mémoires, les contemporanéités, et au milieu : les propres bagages, avec leurs cultures visuelles et artistiques, et leurs parcours personnels.
Valentine Nagata-Ramos est une danseuse et chorégraphe bien connue du monde hip hop, car elle en intègre la premier troupe à la fin des années 1990, Blanck Blanc Beur, avant de monter la sienne : Uzumaki. La pièce MukashiihsakuM est à l’image du nom de sa chorégraphe : un spectacle aux résonances plurielles. Le père de Valentine Nagata-Ramos est Japonais, sa mère est Espagnole, son lieu de naissance est le Japon, le pays de son enfance est la France. Dès le départ, une imbrication des cultures qui se cristallise dans un parcours tourné vers le breakdance. Et c’est au break, justement, qu’on rend hommage à la Villette. On retrouve tous les pas au sol qui composent ce répertoire. Et quand ils sont dansés avec lenteur, ils évoquent même parfois la danse contemporaine.
Pourtant, le spectacle a une note bien particulière : celle de la culture Japonaise. La musique retrace les sonorités traditionnelles et les danseurs déforment leur visage pour ressembler à ceux de masques. Le jeu des visages fonctionne à merveille, car il donne une vraie dimension onirique à la scène. Les très fortes expressions qui en ressortent dessinent un univers visuel très abouti à regarder, qu’on pourrait presque se suffire à contempler. Les corps se déforment en ondulations comme le font les fantômes nippons et les mains sont palmés et crochues. On comprend très vite que ce sera l’univers du conte qui prédominera. Mais dans MukashiihsakuM, il sera porté par les personnages les plus effrayants. La pièce est une relecture d’un premier travail destiné au jeune public : Mukashi Mukashi, qui veut dire Il était une fois en Japonais. La pièce était composée de différentes danses comme le krump, alors qu’ici seul le break fait partie du plateau.
Quand on sort de celle de la Villette, on se dit que c’était bien particulier ! On découvre deux mondes qui marchent bien ensemble car la rencontre du break et de la culture nipponne fonctionne, surtout avec les musiques classiques. L’idée est géniale. Les costumes apportent l’étrangeté qu’on attend du conte. La dramatique de l’histoire, portée par des mouvements lents, secs, fait découvrir le break autrement.
Affaires à suivre !
© Daria Senin
MICHEL «MEECH’» ONOMO · Immersive Movement
Danseur, performeur, direction artistique Meech De France Création lumière & régie tournée Emmanuel Gary, Leslie Sozansky Regards extérieurs Iffra Dia, Carmel Loanga Costumière Anaïs Durand Captation & montage Moovance
CoProduction La Villette et Collectif 12 – Mantes-la-Jolie Subventions Département de l’Essonne Soutiens / Accueils en résidence CCNRB – Rennes, Pôle en Scènes – Bron, Ville de Paris, Institut Suédois – Paris 3e, La Fabrique de la Danse – Pantin, Théâtre de Nanterre, Kalypso – Étape Bagneux, Limerick – Irlande Soutiens / Diffusion territoires Bobigny, Sarcelles, Athis-Mons, Too High Spirit Association, Festival Session 2 Style, Festival URBN Show, Visage du Monde – Cergy
VALENTINE NAGATA-RAMOS · MukashiihsakuM
Chorégraphie et direction artistique Valentine Nagata-Ramos Interprétation Bastien Guyot, Emilie Schram et Erwan Tallonneau Création lumière Ydir Acef Composition et arrangement musical Nicolas Guilloteau aka DJ One Up Costumes Alice Touvet Regard complice François Lamargot
Production Les Ailes de l’air Coproductions confirmées Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines (IADU / La Villette – Fondation de France, Paris), Fédération Française de la danse
Avec le soutien de la Maison danse CDCN Uzès Gard Occitanie.Ce projet bénéficie d’un soutien financier du Réseau Danse Occitanie au titre de l’aide à la création ainsi que la résidence au collège Joliot Curie de Aigues-Mortes avec l’aide du Conseil Départemental du Gard Subventions confirmées Région Occitanie : aide à l’accompagnement de projets artistiques dans le domaine du spectacle vivant Soutiens confirmés Auditorium Seynod (Annecy) ; IADU ; CDN Les Tréteaux (Aubervilliers) ; Accueil en résidence Agora, Cité internationale de la Danse / Montpellier Danse + CCN Occitanie avec le soutien de la Fondation BNP Paribas ; ville de Nîmes ; la compagnie bénéficie de l’accueil en résidence de Pôle en Scènes/Centre chorégraphik Pôle Pik ; accueil studio cie Dans6T Soutiens envisagés Adami Subventions envisagées ville de Nîmes ; DRAC Occitanie