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Festival de danse Conversations à Angers : une grande figure du minimalisme à l’honneur

par Marc Lawton
08.04.2026

Lucinda Childs, la célèbre chorégraphe d’Einstein on the Beach était à Angers mi-mars, à l’occasion du festival de danse Conversations, qui se tenait du 12 au 28 mars 2026.

Si de grandes figures de la danse américaines sont passées par Angers comme Alwin Nikolais et Viola Farber, respectivement premier et deuxième directeurs du Cndc (Centre national de danse contemporaine) entre 1978 et 1984, Merce Cunningham y a séjourné pour une résidence ainsi que Trisha Brown, célèbre chorégraphe de la postmodern dance. Curieusement, Lucinda Childs n’avait jamais été invitée à montrer son travail dans la capitale de l’Anjou. C’est chose faite aujourd’hui et on a pu l’apprécier à travers une nouvelle pièce, Stein, dans laquelle elle s’est produite sur la grande scène du T900 du théâtre Le Quai et également lors de la rencontre qui a suivi le même soir.

©Yan Revazov

 

Avant Stein, une reprise de pièces anciennes – il faut souligner ici l’effort fourni par le Cndc quant à toujours inclure dans le festival un volet sur l’histoire de la danse contemporaine – fut présentée, avec trois de ses chorégraphies des années 1970 interprétée par le Dance On Ensemble. Ce répertoire, qui reste très actuel, était complété par une exposition au RU (Repaire Urbain, jouxtant le musée des Beaux-Arts). Là y étaient présentés en continu trois autres pièces de Childs, filmées en noir et blanc il y a une cinquantaine d’années à New York et en Suisse dont deux en plein air. On y (re)voyait deux groupes dansant sur une place et un campus, ainsi qu’un solo de Childs au Kunsthaus de Zürich.

 

Minimalisme is back

 

Ce plongeon dans la danse minimaliste de l’époque, dont Childs est la représentante la plus connue et qui inaugurait le parcours « Abstraction et minimalisme » du festival, a permis de célébrer une artiste de 85 ans qui apprécie la France. On se souvient bien sûr de Einstein on the Beach, opéra de Robert Wilson (1941-2025) dans lequel elle brilla et qui fut créé en Avignon en 1976 sur une musique de Philip Glass (né en 1937). On se remémore aussi Dance, cette pièce monumentale sur deux niveaux où elle retravailla avec Philip Glass et aussi avec le plasticien minimaliste Sol LeWitt qui créa un film grand format avec des danseurs, projeté en même temps que la danse.

 

Sur scène, on a pu donc voir ou revoir Untitled Trio, Interior Drama (un quatuor) et Radical Courses (un quintette), dansés dans le silence par les interprètes tous vêtus de blanc. Le Dance On Ensemble, fondé en 2015 et basé à Berlin, a comme particularité d’être constitué d’artistes âgés de 40 ans ou plus. Ces pièces, qui gardent toute leur fraîcheur, montrent ce qui est la marque de fabrique du « style » Childs, à savoir des parcours dynamiques dans l’espace avec entrelacements de pas répétitifs et tracés géométriques très précis. Sans jamais ennuyer, les danseurs marchent, sautillent, restant à la verticale dans une présence neutre et laissant à la musique et à la combinatoire la tache de captiver le spectateur.

 

Dans les trois films du RU (Calico Mingling, Melody Excerpt et le solo Katema), on touche un autre aspect trop vite oublié de l’artiste : sa participation au Judson Dance Theater, collectif né des rencontres faites avec d’autres danseurs dans l’atelier de composition de Robert Ellis Dunn (1928-1996) au début des années 1960. C’est grâce à ce compositeur, élève de John Cage à la New School et accompagnateur au studio Cunningham, que la démarche du collectif Judson Dance Theater (ainsi nommé à cause des répétitions et spectacles organisée dans l’église Judson Memorial à Manhattan) fut impulsée. S’y croisèrent ainsi, parmi les plus connus, Trisha Brown, Simone Forti, (femme du plasticien Robert Morris), Yvonne Rainer (avec son célèbre No Manifesto de 1965), Lucinda Childs, David Gordon, Steve Paxton (avant qu’il n’invente le contact improvisation), Deborah Hay et aussi la chanteuse Meredith Monk et la performeuse Yoko Ono, ainsi que des musiciens et plasticiens.

 

Le mot d’ordre chez Dunn était ‘Anything goes’ (« Tout est permis ») et les propositions se déroulaient souvent hors studio et sans musique, en rupture avec les usages de la danse moderne de l’époque, en pratiquant notamment l’improvisation. La première manifestation du collectif artistique eut lieu en juillet 1962 mais il faut rappeler que certain·e·s participant·e·s s’étaient déjà rencontré·e·s à San Francisco chez Anna Halprin à la fin des années 1950. Halprin fut une autre pionnière et performeuse essentielle qu’on a hélas tendance à oublier quelque peu et qui simplifia la danse, milita pour le multiculturalisme et l’intergénérationnalité et déclina la notion de task (tâche) dans ses pièces.

 

On baptisa du terme « post-moderne » ce courant novateur dont la danse conceptuelle française des années 1990 est en partie héritière. Signalons que ces expérimentations se déroulaient à New York tandis que simultanément Nikolais et Cunningham s’affirmaient et que Martha Graham continuait de créer et de tourner. Childs fit ses premiers essais dès 1963 et, avant de se lancer dans le répétitif en déconstruisant le vocabulaire classique à partir de 1968, elle avait réalisé des performances mémorables comme Street Dance (le public situé dans un loft élevé voyait la performance se déroulant en contrebas dans la rue par la fenêtre) ou Carnation (solo réjouissant avec ustensiles de cuisine), deux pièces de 1964.

©Yan Revazov

Aurélien Dougé

 

Au RU étaient également présentées en parallèle trois œuvres du danseur et plasticien minimaliste angevin Aurélien Dougé : Sans titre (barre d’acier), Le Banc et Solitaires. Le festival l’a invité pour son travail sobre et dépouillé mettant en relation corps, espace et matière et sans doute aussi pour établir un dialogue avec Childs. On sait que le minimalisme, courant artistique apparu dans les années 1960 aux États-Unis, privilégie la simplicité des formes, la répétition et l’observation attentive du mouvement. Il a trouvé chez des plasticiens comme Carl André, Dan Flavin ou Robert Morris des créateurs fertiles. Ceux-ci opéraient une réaction allant contre l’expressionnisme abstrait qui prévalait alors en peinture en Amérique. En musique, nos lecteurs sont familiers avec au moins une œuvre de Steve Reich, de Phil Glass, mentionné plus haut ou, moins connus, de Terry Riley ou La Monte Young. Ceux-ci, dont la musique fut qualifiée de « répétitive », s’opposaient à des compositeurs comme Aaron Copland ou Leonard Bernstein.

©Cndc d’Angers

 

Si les danses de Childs sont en effet répétitives, les œuvres de Dougé séduisent par une interrogation actuelle du minimalisme. En témoigne le solo tournoyant de Sans titre (2025) voyant le danseur en giration sur lui-même sur un grand plateau blanc carré pendant vingt minutes, tout en manipulant une longue barre métallique de quatre mètres. Sans jamais s’arrêter, à vitesse constante comme un derviche tourneur, il varie insensiblement la position de ses mains et l’orientation de l’objet. Montré sous forme de film au RU, ce solo a été par ailleurs performé plusieurs fois dans le forum du Quai pendant le festival par l’artiste, permettant à de nombreux spectateurs de le découvrir et d’en être intrigué. Solitaires (2026) est une collection de pavés que Dougé a collecté tout au long de ses tournées dans divers pays et dans les villes qu’il a traversées. Rassemblés pour leurs qualités plastiques d’objets ordinaires mais tous différents, ces morceaux de pierre sont exposés sur des socles blancs et éclairés par une lumière zénithale oscillante et aléatoire.

 

Le Banc (2024), enfin, est une installation comprenant un banc d’acier et un imposant tas de sel blanc. À heure fixe, elle peut être activée par deux personnes qui puisent du sel dans le monticule au moyen d’un gobelet métallique, le sel passant ensuite dans un entonnoir. Ce geste est répété pendant trois heures tel un sablier infini et a été assuré par les étudiants de l’école supérieure de danse du Cndc qui se relayaient.

 

Le 14 mars, à l’occasion du vernissage de l’exposition, une visite et une conversation furent organisées entre Dougé et le spécialiste Lou Forster. Celui-ci, commissaire des expositions Lucinda Childs – Nothing Personal 1963-1981 au CND (Centre national de danse) en 2018 et Lucinda Childs – Danser page à la main (actuellement au FRAC Bretagne à Rennes jusqu’au 24 mai) permit au public de rentrer plus avant dans le minimalisme en donnant le contexte de son apparition à New York avec un va-et-vient bienvenu entre performance et arts visuels. L’échange fut passionnant, Dougé expliquant notamment très clairement sa démarche. On peut cependant émettre une petite critique et regretter chez Forster l’absence dans sa présentation de la musique répétitive et certaines approximations, comme celle, concernant le collectif Judson, d’avoir mis comme fondateurs Cunningham (qui ne fit que prêter son studio) et Cage (certes radical et figure tutélaire, mais ce fut son élève R.E.Dunn qui fut le moteur du groupe). Ceux ci ne furent que facilitateurs et non directement à l’origine des expérimentations de 1962-64.

©Cndc d’Angers

Stein et une belle rencontre

 

Revenons à la danse : dans Stein, créée en juillet 2025 à Berlin, Lucinda Childs, qui n’avait plus créé depuis 2013, nous livre une rêverie autour d’un texte de Gertrude Stein (1874-1946), figure littéraire américaine bien connue qui la passionne depuis longtemps. Un texte en voix off et en anglais se mêlait à une création musicale de Hans Peter Kuhn à forte texture aquatique, mêlant sons concrets et piano. Ce dernier signe également la vidéo (projetée sur un tulle géant prenant tout le cadre de scène) et la scénographie. Le texte de Stein (Photograph, 1920), que Childs estime intraduisible et « qui ne suit pas une logique narrative traditionnelle » (interview dans la feuille de salle), échappa en grande partie au public, car non sous-titrée.

 

La danse de la japonaise Miki Orihara, amie de Childs et ancienne soliste de la compagnie Martha Graham ayant travaillé avec Robert Wilson, faisait écho à la présence fantomatique de Childs, positionnée derrière le tulle et assise sur une chaise. Se levant, faisant des entrées et des sorties en coulisse, dansant peu, cette dernière sembla rester à la surface des choses malgré le thème des jumeaux qu’on pouvait lire en filigrane, présent dans le texte et transposé entre les deux femmes qui « fonctionnent parfois comme un miroir l’une de l’autre, dans une relation qui peut évoquer celle de deux êtres étroitement liés », si l’on en croit la chorégraphe. Sans doute trop ambitieuse, avec une chorégraphe diminuée physiquement, la pièce n’a pas convaincu, ne parvenant pas vraiment à faire revivre Gertrude Stein et son texte.

 

Après le spectacle fut proposé au public une conversation croisée entre Childs et Noé Soulier, directeur du Cndc (dont la pièce Les vagues fut reprise pendant le festival et, reprise également et présentée au studio de création du cinquième étage, Organon, pièce interactive son/mouvement et installation/performance avec les étudiants de l’école). Lou Forster les rejoignit et donna à nouveau des éléments de contexte. Écouter cette grande artiste discrète (présentée comme une icône de la postmodern dance) s’exprimer dans un excellent français fut un moment fort et émouvant. Parlant de ses pièces comme de ballets, elle revint sur la période Judson, insistant sur pedestrian, mot caractérisant la démarche des artistes du collectif et voulant dire à la fois piétonnier et quotidien. Childs signala que le groupe se produisait dans des espaces alternatifs (on se souvient des Accumulation Pieces de T.Brown montrées dans des parcs, sur l’eau ou sur des places à même le béton), le plus souvent en silence.

 

Childs évoqua la simplicité revendiquée des propositions de l’époque et le travail avec les verbes d’action et des objets du quotidien pour réaliser ce qu’elle appelle des « ready-made chorégraphiques ». Si elle se servit plus tard du vocabulaire classique, ce fut de manière très réduite et en le mêlant au geste quotidien : « Il n’y a pas de vocabulaire Lucinda Childs, affirma-t-elle, mais un style, oui ! ». Elle termina en répondant à quelques questions du public et en disant : « Mes danseurs reproduisent le même spectacle, mais ils sont libres et sont différents chaque soir ».

Visuel : ©Yan Revazov