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Festival d’Avignon : Growing Piece, Madeleine Fournier fait résonner le souffle de la faune en péril

par Amélie Blaustein-Niddam
10.07.2026

Au Festival d’Avignon, en collaboration avec le CDCN Les Hivernales, la danseuse et chorégraphe Madeleine Fournier part du mythe des Héliades pour incarner l’urgence climatique et faire strider nos tympans afin de sonner encore plus fort l’alerte.

Une apparition venue de la mythologie

Petit rappel : dans la mythologie grecque, les Héliades sont les filles d’Hélios et de Clymène. Elles sont également les sœurs de Phaéton. À la mort de celui-ci, elles se montrèrent inconsolables, le pleurant sans cesse, de sorte que leurs larmes se solidifièrent en ambre et qu’elles-mêmes se changèrent en peupliers ou en aulnes.

Comment cela se traduit-il au plateau ? Avec une belle apparition.

Mais avant, il faut dire que la pièce est un pas de deux entre un musicien, Julien Desailly, et la danseuse Madeleine Fournier. Lui a un look de folie, un poil SM : débardeur en latex, augmenté d’une manche transparente blanche et bleue, d’un short lui aussi accompagné de voiles et d’une ceinture noire. Il a le crâne tatoué d’une trace azur. Pour le moment, il fait sonner le seul souffle de sa cornemuse, mais vite, il va nous en mettre plein les oreilles de ce son très particulier, strident et inconfortable, parfait pour dire que la planète crève, à nous, là, assis dans une salle climatisée, alors que dehors l’air est irrespirable (et il n’est que 10 heures du matin).

Une plante en deuil

Ensuite, elle arrive. Elle sort du décor, un grand arc de fleurs imprimées qui descend jusqu’au sol. Elle a l’allure d’une plante morte, toute de noir vêtue, coiffée d’une immense coiffe, le corps emprisonné dans une robe boule surplombée d’une cape. Les costumes de Lou Thonet sont à tomber dans ce spectacle.

Elle va commencer par pleurer, beaucoup, longtemps, avant de se mettre réellement en danse, en latex beige cette fois.

Danser l’effondrement

Elle devient, avec pas mal d’élégance et de pertinence, une tige, jambe repliée vers l’arrière, cheville en branle et mains qui tournent au bout de bras presque gisants. Elle suffoque. Elle devient ainsi toute la faune et la flore, notamment dans un intéressant pas de côté sur deux jambes tendues. Elle crée des images qui ne déplairaient pas à François Chaignaud.

Néanmoins, la permanence de cette musique si aride et si inconfortable, jouée à la perfection, ce n’est pas la question, nous met dans un état de stress et d’inconfort. Nous imaginons que cela est bien volontaire, car il ne faudrait pas que la mort de notre planète devienne un sujet esthétique et confortable comme tant d’autres.

Notre dossier Festival d’Avignon

Du 10 au 20 juillet à 10h- Durée 1H.

Visuel : Growing Piece, Madeleine Fournier, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon