Le futur en course
Un an après avoir investi le parvis du Palais des Papes en 2025 avec la traversée d’un vaste groupe d’adultes amateurs dans
They always come back, elle investit cette fois un autre lieu patrimonial, habitué du Festival d’Automne : la chapelle Saint-Louis de l’hôpital de la Salpêtrière. En arabe,
Nahl signifie « les abeilles », et dès la première image, elles butinent sévère. L’heure est grave, le sol est glabre, rien ne pousse ici. Ils et elles courent à toute allure, tous et toutes âgé·es de 8 à 11 ans, vêtu·es de noir, couleur fétiche de la chorégraphe. Entre les pierres froides, le paysage sonore oscille entre les vagues d’une mélodie marocaine traditionnelle et le flow reconnaissable entre mille de Kendrick Lamar et son tube
Humble.
Humble
Humble, c’est le bon mot. La vraie force de la pièce réside dans sa complexité. Retenir et exécuter une écriture chorégraphique quand on a à peine dix ans est un grand défi. Là où l’on aurait pu s’attendre à la simple continuité d’une transe répétitive,
Bouchra Ouizguen surprend en injectant un vocabulaire direct, ancré dans la culture urbaine : des gestes issus du hip-hop, des portés audacieux à hauteur d’enfant où l’une soulève l’autre par les aisselles en la faisant tourbillonner par exemple, qui transforment l’espace intense de la chapelle en cour de récréation.
Déconstruire la nuée
Plutôt que d’enfermer ces jeunes corps dans le carcan du groupe homogène, la chorégraphe déconstruit et reconstruit sans cesse l’essaim. Parfois, la nuée se dissipe pour isoler les corps et offrir aux plus talentueux et talentueuses des solos très ancrés dans son écriture : les pirouettes se font sur jambes semi-pliées, et les bras flottent sans dépasser les épaules. Ainsi, un petit garçon se retrouve soudain seul sous le dôme, un autre s’échappe le temps d’un duo où l’on se tire à bout de bras avant de réintégrer le groupe. Ce va-et-vient permanent entre l’énergie de la meute et la vulnérabilité du sujet isolé est le fil conducteur de ce tendre
Nahl qui tente d’élever la pratique amateure en acte professionnel sans malheureusement y parvenir pleinement. La sensation d’assister à un spectacle de fin d’année dans une école primaire reste tout de même présente malgré le travail évident et la grande concentration des très jeunes
danseurs et danseuses.
Chemins chorégraphiques
Pensé comme une traversée au long cours, le portrait consacré par le Festival d’Automne à Bouchra Ouizguen déploie la richesse de son univers à travers plusieurs pièces emblématiques de sa trajectoire. Outre l’énergie juvénile de Nahl à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (30 septembre), le parcours se prolonge à Chaillot-Théâtre national de la Danse avec Este Mundo, une ode à la tendresse créée avec les interprètes de la compagnie Dançando com a Diferença (du 8 au 10 octobre). À la MC93 de Bobigny, la chorégraphe investit la scène en solo dans Qunfudh, une quête d’effacement et d’écoute nourrie par la pensée soufie (du 22 au 25 octobre). Enfin, la Ménagerie de verre accueille Sphere / Kurah, une installation et performance conçue avec la réalisatrice Tala Hadid (du 8 au 12 décembre), dessinant ainsi un itinéraire où la danse dialogue sans cesse avec la mémoire des lieux, le chant, l’image et la puissance du collectif.