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Cannes, Quinzaine : « Clarissa », Mémoire, identité et amour font écho à Mrs. Dalloway

par Amber Kinui
17.05.2026

Présenté le 15 mai à la Quinzaine des Cinéastes, Clarissa transpose Mrs. Dalloway de Virginia Woolf dans le Lagos contemporain. Les frères Esiri signent une œuvre lumineuse et politique, portée par Sophie Okonedo, Ayo Edebiri et David Oyelowo. Le prix du public d’Amber Minuit.

Une invitation chez soi

« Le cinéma est la meilleure façon de voyager, et nous vous invitons chez nous. » C’est ainsi qu’Arie et Chuko Esiri ont introduit leur film lors de la projection du vendredi 15 mai au Théâtre Croisette. Clarissa est exactement cela : un fragment d’eux-mêmes, le cinéma nigérian porté au monde à travers une modernisation à la fois éthique et intellectuelle — une considération artistique du développement du pays, dépeint par le biais du drame et de la caractérisation.
Les deux frères, nés à Warri à trente minutes d’intervalle, déjà remarqués à la Berlinale avec leur premier long métrage Eyimofe, conservent ici les mêmes noms et rôles de personnages que Woolf, tout en les ancrant dans un Nigeria vibrant et nuancé.

Souvenirs mélancoliques en 35 mm

Le film s’ouvre sur Clarissa dans un lit entouré d’une moustiquaire, aux côtés d’un jeune homme qui la supplie de ne pas partir. Dans la vingtaine, Clarissa aime nager et avoir des discussions philosophiques avec son petit ami Peter, « le futur auteur du grand recueil de poésie nigériane ». Leur relation semble riche et profonde : elle parle de lui avec fierté, de son écriture, même quand lui-même n’en est pas capable. Pourtant, elle ne résiste pas à l’épreuve du temps : Clarissa voit en Septimus, cadre chez Shell et nouveau venu dans le groupe d’amis, un choix peut-être plus stable et plus favorable à la vie de famille. Ces souvenirs mélancoliques sont rendus avec finesse sur pellicule 35mm baignée de lumière solaire, évocatrice d’une photographie fanée, semblable aux clichés spontanés pris par l’ami Ugo, qui les pousse sans cesse à poser, même dans les moments les plus inopportuns.

La voix de Sally

Dans sa jeunesse, Clarissa est décrite comme quelqu’un de « difficile d’accès » par son amie Sally, interprétée par Ayo Edebiri (qu’on connaît de The Bear), qui est aussi la seule à ne pas avoir peur de la traiter de capricieuse. Sally occupe littéralement de l’espace à table : elle confie ressentir que le mariage, pour une femme, est une rupture de soi, parce que l’ancienne personne disparaît. De manière poignante, Sally lit le mariage au Nigeria comme un symptôme du post-colonialisme, une convention supplémentaire imposée au peuple nigérian, au même titre que leurs accents britanniques. Clarissa la regarde avec de grands yeux amusés durant ses diatribes, partageant des instants de solidarité silencieuse qui paraissent quasiment naturels.

Le monde de Clarissa

En parallèle à la vie de Clarissa se déroule celle de son personnel, que le film dépeint avec dignité. On découvre notamment son tailleur, en couple avec un homme de l’armée nigériane qui combat Boko Haram depuis huit ans. Il est à la fois fort et tendre, mais en lutte profonde avec sa santé mentale. Quant au père de Clarissa, il a servi dans l’armée, et elle finit par endosser des rôles qu’elle était autrefois trop timide pour assumer. Elle dirige son personnel avec autorité, est est incroyablement exigeante sur ses fêtes, ses tenues, sur à peu près tout.

Le film permet d’en savoir plus sur le  pays : les personnages se débattent avec la question de savoir si le Nigeria était destiné à être sa propre démocratie, s’il le sera jamais véritablement, et qui détient la légitimité de s’exprimer en voix nationale. Des scènes hautes en couleur définissent la vie nigériane à travers la nuance, la conscience de classe et l’équilibre, contrastant la vie actuelle de Clarissa à Lagos avec ses étés de jeunesse à Abraka par le biais du montage alterné.

Un film merveilleusement nostalgique

Clarissa convoque le deuil à travers les différentes étapes de la vie, depuis la maladresse impulsive et expérimentale de la jeunesse. Au début du film, cela peut sembler confus, mais tout se tisse magnifiquement vers le dénouement, lors de  la fête où tous les amis de jeunesse de Clarissa sont réunis. Dans une célébration d’abondance, chaque personnage a l’espace émotionnel pour réfléchir et s’exprimer. Ainsi, au-delà des récits de trauma et de la désillusion, le film développe une réflexion sur la jeunesse et ce qui a été laissé derrière.

 

Clarissa, d’Arie et Chuko Esiri, d’après Mrs. Dalloway de Virginia Woolf, avec : Sophie Okonedo, Ayo Edebiri, David Oyelowo, India Amarteifio, Toheeb Jimoh, Fortune Nwafor, États-Unis, 2026, 2h05. En compétition à la  58e Quinzaine des Cinéastes.

Retrouvez tous nos articles sur le 79e Festival de Cannes dans notre dossier.

visuel : Sophie Okonedo