En la Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise, le festival propose le 3 octobre 2026 un concert entièrement dédié aux Madrigaux de Claudio Monteverdi. Monica Pustilnik dirige les élèves, instrumentistes et chanteurs, du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
Nous sommes au cœur de la vieille ville de Pontoise, la Cathédrale Saint-Maclou apparaît, imposante. Près de l’entrée de l’église, on aperçoit le fanion du Festival Baroque de Pontoise, ce soir nous avons rendez-vous avec Monteverdi.
Le Festival Baroque de Pontoise est une institution, il organise 23 concerts entre septembre 2026 et juin 2027 répartis dans tout le Val d’Oise. «Si on chantait» est la thématique de la 41ème édition. Le chant était partout au 16ème et 17ème siècles, dans les maisons, les églises, les salons, les foires. La frontière entre musique savante et populaire était poreuse. Afin de renouer avec l’esprit baroque, le festival a voulu que les concerts soient participatifs. Des répétitions sont organisées pour les amateurs qui veulent se joindre aux chanteurs professionnels.
Claudio Monteverdi ( 1567-1643) est né à Crémone, la ville des luthiers. Maître de Chapelle à Mantoue de 1601 à 1613 puis à la Basilique Saint-Marc à Venise, il sera le dernier grand représentant du madrigal italien et l’un des inventeurs de l’opéra avec Orféo composé en 1607. Les madrigaux étaient des poèmes chantés. Monteverdi s’y est consacré toute sa vie, il a écrit 9 livres! A partir du 5ème, il va profondément changer l’art du madrigal. C’est «la seconda prattica», le compositeur se libère des règles strictes du contrepoint, introduit la basse continue, exprime des émotions plus véhémentes, plus passionnées. Monteverdi fait passer la musique de la renaissance au baroque. Ce soir six chanteurs et sept instrumentistes vont interpréter 10 extraits, très divers, des 2, 4, 6, 7 et 8ème livres. L’auditeur peut suivre les textes des poèmes qui sont retranscrits en français et en italien sur le programme
Amor che deggio far (Amour, que dois-je faire), le premier extrait, débute par un long prélude orchestral. Nous sommes immédiatement plongés dans un univers galant, élégant, serein aussi. Puis la clarté des voix des deux sopranos, la chaleur de celle du ténor vont nous séduire. La musique célèbre l’amour courtois, elle devient à elle seule poésie. Perche te’n fuggi,o Fillide (Pourquoi t’enfuir, ô Phyllis) raconte la fuite d’une femme effarouchée par son amoureux transi. Trois hommes chantent ensemble dans une polyphonie harmonieuse. La basse continue (clavecin,violoncelle, théorbe) impulse un rythme qui raconte la fuite de la jeune femme. La musique est expressive, malicieuse aussi avec une fin comme en point d’exclamation. Se languidi miei sgardi (Si mes regards languides) est une lettre d’amour. La mezzo soprano Anaïs Carde chante en solo ce long poème accompagnée du seul théorbe qui crée une ambiance douce et intime. Sa voix est envoûtante, cette déclaration d’amour nous touche beaucoup. Elle nous transmet avec intensité les émotions du texte. L’auditeur comprend que l’opéra est né au début du 17ème siècle du madrigal. Avec Chiome d’oro (cheveux d’or) Monteverdi nous dépeint aussi l’amour heureux. Accompagnées des violons, les deux cantatrices nous offrent une musique joyeuse, entraînante, enthousiaste. Elle est galante aussi et nous pouvons imaginer une fête, un château…
Le concert se termine par Combattimento di Tancredi e Clorinda. C’est une pièce beaucoup plus longue inspirée du poème épique de Le Tasse La Jérusalem délivrée. Il a été joué pour la première fois à Venise pour le carnaval de 1624. Nous sommes pendant les croisades, Tancrède est tombé amoureux de Clorinda, une belle musulmane. Mais celle ci décide de l’affronter, déguisée en soldat. L’orchestre de chambre tient une place inhabituelle, cette œuvre est concertante, là aussi Monteverdi était novateur. Les cordes et en particulier les violons imposent un rythme soutenu, les notes se répètent, se précipitent. C’est «une danse pyrrique», une danse grecque antique, martiale et religieuse. L’orchestre installe le drame pour les chanteurs. La performance du ténor Henri Ozenne est remarquable dans son rôle de récitant. Colère, souffrance, violence mais aussi tendresse et douceur, la richesse émotionnelle de cette œuvre est intense. Nous vivons en direct la mort de Clorinda et la fin du madrigal est très émouvante.
Ce concert est réjouissant. Il s’en dégage comme un art de vivre. Nous pouvons féliciter les élèves du Conservatoire de Paris pour la qualité de leur interprétation mais aussi les remercier pour ce beau voyage dans l’Italie de la renaissance.
Visuel (c):JMC