Au Théâtre des Champs-Elysées, trois mois après Pierre et le Loup, Grégoire Pont proposait à nouveau aux petits et aux grands, ses célèbres croquis, illustrations animées dessinés en direct et projetées sur grand écran, cette fois pour quelques contes de Ma Mère l’Oye et surtout pour le Carnaval des Animaux. L’animateur Nikos Aliagas prêtait sa voix et son talent d’acteur à la lectures de textes accompagnant les œuvres. Quelques brillants instrumentistes autour de Gauthier Capuçon, donnaient de l’oeuvre une magnifique interprétation.
Des enfants de tous âges viennent suivre en famille ces dimanches animés au Théâtre des Champs-Elysées. Le format d’une heure avec explications orales poétiques et drôles et illustrations de génie, facilite l’accès à la musique classique en direct, surtout quand elle est musicalement aussi brillamment servie. On revient donc avec plaisir goûter à cette délicieuse gourmandise et rire aux facéties des oiseaux, loups et éléphants croqués par le trait habile de Grégoire Pont.

Le premier morceau, sur une musique de Maurice Ravel, est joué sur un piano à quatre mains et parcourt quelques contes de Perrault très connus comme la « Pavane pour la belle au bois dormant », le « Petit Poucet » et les « entretiens avec la Belle et la Bête » ou beaucoup plus rares comme « Laideronnette, princesse des pagodes » et « le jardin féérique ». L’œuvre a été composée pour piano, c’est donc cette version que nous proposent Frank Braley et Karen Kuronuma, tous deux lauréats de la Fondation Gauthier Capuçon, alliant la virtuosité de leurs vingt doigts à l’espièglerie et la légèreté enchantée d’une partition très illustrative. Le Petit poucet hésite, cherche ses miettes, revient sur ses pas, la Bête est lourde, menaçante, le jardin féérique s’illumine de mille notes de piano.
Et le récit musical est très efficacement accompagné de ces petits croquis sublimes dont Grégoire Pont a le secret et qui permettent aux enfants de parfaitement suivre l’histoire (qu’ils connaissent généralement) tout en se réjouissant des beautés du spectacle vivant dans la salle du Théâtre éclairée par la rosace rouge du plafond, telle une fleur éclose. Et l’on peut rire sans retenue aux textes du récitant, particulièrement en verve et qui sait capter l’attention du très jeune public présent dans la salle.

Le Carnaval des Animaux, cette suite « pas sérieuse » composée pour rire par un monsieur sérieux (Camille Saint Saëns) est jouée par une petite formation musicale de chambre, qui comprend le prestigieux violoncelliste Gauthier Capuçon, auquel sera réservé l’une des plus belles illustrations musicales de ce Carnaval, celle du Cygne, moment émouvant où chacun retient son souffle devant tant de beauté et de virtuosité. Quelques membres de sa Fondation complètent cet orchestre de chambre (piano, xylophone, violons, altos), composé également d’une contrebasse, d’une flûte, d’une clarinette et de percussions.
Les airs parfois très courts, sont tous très connus, c’est d’ailleurs un plaisir de les retrouver si bien exécutés, et intelligemment introduit par les textes en vers de Francis Blanche qui joue avec humour sur les mots, les noms, les absurdités de tant d’expressions tels que le fameux : « Et si l’hémione est un cheval/Si les hémiones sont des chevaux/Il a, comme tous les animaux/Ils ont, comme tous les animaux/Leur place dans notre carnaval/Comme dans tous les carnavaux! ».

Et celui qui suscite le plus grand rire des enfants, est le petit morceau consacré aux pianistes (« Ne tirez pas sur le pianiste ! ») que Pont illustre avec la verve et la rapidité qui le caractérise par une série d’animaux de son style jouant du piano, instrument facétieux dont le couvercle se referme avec fracas sur leurs doigts.
La salle est au comble de l’excitation avec l’animation prévue pour illustrer le coucou « jouant à cache-cache » avec la clarinette qui envoie ses deux notes des quatre coins de la salle avant de se dissimuler aux regards ravis
Et quelle poésie débridée que de terminer par ce magnifique paon qui déploie ses belles plumes pour une conclusion bissée par le public aux anges !

Le prochain dimanche en famille sera consacré au même Carnaval des animaux, mais cette fois revisité façon jazz !
Visuels : dessins de ©Grégoire Pont